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>> Le Vietnam généralise le biocarburant E10 sur l’ensemble du territoire
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| La généralisation de l’E10 s’inscrit dans la stratégie nationale de transition énergétique visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. |
| Photos : VNA/CVN |
Cette étape importante s’inscrit dans le cadre d’une politique constante menée depuis plus de dix ans par le Parti et l’État en faveur de la transition énergétique et de la sécurité énergétique nationale - une politique majeure qui exige une action concertée de l’ensemble du système politique et de toute la population.
Une orientation stratégique inscrite dans les résolutions du Parti
Selon le ministère, les biocarburants ne constituent ni une expérimentation ni une solution temporaire ; ils représentent une tendance inévitable, confirmée depuis plus d’un demi-siècle. L’adoption de l’E10 par le Vietnam s’inscrit dans cette dynamique mondiale et place le pays aux côtés des économies développées engagées dans la transition énergétique.
La décision de convertir l’intégralité du marché à l’E10, avec l’arrêt de la vente d’essence RON95 à compter du 1er juin 2026, concrétise les orientations politiques et juridiques constantes définies dans les documents des Congrès du Parti, les résolutions du Politburo ainsi que les décisions et textes législatifs du gouvernement et du ministère de l’Industrie et du Commerce. Les biocarburants ne relèvent ni d’un caprice ni de la seule initiative du ministère ; ils constituent une nécessité face à la réalité vietnamienne et aux tendances mondiales, ainsi qu’un impératif stratégique pour l’autosuffisance et la sécurité énergétiques nationales.
Le XIIIe Congrès national du Parti communiste du Vietnam (PCV) a introduit pour la première fois les concepts d’économie circulaire, d’économie verte et de développement respectueux de l’environnement. Le Congrès a défini les orientations pour la période 2021-2030 en vue de la construction d’une économie circulaire "conciliant harmonieusement développement économique et protection de l’environnement", tout en établissant une feuille de route, des mécanismes et un cadre juridique pour ce modèle. Immédiatement après le Congrès, lors de la 26e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP26), le Vietnam s’est engagé à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, jetant ainsi les bases des futures politiques d’écologisation des transports.
Les résolutions 55 et 70 : socle politique de la transition énergétique
La résolution 55-NQ/TW du Politburo, intitulée "Orientation stratégique pour le développement du secteur énergétique national du Vietnam à l’horizon 2030, avec vision à l’horizon 2045", constitue le fondement politique de cette orientation. Elle identifie la diversification énergétique et la réduction de la dépendance aux énergies fossiles comme des impératifs constants, les biocarburants étant désignés comme une voie importante. Les objectifs quantitatifs prévoient notamment une part des énergies renouvelables dans l’approvisionnement total en énergie primaire atteignant 15 à 20% d’ici 2030 et 25 à 30% d’ici 2045, ainsi que des économies d’énergie d’environ 7% d’ici 2030 par rapport au scénario de statu quo.
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| Vente d’essence E10 à la station-service Thành Tô, dans la ville de Hai Phong. |
| Photo : VNA/CVN |
La résolution 70-NQ/TW du Politburo, intitulée "Garantir la sécurité énergétique nationale d’ici 2030, avec une vision à l’horizon 2045", a actualisé et enrichi la résolution 55 dans un nouveau contexte. Elle relève l’objectif de part des énergies renouvelables à 25-30% de l’approvisionnement total en énergie primaire dès 2030 (contre 15-20% dans la résolution 55, soit une accélération significative). Elle fixe également un objectif d’économies d’énergie de 8 à 10% par rapport au scénario de statu quo ; vise une réduction des émissions de gaz à effet de serre liées aux activités énergétiques de 15 à 30% ; prévoit un approvisionnement total en énergie primaire de 150 à 170 millions de tonnes équivalent pétrole (TEP) ; et une production totale d’électricité de 560 à 624 milliards de kWh.
Les résolutions 55-NQ/TW et 70-NQ/TW justifient directement la transition vers les biocarburants et l’augmentation de leur part dans le mix énergétique, contribuant ainsi à réduire la dépendance aux énergies fossiles importées et à diversifier les sources d’énergie.
