Société
Combler les lacunes juridiques pour mieux protéger les enfants

Face à la recrudescence des violences faites aux enfants au Vietnam, experts et défenseurs des droits de l’enfant appellent à renforcer les mécanismes de prévention. Au-delà des blessures physiques, ils alertent sur les traumatismes psychologiques durables et la nécessité d’agir avant que les drames ne surviennent.

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Les récents cas de maltraitance d’enfants qui se sont succédé ces derniers mois ont une nouvelle fois provoqué l’indignation de l’opinion publique. Derrière les blessures physiques se cachent souvent des traumatismes psychologiques profonds qui peuvent compromettre durablement l’avenir d’un enfant. Pour les spécialistes de la protection de l’enfance, il ne suffit plus de condamner les actes de violence une fois qu’ils se sont produits : il est nécessaire de mettre en place des solutions globales, rapides et efficaces afin de prévenir les risques et de protéger les enfants avant qu’ils ne deviennent des victimes.

Des violences commises par les proches eux-mêmes

Début mai 2026, l’opinion publique a été profondément choquée par l’affaire du petit N.G.K., âgé de deux ans, vivant dans la commune de Hòa Hiệp, à Hô Chi Minh-Ville. L’enfant aurait été sauvagement maltraité par sa mère biologique et le compagnon de celle-ci.

À son arrivée à l’hôpital, le garçon présentait de multiples traumatismes graves : rupture de la rate, lésions du foie, section du pancréas, atteinte rénale, ancienne fracture de l’avant-bras gauche, anémie et troubles de la coagulation. La mère a reconnu avoir, avec son compagnon, frappé l’enfant à plusieurs reprises à l’aide de bâtons de bambou sur les jambes, le dos et la tête.

Cet enfant victime d’actes de maltraitance est récemment hospitalisé et pris en charge à l’Hôpital pédiatrique N°1.

À la suite de cette affaire, les autorités judiciaires de Hô Chi Minh-Ville ont engagé des poursuites et placé les deux suspects en détention provisoire pour actes de maltraitance sur enfant. Après avoir reçu des soins à l’Hôpital pédiatrique n° 1, le petit K. a été confié au Centre municipal d’action sociale pour être pris en charge.

Quelques jours plus tard, une autre affaire a suscité la colère de la population. Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montrait un garçon de treize ans, vivant dans le quartier de Di An, victime de violences répétées de la part du compagnon de sa mère. Celle-ci a déclaré que l’homme vivait avec elle sans être officiellement marié et qu’il frappait régulièrement son fils lorsqu’il était en état d’ébriété. L’auteur présumé a été arrêté afin de faire l’objet d’une enquête.

Selon les statistiques, au cours des cinq premiers mois de l’année 2026, au moins trente-deux cas de violences envers des enfants ont été recensés au Vietnam, dont douze cas de violences familiales et vingt cas liés à la violence scolaire ou à la cyberviolence. La plus jeune victime n’avait que trois mois. Certains enfants ont été hospitalisés dans un état critique, tandis que d’autres ont subi des agressions collectives à l’école.

Cependant, les affaires révélées ne représentent probablement qu’une petite partie de la réalité. Une étude de l’UNICEF indique que près des deux tiers des enfants vietnamiens âgés de 1 à 14 ans ont déjà subi une forme de violence de la part d’un membre de leur entourage familial.

Confondre éducation et violence

Pour la psychologue Lê Thị Linh Trang, de l’Académie des cadres de Hô Chi Minh-Ville, de nombreux parents continuent de confondre discipline éducative et violence.

Selon elle, une idée profondément ancrée dans la société persiste : "Je suis le père ou la mère, j’ai donc le droit d’éduquer mon enfant comme je l’entends." Cette mentalité conduit parfois à tolérer des comportements inacceptables, souvent considérés comme des affaires privées relevant uniquement de la famille.

La spécialiste estime également que les difficultés économiques ou les pressions de la vie quotidienne ne peuvent en aucun cas justifier les violences commises contre les enfants.

"Toute forme de violence exercée contre un enfant, même par ses propres parents, constitue un acte inhumain. Les coups ne laissent pas seulement des traces sur le corps ; ils marquent également l’esprit de l’enfant pour toute sa vie", souligne-t-elle.

Blessures psychologiques 

Fort de nombreuses années d’expérience dans la protection de l’enfance, Nguyễn Tăng Minh, directeur adjoint du Service de la santé de Hô Chi Minh-Ville, affirme avoir été témoin de nombreux cas particulièrement douloureux.

Ce qui le préoccupe le plus est le fait que les violences surviennent souvent au sein même du foyer, un lieu censé offrir sécurité et affection aux enfants.

Selon lui, beaucoup de parents continuent d’invoquer le proverbe traditionnel vietnamien selon lequel «aimer, c’est parfois corriger sévèrement », mais oublient que même les animaux sauvages protègent leurs petits. La violence envers les enfants peut prendre de nombreuses formes : coups, humiliations, menaces, insultes ou pression psychologique.

