Préserver et restaurer des monuments, grands enjeux de Hanoï

Hanoï, la“capitale du patrimoine”, est confrontée à de nombreux défis dans laconservation et la restauration de ses vestiges culturels et historiques. Ellea décidé de procéder à de grands travaux, avec un investissement de quelque14.000 milliards de dôngs, pour leur redonner leur ancien lustre.

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Statue endommagée dans la pagode Bao An, commune de Dông Quang, district de Quôc Oai, à Hanoï.
Photo : VNA/CVN

Selon le dernier rapport du Service municipal de la culture et des sports, bien que Hanoï ait eu 1.125 monuments restaurés au cours de la période 2013-2020, il reste à ce jour encore 1.284 sites dégradés. Parmi eux, quelque 314 maisons communes, temples, pagodes, sanctuaires... sont en grave détérioration, situées notamment dans les districts de Ba Vì, Thach Thât, Phú Xuyên, Hoài Ðuc, Phúc Tho, Thanh Trì, Quôc Oai...

La plupart des vestiges présentent des murs écaillés, couverts de mousses, des colonnes, des charpentes déformées et fissurées, des tuiles, des statues endommagées… Ils risquent de s’effondrer, menaçant ainsi la sécurité des gardiens et des habitants.

Lê Khac Nhu, chef du Bureau de la culture et de l’information du district de Ba Vì, fait savoir qu’une partie des poutres de la maison commune Vinh Phê, dans la commune de Chu Minh, est tombée et s’est brisée.

Thích Ðàm Trong Nghia, bonze gérant de la pagode Bao Ân, commune de Ðông Quang, district de Quôc Oai, déplore que de nombreux éléments architecturaux soient gravement endommagés car l’ouvrage n’a pas été restauré à temps.

Restauration ou destruction

Au sujet des défis de la "capitale du patrimoine", Trân Thi Vân Anh, directrice adjointe du Service de la culture et des sports de Hanoï, s’inquiète : "Le plus gros problème aujourd’hui est le manque de ressources. Aussi, ces sites continuent-ils de se détériorer avec le temps".

En effet, ces dernières années, la ville a confié leur gestion aux districts pour améliorer l’efficacité de la préservation mais ceux-ci n’ont pas l’expérience ni les capacités financières suffisantes pour les restaurer et les embellir.

Hanoï a décidé de consacrer 14.029 milliards de dôngs pour restaurer 579 sites.

Chu Xuân Dung, vice-président du Comité populaire municipal, estime : "La restauration des monuments est une tâche plus difficile que la réparation des écoles ou la remise en état des hôpitaux par exemple car chaque vestige est unique et a ses propres valeurs historiques, culturelles, spirituelles et religieuses. Par conséquent, des mesures de restauration différentes sont nécessaires pour chacun".

Faute d’une bonne compréhension des réglementations concernant la préservation et la valorisation des monuments, en particulier des sites nationaux spéciaux, des erreurs ont été commises sur certains. En effet, quelques-uns ont été reconstruits à neuf ou simplement démolis.

Analysant cette situation, le Pr.-Dr. Truong Quôc Bình, ancien directeur adjoint du Département du patrimoine culturel (ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme), indique que cela est également dû au manque de sanction des violations.

Forte de son histoire millénaire, Hanoï est une ville au patrimoine culturel et architectural particulièrement riche.
Photo : CTV/CVN

Face à la détérioration des monuments, il est compréhensible que leurs gestionnaires s’inquiètent et demandent des investissements pour leur restauration. Mais certains ont mené des restaurations sans demander la permission des autorités et des branches concernées ni sans consulter auprès des experts. Selon eux, le processus d’évaluation et d’approbation des rénovations des ouvrages prend trop de temps et est trop compliqué.

L’histoire de la restauration en 2014 de la pagode Sô (commune de Tân Uoc, district de Thanh Oai), construite sous la dynastie des Mac au XVIe siècle, est un exemple typique de démontage imprudent, provoquant la chute de tuiles, d’où l’effondrement d’une table de culte vieille de plusieurs siècles.

Une stratégie globale, des solutions adaptées

"Les sites historiques peuvent être mis en valeur grâce à la communauté. Dans les localités où les gens comprennent bien la loi, l’histoire, la culture, la méthode de conservation du patrimoine, et surtout l’aiment, les ouvrages sont très bien préservés", exprime le chercheur culturel Nguyên Ðuc Bình, chef du groupe “Ðình làng Viêt” (Maisons communes du Vietnam), qui a passé beaucoup de temps à conserver l’espace culturel des maisons communes. Il a également effectué de nombreuses visites dans différentes villes et provinces dans l’ensemble du pays pour les soutenir dans la restauration de sites.

D’après Hoàng Ðao Cuong, vice-ministre de la Culture, des Sports et du Tourisme, Hanoï doit être un exemple de protection et de valorisation des vestiges. La ville a mené une enquête pour réévaluer l’état général de tous ses monuments et a établi une liste des ouvrages prioritaires à rénover et un calendrier de mise en œuvre.

"Il est également important de publier des instructions sur la préparation des dossiers et l’élaboration des projets, de renforcer le contrôle et la supervision des activités de restauration…", indique Ðô Ðình Hông, directeur du Service municipal de la culture et des sports. Celui-ci créera un conseil du patrimoine pour aider les localités ayant des sites nationaux spéciaux et d’autres monuments dans le processus de restauration.

Selon le président de l’Association du patrimoine culturel du Vietnam, Ðô Van Tru, le secteur culturel de Hanoï doit renforcer la sensibilisation afin que les gens puissent mieux comprendre la responsabilité de chacun dans la préservation et la promotion des monuments.

Il est nécessaire d’organiser des cours de formation pour favoriser les connaissances du personnel et des experts culturels locaux sur la conservation du patrimoine. Il faut renforcer aussi l’inspection et le traitement des infractions dans les activités de rénovation et d’embellissement et encourager la participation des médias et des habitants locaux.

Par conséquent, le Comité populaire de Hanoï a confié au secteur de la culture la mise en œuvre de plusieurs mesures, l’établissement d’un plan directeur sur la rénovation et la valorisation des ouvrages de la ville ; la mise en place d’un comité de pilotage pour la gestion de la restauration, de l’embellissement et de la valorisation des sites ; l’accélération de leur numérisation ; le développement d’un soutien financier pour la gestion des monuments ; et, enfin, la formation professionnelle du personnel directement impliqué dans la conservation.

Thao Nguyên/CVN

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