Croissance verte et neutralité carbone
Dans les documents du XIVe Congrès national du Parti, la protection de l’environnement a été identifiée pour la première fois comme un pilier, une condition et un moteur d’un modèle de développement rapide et durable. Ces documents réaffirment le principe de ne pas sacrifier l’environnement à la croissance et établissent un nouveau modèle de croissance fondé sur la science et la technologie, l’innovation, la transformation numérique et la transition écologique. Ils promeuvent une économie circulaire et la transition énergétique, réduisant progressivement la dépendance aux énergies fossiles afin d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.
La décision 1658/QD-TTg, approuvant la Stratégie nationale pour la croissance verte pour la période 2021-2030, avec une vision à l’horizon 2050, fixe de nombreux objectifs précis afin de transformer le modèle de croissance vers une croissance verte et sobre en carbone. Parmi les principaux objectifs figurent la réduction de l’intensité des émissions de gaz à effet de serre par rapport au produit intérieur brut (PIB) d’au moins 15% d’ici 2030 par rapport à 2014, et d’au moins 30% d’ici 2050.
Parallèlement, la décision n°215/QD-TTg approuvant la Stratégie nationale de développement énergétique du Vietnam à l’horizon 2030, avec une vision à l’horizon 2045, fixe l’objectif global de garantir la sécurité énergétique nationale, de répondre aux exigences du développement socio-économique et de promouvoir la transition énergétique. Autrement dit, ces décisions gouvernementales visent toutes à développer les énergies renouvelables et vertes, tout en réduisant les émissions de CO₂.
Une feuille de route engagée depuis plus d’une décennie
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| E10 est un mélange composé de 90 à 91% d’essence fossile et de 9 à 10% d’éthanol d’origine biologique. |
| Photo : VNA/CVN |
Cependant, cette orientation trouve son origine dans une réalité remontant à plusieurs décennies. La décision n°53/2012/QD-TTg du Premier ministre relative à la publication d’une feuille de route pour l’application du taux de mélange des biocarburants avec les carburants traditionnels stipulait qu’après une période d’essai, à compter du 1er décembre 2015, l’essence produite, mélangée et vendue pour les véhicules routiers à l’échelle nationale serait de l’essence E5. À compter du 1er décembre 2017, l’essence produite, mélangée et vendue à l’échelle nationale devait également être de l’essence E10.
Le 1er juin 2026 marque ainsi l’aboutissement d’une série de politiques cohérentes mises en œuvre entre 2012 et 2026, depuis le XIIIe Congrès national (économie circulaire) jusqu’à la résolution 55-NQ/TW (stratégie énergétique et biocarburants), puis la COP26 (neutralité carbone), suivie de la résolution 70-NQ/TW (sécurité énergétique et renforcement des objectifs en matière d’énergies renouvelables) et enfin du XIVe Congrès national (transition verte comme pilier du développement), et non une décision soudaine.
Le développement des biocarburants au Vietnam a officiellement débuté avec la décision 177/2007/QD-TTg relative au plan de développement des biocarburants à l’horizon 2015, avec une vision à l’horizon 2025, fixant l’objectif de produire 1,8 million de tonnes de biocarburants par an. La décision 53/2012/QD-TTg a ensuite établi une feuille de route détaillée : adoption à l’échelle nationale de l’E5 RON92 entre 2014 et 2015, puis de l’E10 à partir de 2017.
Les difficultés rencontrées avec l’E5
Après une phase pilote menée en décembre 2014 dans sept localités - Hanoï, Hai Phong, Quang Ngai, Dà Nang, Hô Chi Minh-Ville, Bà Ria-Vung Tàu et Cân Tho -, l’introduction de l’E5 a été reportée à plusieurs reprises, de 2015 à 2016, puis à la mi-2017, avant de devenir obligatoire sur l’ensemble du territoire le 1er janvier 2018, soit un retard de trois ans. L’E10, initialement prévue pour 2017, a quant à elle été retardée de près de neuf ans. L’E5 RON92 représentait autrefois environ 42% du volume total d’essence consommé au niveau national, contre environ 58% pour le RON95. Cependant, sa consommation a ensuite chuté de manière spectaculaire après six ans.