"Beaucoup de parents ignorent que les paroles blessantes, les humiliations ou les intimidations peuvent causer des souffrances psychologiques profondes. Ces comportements constituent également des formes de maltraitance qui doivent être dénoncées", affirme-t-il.

Renforcer les mécanismes de prévention

Sur le plan institutionnel, Hô Chi Minh-Ville a mis en place plusieurs guichets uniques d’assistance destinés aux femmes et aux enfants victimes de violences dans plusieurs hôpitaux, notamment l’Hôpital Hùng Vương, l’Hôpital pédiatrique municipal, l’Hôpital pédiatrique N° 1 et l’Hôpital de traumatologie et d’orthopédie.

Les victimes sont ensuite orientées vers des structures d’accueil temporaires gérées par le Centre municipal d’action sociale, où elles bénéficient d’un accompagnement adapté à leur situation.

La ville dispose également de la ligne téléphonique d’urgence 1022, permettant aux citoyens de signaler les cas de maltraitance ou de violation des droits des enfants.

Intervenir avant que la violence ne survienne

Pour l’avocat Nguyên Trung Tín, membre de l’Association des juristes et de l’Association pour la protection des droits de l’enfant de Hô Chi Minh-Ville, le cadre juridique vietnamien relatif à la protection de l’enfance est relativement complet. Toutefois, l’application concrète des textes reste insuffisante.

Il souligne notamment le manque de personnel spécialisé au niveau local et l’inefficacité de certains mécanismes d’alerte. Selon lui, les dispositifs actuels se concentrent davantage sur le traitement des conséquences que sur la prévention.

"Nous devons protéger les enfants dès les premiers signes de danger. La prévention doit devenir la priorité absolue, au lieu d’attendre que des dommages irréversibles se produisent avant d’intervenir", insiste-t-il.

Pour prévenir durablement les violences familiales, Nguyễn Tăng Minh recommande de renforcer l’éducation prénuptiale ainsi que la formation aux compétences parentales destinées aux jeunes couples.

Les enfants ont droit à un environnement sûr et protecteur.

De nombreux parents commencent à élever leurs enfants sans connaissances suffisantes en psychologie infantile, en éducation positive, en gestion des émotions ou en législation relative aux droits de l’enfant et de la famille.

De son côté, Nguyễn Thị Hoài Thu, ancienne présidente de la Commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, rappelle que la Loi vietnamienne sur l’enfance de 2016 reconnaît et protège vingt-cinq droits fondamentaux des enfants.

Pourtant, la majorité des enfants ignorent encore l’existence de ces droits. Plus inquiétant encore, de nombreux adultes eux-mêmes n’en ont qu’une connaissance partielle.

"La responsabilité première incombe aux adultes. Nous devons faire connaître ces droits à chaque famille et à chaque citoyen afin que les enfants puissent être réellement protégés", affirme-t-elle.

Une responsabilité collective

Nguyên Thị Hoài Thu appelle également à la création d’un réseau de protection de l’enfance à plusieurs niveaux, associant les familles, les écoles, les autorités locales, les organisations sociales et la communauté.

Les signes d’alerte - blessures inexpliquées, comportements anxieux, changements psychologiques soudains - doivent être repérés rapidement afin de permettre une intervention précoce.

Selon elle, l’indifférence sociale reste aujourd’hui l’un des principaux obstacles à la protection des enfants. Trop souvent, les voisins ou les proches préfèrent ne pas intervenir, considérant les violences familiales comme des affaires privées.

Protéger un enfant aujourd’hui, c’est préserver l’avenir de toute la société.
Photo : VNA/CVN

"Personne ne peut protéger un enfant mieux que les adultes qui vivent autour de lui. Lorsqu’un enfant est victime de violence, même de la part d’un membre de sa famille, il ne s’agit plus d’une affaire privée, mais d’une violation de ses droits fondamentaux. Chacun a le devoir de réagir et d’agir", souligne-t-elle.

Faire évoluer les mentalités 

Les spécialistes s'accordent à dire que la lutte contre la maltraitance infantile nécessite à la fois des sanctions plus dissuasives, une meilleure application des lois et un profond changement des mentalités.

Pour la psychologue Lê Thị Linh Trang, l’éducation demeure la solution la plus durable.

"Plus la loi sera ferme, plus les personnes ayant des comportements violents hésiteront à passer à l’acte. Mais à long terme, seule l’éducation peut transformer la société. Si chaque citoyen devient une personne respectueuse et bienveillante, les actes de violence diminueront naturellement."

La protection des enfants ne relève donc pas uniquement de la responsabilité des autorités. Elle dépend également de l’engagement de chaque adulte, de chaque famille et de toute la communauté. Car protéger un enfant aujourd’hui, c’est préserver l’avenir de toute la société.

Texte et photos : Quang Châu/CVN

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