Greffe domino : un nouveau jalon de la médecine vietnamienne

La médecine nationale s’illustre mondialement avec le succès d’une greffe domino complexe. Ce double exploit, associant transplantation cardio-hépatique et don croisé, optimise la pénurie d’organes et offre un nouvel espoir aux patients en attente.

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Équipe chirurgicale de l’Hôpital de l’amitié Viêt Duc (Vietnam - Allemagne) au cours des interventions de greffe domino. 
Photo : Vietnamplus/CVN

Au-delà de l’exploit technique, la première greffe domino nationale incarne l’excellence et l’humanisme d’une médecine vietnamienne désormais incon-tournable mondialement. Inédit au Vietnam, ce traitement d’une pathologie rare a nécessité une transplantation cardio-hépatique simultanée, suivie d’une greffe domino redistribuant le foie sain du premier receveur au profit d’un patient cancéreux.

Cette première nationale optimise ainsi les dons d’organes, une prouesse d’autant plus remarquable que ces interventions restent rarissimes mondialement, avec à peine 150 cas recensés entre les États-Unis et l’Europe, et quasiment aucun en Asie.

Ces informations ont été annoncées le 19 mars dernier par le Département de l’administration des services médicaux (ministère de la Santé) et l’Hôpital de l’amitié Viêt Duc, à Hanoï, concernant les premiers cas de greffe d’organes en chaîne domino au Vietnam.

Maîtriser des techniques complexes

Le Pr. associé Duong Duc Hùng (debout), directeur de l’Hôpital Viêt Duc, en concertation avec son équipe médicale sur le cas exceptionnel de transplantation domino. 
Photo : ND/CVN

Le Pr. associé Duong Duc Hung, directeur de l’hôpital, souligne que l’établissement s’illustre désormais sur la scène internationale par la maîtrise d’interventions de haute complexité. Outre la transplantation hépatique avec remplacement de la veine cave, le “split liver” ou les greffes combinées (foie-cœur, foie-rein), l’institution franchit un nouveau cap avec la technique domino.

“Cette multi-transplantation exceptionnelle, rarissime à l’échelle mondiale, marque le premier succès vietnamien de la greffe domino - une méthode cruciale pour optimiser des ressources d’organes encore trop limitées”, précise-t-il.

Le 13 mars dernier, l’Hôpital de l’amitié Viêt Duc, a orchestré une série de prélèvements et de transplantations à partir d’une donneuse en état de mort encéphalique. Parmi les receveurs, un patient atteint d’amylose (maladie dégénérative rare) a bénéficié d’une greffe cardio-hépatique simultanée; son propre foie a ensuite été réimplanté chez un autre malade souffrant d’un carcinome sur fond de cirrhose.

Cette intervention se distingue par sa complexité chirurgicale, marquant seulement le deuxième cas de multi-transplantation cœur-foie réalisé au Vietnam pour cette pathologie spécifique.

La donneuse, une femme de 42 ans sans antécédents médicaux notables, a été victime d’un accident de moto le 11 mars 2026. Admise initialement à l’Hôpital général de Vinh Phuc, province de Phu Tho (Nord), avant son transfert vers Viêt Duc, elle présentait un tableau clinique critique : traumatisme crânien avec hématome extradural temporal gauche, contusions cérébrales temporales bilatérales sévères et traumatisme thoracique fermé avec contusions pulmonaires.

À son arrivée, la patiente se trouvait en coma profond (score de Glasgow 3), avec une mydriase bilatérale de 4 mm et une aréactivité aux stimuli lumineux. Après concertation et accord de la famille pour le don d’organes, le diagnostic de mort encéphalique a été confirmé selon le protocole réglementaire. Le bilan de transplantation a alors validé la viabilité du cœur, du foie, des deux reins et de plusieurs tissus.

Le premier receveur est un homme de 53 ans souffrant d’une amylose héréditaire liée à une mutation du gène de la transthyrétine (TTR). Si sa fonction hépatique demeurait préservée et sans cirrhose, l’infiltration amyloïde avait déjà engendré une cardiomyopathie restrictive sévère. L’indication d’une transplantation cardio-hépatique simultanée a donc été posée : il s’agissait de remplacer le myocarde défaillant tout en supprimant le foie, principal siège de production de la protéine TTR mutante. Structurellement sain, l’organe natif de ce patient a pu être conservé pour une procédure domino.

Le second receveur, un homme de 64 ans, présentait un carcinome hépatocellulaire développé sur une hépatite B chronique insuffisamment traitée. Pour ce patient au pronostic vital engagé par un cancer hépatique, le foie issu du premier receveur constituait une opportunité thérapeutique immédiate.

