Ebola en RD Congo
Soignants, travailleurs, missionnaires... des profils à risque devenus victimes de l'épidémie

Partie de Mongwalu, dans la province congolaise de l'Ituri, la flambée causée par la souche Bundibugyo du virus Ebola a déjà fait près de 750 cas suspects et 177 décès. Soignants congolais, mineurs d'or en transit, missionnaires américains: l'épidémie touche des profils très divers, et a désormais franchi les frontières de la RD Congo.

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Un agent de santé utilise un thermomètre pour contrôler la température d'un homme au bord d'une route à Bunia, au Congo, le mardi 19 mai. 
Photo : AFP/VNA/CVN

L'épidémie d'Ebola qui frappe l'est de la République démocratique du Congo (RDC) s'élargit. Vendredi 22 mai, le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a rehaussé au niveau "très élevé", soit le seuil maximal, le risque épidémique en RD Congo. Causée par une souche rare pour laquelle il n'existe ni vaccin ni traitement, l'épidémie a désormais franchi les frontières congolaises.

Les chiffres officiels masquent une réalité bien plus lourde. L'OMS recensait vendredi 82 cas confirmés et sept décès en RD Congo. Mais le bilan serait plus lourd, avec près de 750 cas suspects et 177 décès suspects. "L'épidémie d'Ebola en RD Congo se propage rapidement", a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus. Partie de Mongwalu, dans la province de l'Ituri au nord-est du pays, l'épidémie s'est depuis étendue à plusieurs provinces congolaises et à l'Ouganda voisin.

Les soignants, premières victimes

Les personnels de santé ont été les premières victimes. En avril, un soignant de Mongwalu est tombé malade, transféré à Bunia - capitale de l'Ituri - où il est mort entre le 24 et le 27 avril. Son corps a ensuite été rapatrié à Mongwalu pour y être enterré, raconte le New York Times. Ces pratiques funéraires sans protection, soit le lavage et la manipulation du défunt à mains nues, constituent l'une des principales voies de transmission du virus. Quatre soignants ont ensuite succombé en l'espace de quatre jours à l'hôpital général de référence de Mongwalu.

La détection de la souche a pris des semaines. Les équipements de test disponibles en Ituri ne détectent que la souche la plus courante d'Ebola, dite Zaire, et non la Bundibugyo, responsable de la flambée actuelle. Les premières analyses revenaient donc négatives. Des prélèvements ont finalement dû être envoyés à Kinshasa, à plus de 1.600 kilomètres, pour identifier le bon variant.

"L'alerte a été donnée très tardivement", résume au New York Times la docteure Marie-Roseline Belizaire, épidémiologiste à la tête de la réponse de l'OMS à cette épidémie. L'organisation évoque un "délai critique de détection de quatre semaines" entre les premiers symptômes du présumé premier cas et la confirmation en laboratoire. "Cela aurait dû être fait près de 30 jours avant", a renchéri le docteur Bill Kanyenche, médecin congolais impliqué dans la riposte à Bunia, auprès du média américain.

La riposte sanitaire peine toujours à s'organiser. La province de l'Ituri, mal desservie par les routes et en proie aux violences des groupes armés, est l'une des plus difficiles d'accès en RD Congo. Près d'un million de déplacés s'y entassent dans des camps. "La violence et l'insécurité entravent la réponse", a reconnu Tedros Adhanom Ghebreyesus vendredi 22 mai. La riposte a donné lieu à des scènes de chaos sur place, où l'OMS continue de déployer du personnel.

Les mineurs d'or en transit

L'épidémie a émergé dans une zone aurifère. Mongwalu et ses environs attirent des travailleurs saisonniers venus exploiter les mines d'or de l'Ituri, l'une des provinces les plus densément peuplées d'Afrique centrale. Ces mineurs circulent entre provinces et franchissent parfois la frontière ougandaise. Ce mouvement permanent a alimenté la propagation silencieuse du virus. "La province de l'Ituri, c'est une zone aurifère où il y a énormément de déplacements de population", souligne Christophe Rapp, infectiologue à l'Hôpital américain de Paris, pour l'émission 28 sur Arte. "On voit effectivement qu'il n'y a pas d'étanchéité entre les frontières."

À ces travailleurs s'ajoute une population déplacée estimée à deux millions de personnes dans la zone élargie, vivant dans des conditions d'hygiène précaires. La forte densité de population dans la région, supérieure à celle des précédentes zones d'épidémie, est un facteur d'inquiétude supplémentaire pour les experts. "Cela a été hors de contrôle pendant des semaines, clairement", a déclaré Atul Gawande, ancien haut responsable de l'Agence américaine pour le développement international (USAID), au New York Times. "La rapidité est tout. Le moment à partir duquel le premier cas survient est critique."

Des soignants étrangers contaminés

Les travailleurs médicaux expatriés n'ont pas été épargnés. Peter Stafford, médecin américain de l'organisation missionnaire chrétienne Serge, a contracté le virus en soignant des patients à l'hôpital de Nyankunde, au sud-est de Bunia. Actuellement à l'hôpital de la Charité à Berlin, il est "très affaibli" mais "pas dans un état critique pour l'instant", selon l'établissement. Un second ressortissant américain, identifié comme contact à haut risque, a été transféré en République tchèque, a indiqué Tedros Adhanom Ghebreyesus ce vendredi 22 mai.

La quasi-absence des États-Unis dans la réponse fragilise la riposte. Washington finançait autrefois la surveillance épidémique dans la région et maintenait des équipes d'urgence sur place. La fermeture de l'USAID par l'administration Trump a déjà entravé la réponse, selon Atul Gawande, au New York Times. La prudence américaine s'est traduite par un épisode insolite: un vol Paris-Détroit d'Air France a dû faire escale à Montréal mercredi pour débarquer un passager congolais, selon la compagnie.

Une propagation qui dépasse les frontières

Deux cas ont été confirmés en Ouganda, tous deux en lien avec des voyageurs venus de RD Congo. L'un est décédé, son corps rapatrié en RD Congo. Les autorités ougandaises ont placé 65 cas contacts en quarantaine dans des centres d'isolement de Kampala. La situation y est pour l'instant "stable", a indiqué Tedros Adhanom Ghebreyesus. Mais leur apparition dans un contexte urbain inquiète: les deux cas ougandais ne semblent pas liés épidémiologiquement, explique le Center for strategic & international studies.

Un cas a également été confirmé dans la province du Sud-Kivu, à des centaines de kilomètres de l'épicentre, selon l'alliance AFC/M23, qui contrôle la région. Le Rwanda a fermé ses frontières. "Il y a un risque de propagation régionale au moins sur le Soudan du Sud et l'Ouganda", estime Denis Malvy, infectiologue au CHU de Bordeaux et vétéran de plusieurs épidémies d'Ebola, au Monde. À l'échelle mondiale, l'OMS maintient son évaluation au niveau "faible". Ebola se transmet par contact direct avec les fluides corporels - vomi, sang, urine - et non par voie respiratoire, ce qui limite son potentiel de diffusion au-delà du continent africain.

AFP/VNA/CVN

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