Zones à faibles émissions : vers une capitale intelligente, propre et durable

Face à une pollution atmosphérique croissante, Hanoï lancera dès 2026 une zone à faibles émissions dans le périmètre 1 afin de réduire les émissions liées au trafic, promouvoir la mobilité verte et améliorer durablement la qualité de l’air urbain.

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Hanoï accélère sa transition verte afin de préserver un environnement urbain plus propre et plus sain.
Photo : VNA/CVN

Afin de concrétiser ses objectifs en matière de protection de l’environnement et de développement urbain durable, Hanoï finalise actuellement le projet de "zone à faibles émissions dans le périphérique 1 de Hanoï". La mise en place de cette zone est considérée comme une mesure stratégique majeure visant non seulement à maîtriser une pollution atmosphérique de plus en plus préoccupante dans le centre-ville, mais aussi à accélérer la transition vers une mobilité verte, dans la perspective de bâtir une capitale intelligente, propre et durable.

Une réponse urgente à la dégradation de la qualité de l’air

Ces dernières années, la qualité de l’air à Hanoï s’est régulièrement détériorée, en particulier dans les quartiers centraux marqués par une forte densité de population, un trafic intense et une concentration élevée d’activités économiques et sociales. Selon les études menées entre 2023 et 2025 par le ministère vietnamien de l’Agriculture et de l’Environnement, les transports seraient responsables d’environ 25% des émissions de particules fines PM2.5 dans l’ensemble de la ville. Dans les zones urbaines centrales, les émissions directement liées au trafic atteindraient jusqu’à 59%, tandis que les poussières routières et les activités de construction en représenteraient 28%.

Une étude quantitative réalisée en 2025 par la Banque asiatique de développement (BAD) dans la zone du périphérique 1 montre que le trafic routier constitue la principale source d’émissions de PM2.5. Les motos et scooters représentent 43,4% des émissions, les bus 30,7%, les véhicules utilitaires légers 20,4% et les voitures particulières de moins de neuf places 5,5%.

La porte d’entrée sud de Hanoï.
Photo : VNA/CVN

Selon Pham Thi Thanh Mai, vice-présidente du Conseil populaire municipal, le projet de zone à faibles émissions constitue une politique nouvelle et complexe, ayant un impact important sur la vie quotidienne, les activités économiques et l’organisation de l’espace urbain. Elle souligne ainsi la nécessité de définir clairement le périmètre, les catégories de véhicules concernées, le calendrier d’application ainsi que les mécanismes de coordination entre les différentes autorités.

Le périphérique 1 correspond au cœur historique et administratif de la capitale. Cette zone concentre institutions centrales, quartiers résidentiels, sites patrimoniaux, établissements scolaires, hôpitaux ainsi qu’une forte activité commerciale et touristique. Dans ce contexte, limiter progressivement les véhicules les plus polluants, promouvoir les transports publics et encourager les mobilités propres apparaît comme une nécessité afin d’améliorer la qualité de l’air, protéger la santé publique et soutenir un développement urbain durable. Cette stratégie s’inscrit également dans les engagements du Vietnam en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’adaptation au changement climatique.

Une mise en œuvre progressive jusqu’en 2029

Afin de concilier impératifs environnementaux, mobilité des habitants et développement économique, les autorités hanoïennes ont prévu une mise en œuvre progressive en trois phases.

La première, prévue du 1er juillet au 31 décembre 2026, concernera une zone pilote située dans le quartier de Hoàn Kiêm. Ce périmètre central couvrira environ 0,5 km² et sera délimité par onze rues emblématiques, dont Tràng Tiên, Hàng Khay, Hàng Dào ou encore Ly Thai Tô. Quelque 20 000 habitants seront directement concernés. Une "zone tampon" de 1,65 km² sera également créée autour du Vieux Quartier.

La deuxième, prévue pour l’année 2027, étendra l’expérimentation aux quartiers de Hoàn Kiêm et de Cua Nam. La superficie concernée atteindra alors 3,6 km² avec près de 137.000 habitants touchés par les nouvelles mesures.

Enfin, la troisième, prévue entre 2028 et 2029, verra l’extension de la zone à faibles émissions à l’ensemble du périphérique 1, soit une superficie de plus de 26 km² regroupant environ 625.000 habitants répartis dans neuf quartiers.

Afin de garantir la transparence du projet, le Service municipal de l’agriculture et de l’environnement a demandé aux autorités locales d’afficher publiquement le projet pendant dix jours afin de recueillir les avis des habitants. Les contributions de la population serviront de base aux ajustements avant l’examen final par les autorités municipales.