Les interventions ont été lancées simultanément le 13 mars. Pour le premier receveur, la double greffe cardio-hépatique a débuté à 15h00 pour s’achever à 19h00. Dès la revascularisation, le cœur a recouvré une activité contractile immédiate et le greffon hépatique a montré une excellente biligénie (sécrétion de bile). Au total, cette procédure complexe a duré sept heures.

Une synergie multidisciplinaire

Le Pr. associé Nguyên Quang Nghia (debout), directeur du Centre de transplantation (Hôpital Viêt Duc), fait le point sur l’état de santé des receveurs après l’intervention. 
Photo : ND/CVN

En parallèle, la transplantation domino a débuté à 16h00. L’hépatectomie totale du foie tumoral a été réalisée vers 18h00, suivie de l’implantation de l’organe issu du premier patient. Ce second volet chirurgical a duré six heures, se concluant également par une fonction biliaire immédiate.

Le Pr. associé Hùng met l’accent également sur une réduction notable de la durée opératoire par rapport aux standards internationaux, favorisant une cinétique de récupération accélérée et un allègement des coûts thérapeutiques. L’extubation a été possible dès la douzième heure pour les deux receveurs, témoignant d’une reprise fonctionnelle immédiate des greffons.

Trois jours après l’opération, les patients étaient conscients, capables de s’asseoir et de s’alimenter. À ce jour, au cinquième jour du suivi, leur autonomie est rétablie avec une reprise normale de la marche et de la nutrition. Sous réserve d’une évolution clinique favorable, leur sortie de l’hôpital est envisagée d’ici une semaine.

Le Pr. associé Nguyên Quang Nghia, directeur du Centre de transplantation de l’Hôpital de l’amitié Viêt Duc, informe que ce succès couronne une synergie multidisciplinaire de haut vol. La technique domino impose des défis chirurgicaux inédits : contrairement à une hépatectomie classique où l’organe natif est écarté, celui-ci doit être prélevé avec une précision absolue pour garantir sa viabilité chez un second receveur. La simultanéité des greffes cardio-hépatiques décuple la complexité de l’intervention, exigeant une synchronisation millimétrée entre les différentes équipes.

Rayonnement médical mondial

Chirurgiens réalisant la double greffe cœur-foie. 
Photo : ND/CVN

À l’échelle mondiale, seuls quelques centres d’excellence possèdent l’expertise requise pour une telle prouesse. Cette réussite vietnamienne témoigne d’un niveau de compétence désormais validé et salué par la communauté scientifique internationale.

“À l’échelle mondiale, les trans-plantations cardio-hépatiques simultanées pour cette pathologie restent rarissimes. On dénombre à peine une centaine de cas aux États-Unis, environ 50 en Europe, et quasiment aucun recensé en Asie”, souligne le Pr. associé Nghia.

Le Pr. associé Nguyên Tiên Quyêt, vice-président de l’Association vietnamienne de transplantation, précise que le Conseil d’experts a dû arbitrer un choix délicat entre plusieurs receveurs. L’enjeu résidait dans le risque de récurrence de l’amylose à partir du greffon domino sur un horizon de 20 à 30 ans, rendant l’intervention trop aléatoire pour un sujet jeune. Le choix s’est finalement porté sur un patient de 63 ans au stade terminal d’un cancer hépatique. Une décision à la fois pragmatique et humaniste : face à une espérance de vie comptée en mois, le bénéfice thérapeutique immédiat l’emporte sur les risques à long terme.

Un patient en phase de récupération post-opératoire après sa transplantation. 
Photo : ND/CVN

Le Dr. Hà Anh Duc, directeur du Département de l’administration des services médicaux au ministère de la Santé, estime que cette prouesse dépasse le cadre technique pour devenir un levier d’influence de la médecine vietnamienne. Elle marque un tournant dans l’accès aux méthodes de pointe, confirmant que le Vietnam maîtrise désormais les protocoles de transplantation les plus exigeants. Le pays s’impose ainsi comme le leader en Asie du Sud-Est pour cette spécialité.

Au-delà de l’espoir offert aux patients sur liste d’attente, ce succès s’inscrit dans la stratégie du ministère de la Santé visant à promouvoir le tourisme médical à travers des avancées de portée mondiale. Plus qu’une réussite scientifique, cette première est le symbole de l’intelligence, de la compassion et de l’ambition d’une nation qui redéfinit son envergure sur l’échiquier médical international. Derrière cette prouesse chirurgicale réside un message universel de partage : l’acte noble des familles de donneurs qui transforme la fin d’une vie en une promesse de renaissance pour autrui.

Huong Linh/CVN

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