09/11/2018 08:43
Des forces progouvernementales yéménites ont réalisé jeudi 8 novembre une percée à l'intérieur même de Hodeida, cité portuaire contrôlée par les Houthis, au milieu de combats meurtriers qui font planer de sérieux risques pour des milliers de civils, selon des ONG.
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Les forces progouvernementales avancent vers le port stratégique de Hodeida contrôlé par les Houthis, dans l'Ouest du Yémen, le 7 novembre.
Photo: AFP/VNA/CVN

Après une semaine d'intenses combats aux abords de Hodeida, ville stratégique sur la mer Rouge (Ouest), ces unités progouvernementales ont pénétré dans des zones résidentielles, au volant de camionnettes, sur des routes que les Houthis -qui disent vouloir défendre leurs positions à tout prix-- ont parfois minées.

Depuis 2015, les forces loyales au président Abd Rabbo Mansour Hadi, appuyées par l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, tentent de chasser ces Houthis des vastes régions qu'ils ont conquises, dont Hodeida et la capitale Sanaa. Le pays est désormais menacé par la famine.

La bataille pour Hodeida dure depuis des mois, mais s'est récemment intensifiée alors que l'ONU et les États-Unis pressent pour la reprise de négociations. Selon des sources médicales, au moins 250 combattants ont été tués lors de la semaine écoulée, dont 197 Houthis et 53 membres des forces loyalistes.

Tranchées et mines 

Trois sources militaires ont affirmé jeudi 8 novembre que des forces progouvernementales s'approchaient désormais du port, par le sud via une route côtière, et par l'est via une route principale reliant l'intérieur du pays au littoral. Ces forces ont avancé de deux kilomètres dans Hodeida en empruntant la route de Sanaa, qui relie l'est du Yémen au port, et de trois kilomètres en passant par l'avenue al-Duraihimi, le long du littoral, au sud du port, ont précisé ces sources.

Faisant le "V" de la victoire, des combattants progouvernementaux portant des armes automatiques et des lance-roquettes ont paradé à bord de pick-ups sur lesquels étaient inscrits "al-Amaliqa" ("Les géants"), du nom d'une des brigades soutenues par les Émirats, a rapporté un correspondant de l'AFP. Les Houthis "nous donneront la ville pacifiquement ou nous la prendrons de force", a dit un commandant de cette brigade, Mouammar al-Saidi.

Les Houthis ont creusé des tranchées et posé des mines sur des routes en périphérie, afin de ralentir l'avancée de leurs adversaires, avait indiqué mercredi une source loyaliste. Toujours selon des sources progouvernementales, les Houthis ont positionné des snipers sur les toits de certains bâtiments et derrière de grands panneaux publicitaires. Le Nord de Hodeida est encore totalement contrôlé par les Houthis.

Certains magasins ont baissé leurs rideaux, mais un marché aux légumes restait animé jeudi 8 novembre, tandis que des hommes armés patrouillaient dans le secteur, selon un autre correspondant de l'AFP. Sur l'avenue Jizan, des voitures et des piétons circulaient.

Mercredi 7 novembre, le chef des Houthis Abdel Malik al-Houthi a assuré que les Houthis ne se rendraient "jamais". "L'ennemi bénéficie du nombre (de troupes) qui a encore augmenté pour mettre sous pression la ville", a-t-il ajouté.

Selon des sources médicales, ces dernières 24 heures, au moins 47 Houthis et 11 combattants progouvernementaux ont été tués. La cité, aux mains des Houthis depuis 2014, reste par ailleurs soumise à un pilonnage intensif.

Point d'entrée de trois quarts des importations et de l'aide internationale au Yémen, Hodeida compte en temps normal quelque 600.000 habitants, mais une partie des civils a fui ces derniers mois.

"Militarisation des hôpitaux"


De nombreuses organisations humanitaires s'inquiètent du sort de centaines de milliers de civils restés à Hodeida. Jeudi 8 novembre, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a appelé les parties à "protéger les civils et les infrastructures civiles", alors que Hodeida connaît "une escalade dramatique" des violences.

Amnesty International a condamné les raids aériens de la coalition sous commandement saoudien et accusé les Houthis de recourir "délibérément à la militarisation des hôpitaux", et de poser des mines.

L'ONG s'est en particulier inquiétée du déploiement de Houthis sur le toit d'un hôpital "rempli de civils blessés", dans le quartier du 22-Mai. Par ailleurs, les combats ont bloqué les possibilités de s'échapper vers le Sud et les Houthis "ont miné d'autres voies vers l'extérieur".

Jeudi 8 novembre, le président Abd Rabbo Mansour Hadi, qui vit en exil à Ryad, a nommé un nouveau ministre de la Défense, Mohammed al-Maqdishi, et un nouveau chef d'état-major, Abdallah al-Nakhi. M. Maqdishi remplace Mahmoud al-Soubaïhi, détenu par les Houthis à Sanaa.

La bataille de Hodeida s'intensifie au moment où Washington, allié des Saoudiens, et l'ONU cherchent à relancer le processus de paix. "Nous continuons d'exhorter toutes les parties (...) à admettre qu'il n'y a pas de victoire militaire possible", a réaffirmé un porte-parole de la diplomatie américaine, Robert Palladino.

Le médiateur de l'ONU Martin Griffiths a dit jeudi  8 novembre qu'il entendait convoquer des pourparlers "d'ici la fin de l'année". Selon des analystes, la pression diplomatique pourrait avoir incité les Saoudiens à chercher à obtenir le maximum de gains militaires avant d'éventuelles discussions. En septembre, un processus de consultations prévu par l'ONU à Genève avait échoué.

Depuis 2015, la guerre a fait quelque 10.000 morts et provoqué selon l'ONU la pire crise humanitaire au monde. Des responsables humanitaires estiment que ce bilan est bien plus élevé.

AFP/VNA/CVN
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