Mondial-2026 : les Japonais et la "culture" des tribunes propres

Les supporteurs japonais, fidèles à leurs habitudes, ont laissé des tribunes impeccables dimanche 14 juin à Dallas après l'entrée en lice de leur sélection au Mondial contre les Pays-Bas, expliquant que faire le ménage faisait partie de la "culture" nippone.

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Japan fans tidied up after themselves after their team's opening World Cup game against the Netherlands in Texas.
Photo : AFP/VNA/CVN

Vêtus du maillot des "Blue samouraïs", les spectateurs nippons sont restés après le match nul 2-2 pour méticuleusement ramasser tous les déchets qui trainaient dans les tribunes et les entasser dans des sacs-poubelles en plastique bleu.

"On nous a appris que lorsque nous utilisons un lieu, il faut le laisser plus propre en partant qu’il ne l'était en arrivant", explique Eita Tanaka, une bière et quelques gobelets à la main, vêtu du maillot bleu de son équipe.

"Par exemple, à l’école, nous faisons le ménage nous-mêmes dans nos salles de classe sans que notre professeur ait besoin de nous le dire", ajoute Tanaka du haut de ses 20 ans.

La propreté des supporters nippons, dont l'équipe participe à sa huitième Coupe du monde, est devenue sa marque de fabrique à l'international.

"Démarche spirituelle"

"C’est notre culture, partout où nous allons, nous devons nettoyer derrière nous, c’est notre démarche spirituelle, notre attitude", raconte Futo Hagiwara, fier de ce comportement collectif.

Et il fait des émules. Le quarterback de l'équipe de football américain des New York Giants Jameis Winston a ainsi été aperçu en train de se joindre aux fans nippons après le match de dimanche, portant un maillot bleu du Japon avec son nom inscrit au dos.

Le sociologue et philosophe Masachi Ohsawa estime qu’un mélange de sens des responsabilités sociales et de pression du groupe est à l'origine du comportement des supporteurs.

"Les Japonais ont tendance à peu s’intéresser à la justice à grande échelle -les questions comme les inégalités mondiales, les conflits ou le changement climatique- mais ils sont extrêmement sensibles aux considérations morales à petite échelle," explique-t-il.

"Lorsqu’ils interagissent avec des personnes dans le même espace ou avec lesquelles ils ont un contact personnel direct, ils éprouvent un fort désir de ne pas leur causer de souci ni de les mettre mal à l’aise", ajoute-t-il.

L’école de la vie

Les tâches ménagères font partie de l’éducation japonaise dès le plus jeune âge et l’on peut voir des enfants récurer les sols et les tables des écoles tous les jours.

Les poubelles publiques sont rares dans le pays et les gens doivent donc ramener leurs déchets chez eux. Se débarrasser des déchets ménagers dans l'espace public au Japon relève d'ailleurs du parcours du combattant.

Professeur émérite de sociologie à l'Université d’Osaka, Scott North indique que ces groupes de supporteurs sont organisés avec des leaders et des suiveurs.

"Puisque tout le monde se rassemble, on s’attend à ce qu’ils agissent en groupe, explique cet Américain qui vit au Japon depuis environ quarante ans. Et quand les leaders sortent les sacs et disent +allons-y+, personne ne va dire non."

"Au Japon, dès qu’une personne commence à ramasser les déchets, ceux qui l'entourent ont le sentiment qu'ils ne peuvent tout simplement pas faire autrement que de l’imiter," insiste Ohsawa.

"Dans ce cas, la motivation première n’est pas tant le désir de garder le stade propre ou d’éviter de causer du travail à ceux qui doivent le nettoyer ensuite, précise-t-il. C’est davantage le désir de ne pas être perçu comme une nuisance au sein de son propre groupe."

Quelles qu’en soient les motivations, les supporteurs japonais présents à cette Coupe du monde continueront de faire le ménage tant qu’ils seront dans le tournoi et ce, dès le prochain match contre la Tunisie, samedi 20 juin à Mexico.

Et Hagiwara sera heureux de continuer à montrer l’exemple.

AFP/VNA/CVN

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