Un épisode probable d'El Niño laisse redouter des événements météorologiques extrêmes

Le développement d'un épisode El Niño est probable à 80% entre juin et août, augmentant le risque d’événements météorologiques extrêmes dans les prochains mois, a alerté mardi 2 juin l’Organisation météorologique mondiale (OMM).

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Un point d'eau asséché et brûlé par le soleil, dans le parc national de Mana Pools, au Zimbabwe. 
Photo : AFP/VNA/CVN

Des précipitations "inférieures à la normale" durant la saison des pluies dans la Corne de l'Afrique, une mousson moins abondante que la moyenne en Asie du Sud ou encore des conditions plus chaudes et plus sèches en Amérique centrale au cours de l'été...

Les prévisions de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) laissent craindre un scénario critique dans les tout prochains mois à cause d'El Niño.

Dans sa dernière mise à jour, cette agence de l'ONU, table sur un "épisode au moins modéré, voire fort" d'El Niño, ce phénomène climatique aux conséquences planétaires. Elle estime aussi que "les probabilités de cet épisode se maintienne au moins jusqu’en novembre avoisinent ou dépassent les 90%".

Les températures "exceptionnellement chaudes" des eaux du Pacifique tropical favorisent les conditions de la formation d'un épisode El Niño, qui "devrait influencer les régimes de température et de précipitations à l'échelle mondiale".

Selon Météo-France, El Niño, et sa phase opposée La Niña, sont les noms donnés à une variation naturelle du climat, qui induit une variation marquée de la température des eaux de l'océan Pacifique équatorial, une modification de la circulation atmosphérique mondiale et peut occasionner certains événements extrêmes sur un grand nombre de régions.

Entre fin avril et mi-mai, la température de surface de la mer dans la partie centre-est du Pacifique équatorial s'est rapprochée des seuils caractérisant ce phénomène, une hausse alimentée par des températures "exceptionnellement élevées" sous la surface, dépassant de plus de 6°C les normales saisonnières, note l'OMM.

Parallèlement, les valeurs de l'indice d'oscillation australe, qui est la composante atmosphérique d'El Niño, "concordent" avec la mise en place de conditions d'apparition du phénomène, ajoute l'organisation.

Un épisode "potentiellement puissant"

"Nous devons nous préparer à un épisode El Niño potentiellement puissant, qui exacerbera la sécheresse et les fortes pluies et augmentera le risque de vagues de chaleur à la fois sur les terres émergées et dans les océans", a prévenu la secrétaire générale de l'OMM, Celeste Saulo, citée dans un communiqué. L'OMM souligne que même un épisode El Niño d'intensité modérée augmente la probabilité de certains phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes.

El Niño se caractérise par une hausse des températures de surface dans le centre et l'est du Pacifique équatorial. Il se produit d'ordinaire tous les deux à sept ans et dure environ neuf à douze mois.

Le dernier épisode El Niño, en 2023 et 2024, avait fait de ces années les deux plus chaudes jamais enregistrées. Le phénomène cyclique affecte par effet domino le climat mondial pendant plusieurs mois.

Pour la période juin-juillet-août, l'OMM prévoit déjà un ensemble de conditions favorisant "une prédominance de températures supérieures à la normale dans presque toutes les régions du globe", avec un risque accru de stress thermique, de sécheresse dans certaines régions et d'événements extrêmes tels que des inondations ou des sécheresses sévères.

Pendant l'été de l'hémisphère Nord, les eaux chaudes liées à El Niño peuvent aussi favoriser la formation d'ouragans dans le Pacifique central et oriental, tout en limitant leur développement dans l'Atlantique, ajoute l'organisation.

"Différentes régions vont réagir différemment au phénomène. Ce qu'il faut aussi souligner, c'est qu'El Niño n'agit pas seul. Il agit avec d'autres phénomènes qui peuvent accentuer ou ralentir son intensité", explique Wilfran Moufouma Okia, chef des prévisions climatiques de l'OMM.

"Urgence climatique"

"Nous devons tous accorder à cette situation le degré d'urgence climatique qu'elle représente", a alerté le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, dans une déclaration vidéo. "Les conditions El Niño jetteront de l'huile sur le feu d'une planète qui se réchauffe. Les impacts seront encore plus forts et ressentis encore plus loin. Ils traverseront les frontières à une vitesse dévastatrice", a-t-il poursuivi, appelant encore une fois à "mettre fin à la dépendance aux combustibles fossiles".

"Il faut souligner que chaque phénomène El Niño est unique. On peut penser qu'un phénomène El Niño jugé de faible d'intensité n'aura pas de conséquences, mais c'est faux. Suivant les pays, suivant les contextes, on peut avoir des conséquences aussi dommageables que lorsqu'on a des événements forts", ajoute Wilfran Moufouma Okia.

Selon Celeste Saulo, 128 pays sont désormais dotés de systèmes d'alerte précoce multirisques, l'objectif de l'ONU étant qu'ils soient en place dans tous les pays d'ici fin 2027.

La cheffe de l'OMM a indiqué qu'El Niño aurait des "effets en cascade", avec des répercussions potentielles sur le commerce mondial. Ces effets vont de "la variabilité du climat à l'économie et à la sécurité des populations. C'est pourquoi cette information est si pertinente et si importante", a-t-elle déclaré mardi 2 juin devant la presse à Genève.

L'OMM espère que les alertes précoces permettront de mieux orienter les mesures de préparation, en particulier dans les secteurs sensibles au climat tels que l'agriculture, la gestion des ressources en eau, l'énergie et la santé.

AFP/VNA/CVN


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