Selon le ministère de l’Industrie et du Commerce, l’échec relatif de l’E5 s’explique par quatre raisons principales : la taxe environnementale élevée qui lui est appliquée (3.800 dôngs/litre, soit environ 95% de la taxe sur l’essence RON92), ce qui la rendait seulement 800 à 1.200 dôngs/litre moins chère que la RON95, une différence jugée insuffisante ; le fait que la plupart des voitures neuves soient conçues pour fonctionner avec un indice d’octane de 95 ou plus ; les signalements d’utilisateurs évoquant une surchauffe rapide, une consommation accrue et une perte de puissance ; ainsi que la crainte largement répandue selon laquelle "l’E5 serait nocive pour le moteur et augmenterait la consommation", crainte qui n’a pas été rapidement démentie par des preuves scientifiques. À cela s’ajoutaient un manque de communication proactive des médias, la commercialisation parallèle avec la RON95, la forte baisse des prix mondiaux du pétrole rendant l’éthanol moins compétitif, ainsi que le conflit commercial sino-américain de 2019-2020 ayant engendré une instabilité de l’approvisionnement.
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| Le développement des biocarburants vise à réduire la dépendance aux combustibles fossiles. |
| Photo : CTV/CVN |
Le Vietnam n’échappe donc pas à cette tendance mondiale. En 2012, le Premier ministre a promulgué la décision 53/2012/QD-TTg, premier document juridique jetant les bases de la feuille de route nationale pour les biocarburants, avec pour objectif la distribution nationale de l’E5 d’ici 2015 et de l’E10 à partir de 2017. Bien que cette feuille de route n’ait pas été respectée dans les délais impartis, la volonté politique est restée intacte : l’essence E5 a été distribuée dans tout le pays dès le 1er janvier 2018, ouvrant la voie à l’étape suivante. Plus important encore, cette orientation a été érigée en politique stratégique du Parti grâce à une série de documents interdépendants détaillant clairement chaque aspect relatif aux carburants et aux biocarburants.
Lors de la Conférence nationale sur la mise en œuvre des quatre résolutions du Politburo, le 16 septembre 2025, le secrétaire général Tô Lâm a clairement déclaré : "L’objectif principal est de garantir un système énergétique sûr et stable ; il s’agit d’identifier les avancées stratégiques permettant d’assurer la sécurité énergétique, le développement durable et d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050". Il a également souligné : "Une énergie stable et propre est une condition nécessaire à la production, aux écoles, aux hôpitaux…".
Le 20 mars 2026, le Politburo a publié la Conclusion n°14-KL/TW relative à la garantie de l’approvisionnement et à la stabilisation des prix des carburants dans le contexte actuel. Cette conclusion a chargé le Comité permanent du Comité du Parti gouvernemental d’élaborer de manière proactive des scénarios permettant de faire face aux fluctuations des prix mondiaux du pétrole et de développer rapidement une stratégie nationale concernant l’approvisionnement et la constitution de réserves à long terme de matières premières et de carburants. Cela confirme que la sécurisation proactive de l’approvisionnement en carburants, y compris les biocarburants, demeure une priorité constante des orientations du Parti et de l’État.
Un aspect notable de cette feuille de route réside dans son cadre juridique à plusieurs niveaux : les résolutions du Parti définissent l’orientation stratégique ; les décisions du Premier ministre établissent le cadre juridique ; les circulaires du ministère de l’Industrie et du Commerce précisent les spécifications techniques ; et des programmes pilotes permettent de tester le processus avant sa généralisation. Depuis août 2025, l’E10 est testé à Hanoï, Hô Chi Minh-Ville, Hai Phong et Dà Nang. À ce jour, aucune plainte officielle n’a été enregistrée concernant la qualité du carburant ou son impact sur les moteurs.
