En Inde, l'ubérisation gagne le secteur des travailleurs domestiques

Après les taxis ou les repas, le ménage. L'ubérisation des services n'en finit pas de gagner du terrain en Inde, où il est maintenant possible de faire repasser son linge ou laver sa vaisselle via son smartphone...

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Une employée de la plateforme Snabbit repasse des vêtements au centre de formation de l'entreprise, le 22 juin à Bangalore, en Inde.
Photo : AFP/VNA/CVN

Parce qu'il requiert d'ouvrir l'intimité des domiciles, le recrutement d'un domestique ou d'une bonne est longtemps resté du domaine du bouche-à-oreille et leur travail soumis aux règles du seul employeur.

Dans un pays où 80% de l'économie échappe aux lois, des entreprises comme Snabbit, Pronto ou Urban Company ont investi le secteur des tâches ménagères - environ 30 millions d'emplois - et commencé à y introduire un début d'organisation.

Leurs plateformes fonctionnent comme celles des services de voitures de transport avec chauffeur (VTC).

Les travailleurs reçoivent sur une application les offres de tâches, qu'ils acceptent ou déclinent, rendent compte une fois qu'elles sont achevées et peuvent être notés selon la qualité ou la rapidité de leur prestation. Facile, immédiat, efficace...

Au siège de Snabbit à Bangalore (Sud), plusieurs femmes s'exercent ce jour-là à l'art du repassage ou à celui de l'épluchage des légumes, alors que les secondes défilent sur une horloge.

Dans son uniforme pourpre et noir, Heena Bibi, 34 ans, est ravie d'avoir tenté l'aventure. "Je peux faire trois ou quatre missions un jour normal", se réjouit-elle, "plus pendant les périodes de fêtes".

"Une chance"

Elle assure que sa rémunération a fait un bond et qu'elle atteint désormais 50.000 roupies (plus de 450 euros) par mois, plus de trois fois plus que la moyenne de ses collègues employées "à l'ancienne".

Les emplois d'aide à domicile sont largement pourvus dans les grandes villes d'Inde par des personnes sans formation venues des campagnes, associés à des salaires faibles et des soupçons récurrents d'abus.

Présent dans dix villes indienne dont New Delhi et Bombay, Snabbit travaille avec 20.000 personnes dûment enregistrées sur son application et leur offre plus de 60.000 missions chaque jour.

Son Pdg et fondateur Aayush Agarwal explique son succès par la flexibilité qu'il offre aux femmes.

"Aujourd'hui, une mère peut envoyer son enfant à l'école, travailler pour Snabbit pendant quatre heures et rentrer chez elle avant son enfant", décrit-il, "beaucoup d'entre elles considèrent ça comme une chance".

Un employé de la plateforme Snabbit cuisine au centre de formation de l'entreprise, le 22 juin à Bangalore, en Inde.
Photo : AFP/VNA/CVN

Son modèle s'est vite fait une place sur le marché.

Parmi ses concurrents, Pronto offre des services minutés de "lavage de carreaux" ou de "nettoyage express après soirée", et Urban Company propose une panoplie complète de travaux de remise en état.

Ces entreprises ont fait de la qualité de leurs prestations une priorité commerciale, et du sérieux de leurs travailleurs un impératif absolu.

Pour y parvenir, elles comptent sur les évaluations des clients. "Si quelqu'un obtient une note inférieure à 4 (sur 5), nos formateurs font en sorte de comprendre ce qui s'est mal passé", assure Bhoomika Saigal, la responsable de la qualité chez Snabbit.

Doutes

L'entreprise va plus loin, en vérifiant l'apparence physique de ses travailleuses qui, selon Mme Saigal, se doivent d'apparaître "heureuses et en bonne santé"...

Ces règles ne sont toutefois pas du goût de toutes les femmes de ménage, qui ont gardé leur préférence pour les méthodes traditionnelles.

"J'aurais très peur de devoir aller dans une maison où je ne me sentirais pas en sécurité", argue Renu Devi, 38 ans. "Je connais mes employeurs actuels et je sais que je peux leur faire confiance".

À  la tête du syndicat indien des petits boulots et des travailleurs sur plateformes (AIGPWU), Sanjay Gaba doute même sérieusement que ce nouveau marché constitue un progrès pour ses membres.

"Ce système qui fonctionne sur des applications est 100% injuste", juge-t-il.

"Comment pouvez-vous exiger des travailleurs qu'ils rejoignent un domicile en 15 minutes dans une ville comme Delhi ? Ils attendent de se voir attribuer un boulot pendant des heures dans des parcs..."

Les promoteurs du nouveau système rétorquent qu'il offre plus d'options aux travailleurs et qu'il n'a pas forcément vocation à remplacer l'ancien.

"Quand Uber est arrivé sur le marché, il a rendu très facile de se déplacer d'un point à un autre, fait remarquer le Pdg de Snabbit, mais les gens ont gardé leur voiture, n'est-ce pas ?"

AFP/VNA/CVN

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