28/08/2021 18:46
L'évacuation de milliers de personnes fait toujours face à des "menaces précises et crédibles" au lendemain de l'attentat-suicide meurtrier contre l'aéroport de Kaboul, mais les opérations se poursuivront "jusqu'au dernier moment", a assuré Washington.

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Des réfugiés afghans arrivent à l'aéroport Dulles à Washington, le 27 août.
Photo : AFP/VNA/CVN


La situation était confuse vendredi soir 27 août : les talibans ont affirmé contrôler plusieurs parties des installations aéroportuaires, tandis que les États-Unis ont insisté sur le fait que le nouveau pouvoir ne s'occupait "d'aucune des opérations" dans cette enceinte.

Au moins 85 personnes, dont 13 soldats américains, ont péri dans l'attaque revendiquée par le groupe jihadiste 
État islamique (EI), que de nombreux pays dont les États-Unis et leurs alliés ainsi que la Russie et la Chine ont condamnée.

"Nous estimons qu'il y a toujours (...) des menaces précises et crédibles", a lâché le porte-parole de l'armée américaine, John Kirby, cependant que l'attachée de presse du président Joe Biden, Jen Psaki, citant des experts sécuritaires, a estimé une autre attaque "probable". Les prochains jours seront "la période la plus dangereuse à ce jour", a-t-elle ajouté.

La tension est à son comble, à quelques jours de la date-butoir du 31 août prévue pour le retrait des soldats américains d'Afghanistan après 20 ans de guerre, synonyme de fin des évacuations.

D'autant que les talibans ont assuré, par la voix de l'un de leurs porte-parole, Bilal Karimi, avoir pris le contrôle de "trois endroits importants de la partie militaire de l'aéroport de Kaboul", "évacués par les Américains".

"Ils ne s'occupent d'aucune des portes d'embarquement ni d'aucune des opérations à l'aéroport. C'est toujours sous le contrôle de l'armée américaine", leur a immédiatement répondu le porte-parole du Pentagone, John Kirby.

Quelque 5.400 personnes sont actuellement réfugiées dans l'enceinte de l'aéroport, attendant de monter dans un avion, a dit le général Hank Taylor. Les exfiltrations se dérouleront "jusqu'au dernier moment", a-t-il ajouté.

L'attaque de jeudi 26 août, un attentat-suicide vraisemblablement perpétré par un seul kamikaze, selon le général Taylor, a visé les 
États-Unis, qui organisent les évacuations, et les Afghans parmi les milliers de ceux qui campent depuis des jours devant l'aéroport, dans l'espoir de fuir les talibans.

Elle a foudroyé ses victimes, certaines projetées aux alentours jusque dans les eaux sales d'un canal d'égout bordant l'entrée de l'aéroport.

Un responsable de l'ancien gouvernement, renversé mi-août par les talibans, a fait état de 72 morts et 150 blessés dans l'attentat à partir des informations recueillies dans les hôpitaux locaux.

Nombre de sources craignent toutefois que le bilan ne s'alourdisse.

Et Londres a fait état de deux Britanniques et d'un enfant britannique tués.

Au moins 13 soldats américains ont par ailleurs péri et 18 autres ont été blessés, selon le Pentagone, ce qui en fait l'attaque la plus meurtrière contre l'armée américaine en Afghanistan depuis 2011.

Ton martial 

Confronté à la plus grave crise depuis le début de son mandat et manifestement secoué, Joe Biden a réagi sur un ton martial. "Nous ne pardonnerons pas. L'Amérique ne se laissera pas intimider", a-t-il lancé. "Nous terminerons la mission", a encore insisté le président américain vendredi 27 août.

 

Des soignants amènent un blessé sur un brancard à l'hôpital après un double attentat-suicide à l'aéroport de Kaboul, le 26 août.
Photo : AFP/VNA/CVN


Vendredi 27 août, la situation est demeurée calme à Kaboul, notamment autour de l'aéroport où les vols affrétés par les Occidentaux ont repris sur le tarmac de l'aéroport, la dernière enclave occupée par les forces occidentales en Afghanistan.

L'OTAN et l'Union européenne avaient appelé à poursuivre les évacuations malgré l'attentat.

La France, via le secrétaire d'
État aux Affaires européennes Clément Beaune, a fait savoir qu'elle pourrait les continuer "au-delà" de vendredi soir 27 août, sans plus de précisions. Une délégation française a rencontré vendredi 27 août des responsables talibans à Doha pour la première fois depuis qu'ils ont pris le pouvoir il y a bientôt deux semaines.

La Suisse, l'Italie, l'Espagne et la Suède ont annoncé vendredi 27 août avoir terminé leurs vols d'évacuation, comme l'Allemagne, les Pays-Bas, le Canada ou l'Australie avant elles.

Côté britannique, les exfiltrations connaissent leurs "dernières heures", a estimé le Premier ministre Johnson. Mais Londres remuera "ciel et terre" "pour aider à sortir" les Afghans éligibles à l'asile. "Nous ferons tout ce que nous pouvons au cours de la deuxième phase", après le 31 août, a-t-il ajouté.

Le gigantesque pont aérien a jusqu'ici permis l'évacuation de plus de 100.000 étrangers et Afghans.

"Corps projetés" 

Les talibans se sont efforcés depuis leur retour d'afficher une image d'ouverture et de modération. Mais beaucoup d'Afghans, souvent urbains et éduqués, redoutent qu'ils n'instaurent le même type de régime fondamentaliste et brutal que lorsqu'ils étaient au pouvoir entre 1996 et 2001.

 


Ceux qui ont travaillé ces dernières années avec les étrangers ou le gouvernement pro-occidental déchu, notamment, ont peur d'être réduits au silence, voire traqués, et ont nourri le flot des nombreux candidats au départ.

Les femmes ont "le droit inné" de travailler, a cherché à rassurer Sher Mohammad Abbas Stanikzai, un ancien négociateur taliban dans les pourparlers de paix à Doha.

"Elles peuvent travailler, elles peuvent étudier, elles peuvent participer à la politique et elles peuvent faire des affaires", a-t-il énuméré au cours d'une conférence de presse, pendant laquelle il a tenu les 
États-Unis pour responsables du chaos devant les portes de l'aéroport, qui "a entraîné la perte de vies humaines".

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a convoqué les membres permanents du Conseil de sécurité pour une réunion lundi 30 août sur la situation en Afghanistan.

Alors que les talibans, privés des nombreuses élites expérimentées désormais en exil, risquent de peiner à remettre sur les rails un pays à l'économie en lambeaux, la Suède a fait savoir vendredi 27 août qu'elle interrompait son aide financière à l'Afghanistan.

Les 
États-Unis ont de leur côté refusé toute reconnaissance dans l'immédiat du régime taliban, quand les nouveaux maîtres de l'Afghanistan avaient demandé à Washington de maintenir une présence diplomatique à Kaboul, d'après des responsables américains.

AFP/VNA/CVN

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