Des mesures de transition pour assurer la faisabilité du projet

Pour atteindre les objectifs fixés, Hanoï ne compte pas uniquement sur des restrictions administratives visant les véhicules individuels. La ville prévoit également de développer les infrastructures de transport vert, les systèmes de surveillance intelligents ainsi que des politiques de soutien financier destinées aux habitants et aux entreprises.

Afin d’assurer le contrôle des mesures, la ville prévoit d’installer 22 caméras intelligentes de reconnaissance automatique des plaques d’immatriculation (ANPR) aux principaux points d’accès de la zone pilote dès juin 2026. Ces systèmes permettront une détection automatisée et transparente des infractions.

Parallèlement, Hanoï souhaite accélérer le développement des infrastructures de recharge électrique, des stations d’échange de batteries et des transports publics propres, notamment les bus électriques. Des mécanismes de soutien financier pour encourager la transition vers les véhicules électriques sont également en préparation.

Un soutien global, malgré des inquiétudes persistantes

Les résultats d’une consultation menée auprès de 1 010 habitants et entreprises installés dans les zones concernées montrent une tendance claire : la majorité soutient le projet, considéré comme nécessaire pour améliorer la qualité de l’air, tout en demandant un calendrier réaliste et des mécanismes d’accompagnement adaptés.

Dans le Vieux Quartier et autour du lac Hoàn Kiêm, de nombreux habitants expriment leur soutien. Nguyên Thi Lan, résidente de la rue Hàng Bac, estime que personne ne souhaite vivre dans un environnement pollué et juge indispensable la réduction des émissions. Elle souligne toutefois que les déplacements quotidiens restent largement dépendants des motos. Selon elle, limiter les véhicules individuels sans disposer de transports publics suffisamment efficaces, notamment le soir et le week-end, risquerait de perturber fortement la vie quotidienne.

Certaines inquiétudes concernent également la sécurité des véhicules électriques, notamment après plusieurs incendies liés à des batteries.

Lê Thu Hanh, commerçante dans le quartier de Hàng Non, explique que sa famille soutient pleinement la transition vers des véhicules électriques, mais demeure préoccupée par les risques d’incendie dans les maisons étroites du Vieux Quartier. Elle estime que la ville doit rapidement définir des normes strictes concernant les batteries, les stations de recharge et les parkings adaptés aux spécificités urbaines des anciens quartiers.

Infographie : VNA/CVN

Les travailleurs indépendants expriment également leurs préoccupations. Trân Van Hung, habitant du quartier de Hai Bà Trung, considère que la transition vers les véhicules électriques représente un investissement considérable pour les personnes dépendant quotidiennement de leur véhicule. Selon lui, des aides financières plus importantes et des prêts préférentiels encourageraient davantage la population à adhérer au projet.

Les entreprises locales reconnaissent elles aussi les bénéfices potentiels des zones à faibles émissions, notamment pour l’image de la ville et le développement touristique. Cependant, elles redoutent les coûts de transition. Lê Minh Tuân, représentant d’une petite entreprise de transport du Vieux Quartier, souligne que le remplacement des véhicules ou leur mise aux normes représente une charge financière considérable pour les petites entreprises.

Dans le secteur des services et de l’hôtellerie, les préoccupations portent principalement sur la circulation des clients et des marchandises. Pham Thu Hà, propriétaire d’un établissement d’hébergement près du Hoàn Kiêm Lake, estime que cette politique renforcera l’image écologique de Hanoï auprès des touristes internationaux. Elle craint toutefois que des restrictions trop strictes sur les véhicules individuels compliquent les déplacements des visiteurs ainsi que l’approvisionnement des commerces. Elle souhaite que la ville mette en place une organisation du trafic suffisamment souple pour concilier réduction des émissions et continuité des activités économiques.

Ces réactions montrent que le consensus social autour de la réduction des émissions existe bel et bien, mais qu’il doit s’accompagner de politiques souples, progressives et adaptées aux réalités locales. Le développement simultané des transports publics, des infrastructures de recharge, des aides financières et d’un calendrier clair sera déterminant pour garantir le succès du projet.

Grâce à une combinaison entre volonté politique, planification scientifique et politiques de soutien adaptées, le projet de zone à faibles émissions du périphérique 1 devrait constituer un tournant majeur pour la capitale vietnamienne. D’ici 2030, Hanoï ambitionne de réduire d’environ 30% ses émissions de CO et de NO2, ainsi que de 20% ses émissions directes de particules PM2.5 liées au trafic routier dans cette zone, afin d’abaisser la concentration annuelle moyenne de PM2.5 sous le seuil de 40 µg/m³. Il s’agit d’un engagement fort de la capitale en faveur de la protection de la santé publique et de la construction d’un espace urbain plus vivable, vert, propre et durable, contribuant ainsi aux efforts nationaux de lutte contre le changement climatique mondial.

VNA/CVN

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