L’une des principales raisons du déploiement de l’E10 est de garantir la sécurité énergétique nationale. Le Vietnam importe actuellement la majeure partie de son essence et dépend directement des fluctuations du marché international. Remplacer 10% de la consommation d’essence par de l’éthanol produit localement permettrait de réduire d’autant la valeur des importations, avec des économies estimées à près d’un milliard de dollars de devises étrangères par an.
Face à la volatilité du contexte géopolitique et énergétique, la réunion du Politburo du 20 mars 2026 a examiné les mesures à prendre pour faire face aux fluctuations des prix de l’essence liées à la situation au Moyen-Orient. Un approvisionnement national proactif en carburant est devenu une nécessité stratégique. L’éthanol destiné à l’E10, produit à partir de manioc, de maïs et de canne à sucre – des cultures largement répandues au Vietnam –, permettra de créer un cycle économique fermé : l’agriculture nationale fournira les matières premières, l’industrie de transformation produira l’éthanol, et le carburant sera consommé localement, limitant ainsi les sorties de devises.
Des bénéfices environnementaux et agricoles
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| Zone de stockage de carburant de la raffinerie de Nghi Son dans la province de Thanh Hoa. |
| Photo : VNA/CVN |
D’un point de vue environnemental, l’éthanol contenu dans le carburant E10 favorise une combustion plus propre et plus complète, réduisant ainsi les émissions nocives telles que le CO, les HC, les SOx et les NOx, principaux responsables de la pollution atmosphérique urbaine. Selon de nombreux experts, la généralisation de l’E10 à l’échelle nationale pourrait réduire les émissions d’environ 2,5 millions de tonnes équivalent CO₂ par an, contribuant directement à l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050 annoncé par le Premier ministre lors de la COP26. À titre de comparaison, le Brésil a réduit ses émissions de 71,1 millions de tonnes de CO₂ par an, tandis que l’Union européenne a réduit l’intensité des émissions de gaz à effet de serre liées aux transports de 6,3%.
Dans le secteur agricole, chaque usine d’éthanol en activité peut assurer un approvisionnement stable à environ 15.000 ménages producteurs de manioc dans les zones montagneuses. L’expansion de la production d’éthanol garantit des débouchés durables pour le manioc, le maïs et la canne à sucre – principales cultures des agriculteurs des régions de moyenne altitude et de montagne, où les marchés stables font souvent défaut. Il s’agit d’un levier direct de la politique énergétique ayant un impact concret sur les revenus des agriculteurs, sans nécessité de subventions supplémentaires.
Une mobilisation de tout le système politique
À la lumière des orientations et des nombreux documents publiés au cours de plus d’une décennie, une chose apparaît clairement : la mise en œuvre de l’E10 ne relève pas uniquement du ministère de l’Industrie et du Commerce ; elle constitue une étape essentielle dans la concrétisation des orientations du Parti – une politique majeure du Parti et de l’État, nécessitant l’engagement coordonné de l’ensemble du système politique et le consensus de toute la population. Les ministères et les secteurs définissent les orientations et élaborent les politiques ; les collectivités locales organisent les infrastructures de distribution ; la presse et les médias sensibilisent le public ; et surtout, chaque citoyen, chaque consommateur, joue un rôle clé dans le succès de cette transition.
Le vice-ministre de l’Industrie et du Commerce, Nguyên Sinh Nhât Tân, a affirmé : "Le déploiement des biocarburants n’est pas une décision imposée, mais découle des impératifs du développement durable, de la sécurité énergétique, de la protection de l’environnement et du respect des engagements internationaux du Vietnam". Au Vietnam, le 1er juin 2026 ne marque pas le lancement de l’essence E10 ; il symbolise l’entrée officielle des biocarburants vietnamiens dans une nouvelle ère, après plus d’une décennie de démarches amorcées avec la décision 53/2012/QD-TTg. La direction est restée constante grâce aux résolutions 55-NQ/TW et 70-NQ/TW, ainsi qu’à la conclusion 14-KL/TW du Politburo ; le cadre juridique est désormais complet et l’expérience internationale largement disponible. Il reste à consolider le consensus et l’engagement de l’ensemble du système politique et de chaque citoyen.
Tu Linh/CVN







