14/04/2021 13:18
Entre chômage galopant, dévaluation et flambée des prix, les 40 millions d'Irakiens qui se serraient déjà la ceinture abordent le ramadan avec des poches vides et des ardoises de dettes longues... comme les jours sans pain qui s'annoncent pour certains.
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Les Irakiens achètent des produits frais dans un magasin de la capitale irakienne Bagdad, le 11 avril avant le mois de jeûne musulman du ramadan.
Photo : AFP/VNA/CVN

"Le kilo de tomates est passé de 500 dinars à plus de 1.000 dinars: mais quand on va jeûner, il faudra bien manger" le soir, se lamente Oum Hussein, mère célibataire de cinq enfants sans revenus. Chaque mois, cette Irakienne lutte pour rassembler les 40 euros de loyer de sa modeste maison. Pour la nourriture, elle compte sur la carte de rationnement comme les 16 millions d'Irakiens vivant sous le seuil de pauvreté.

Avec ce document, un legs de l'embargo international des années 1990, chaque Irakien dont le chef de famille gagne moins de 850 euros par mois a droit à trois kilos de riz, deux kilos de sucre, une bouteille d'huile et neuf kilos de farine pour seulement 1.000 dinars (moins de 60 centimes d'euros). Mais en 2021, "nous n'avons reçu que les rations de février", affirme Abou Seif, 36 ans, qui distribue, comme son père avant lui, ces sacs de denrées subventionnées. "On n'a toujours pas reçu les rations du ramadan et tous les jours des gens passent ou m'appellent pour savoir quand elles arriveront", assure-t-il.

Chômage et inflation

Le Premier ministre, Moustafa al-Kazimi, a récemment promis "une ration supplémentaire pour le ramadan". Mais jusqu'ici rien n'est arrivé. Et le ministère du Commerce, chargé du rationnement, n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP. En attendant, dans l'épicerie d'Abou Ammar, les crédits s'accumulent et le commerçant s'inquiète de ne bientôt plus pouvoir payer ses fournisseurs. "Certaines familles ont des dettes de plus de 200.000 dinars aujourd'hui", soit plus de 110 euros, affirme-t-il.

Car, partout, les prix ont augmenté. Fin 2020, l'État, aux caisses vidées par la chute des cours du pétrole, a dévalué le dinar de près de 25% par rapport au dollar. Les prix des biens de consommation ont été ajustés - et souvent allègrement augmentés. La bouteille d'huile est par exemple passée de 1.500 dinars à 2.250 dinars (de 1 à 1,3 euros).

Alors que les prix flambaient, les restrictions anti-COVID tuaient des emplois. Car en Irak, ravagé par guerres et pauvreté, de nombreux habitants vivent grâce aux emplois journaliers, impossibles à trouver sous couvre-feu ou confinement. C'est un cercle vicieux, assure l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

Un marché de fruits de Bagdad, la capitale irakienne, le 11 avril avant le mois de jeûne musulman du ramadan.
Photo : AFP/VNA/CVN

"Plus de 90% des petites et moyennes entreprises agroalimentaires disent avoir été touchées par la pandémie et, pour y faire face, plus de la moitié ont licencié ou réduit les salaires", plongeant plus d'Irakiens dans la précarité alimentaire, affirme l'organisation. Tout en faisant grimper les prix de denrées devenues rares.

Ampères et habits neufs

"Cette année, le salaire se retrouve dans une poule d'adversaires redoutables avec le COVID-19 et l'Aïd el-Fitr (la fête de fin du jeûne, NDLR), pas sûr qu'il arrive en finale", résume une blague partagée sur les réseaux sociaux. Hayder, fonctionnaire de 32 ans, n'a plus le cœur à rire. "Le ramadan m'angoisse : il va falloir acheter plein de choses pour la maison et des habits neufs pour les enfants", dit-il. Déjà en temps normal, malgré son salaire de 600 USD, il doit s'"endetter pour payer le loyer, les dépenses quotidiennes et l'électricité".

L'électricité est un des postes de dépense les plus lourds mais aussi les plus vitaux pour les Irakiens. Etant donné que le service national coupe l'alimentation en électricité parfois jusqu'à 20 heures par jour, les habitants doivent se raccorder à un générateur privé, dont le prix de l'ampère est passé de 18.000 à 25.000 dinars.

À cause de toutes ces dépenses, Abou Ahmed, fonctionnaire de 33 ans, fera cette année une croix sur les traditions du ramadan. "Je ne vais pas inviter à de grands dîners chez moi pour éviter de propager le COVID-19", avoue-t-il : "Mais aussi parce que, financièrement, je ne peux plus me le permettre."

AFP/VNA/CVN


 
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