>> Préserver et promouvoir la langue vietnamienne au sein de la communauté vietnamienne à l'étranger
>> Une nouvelle méthode ludique pour apprendre le vietnamien à l’étranger
>> Vietnam - Laos : des relations spéciales en constante consolidation et expansion
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| Forum "Langue vietnamienne - Pont Vietnam - Laos", le 27 avril à Vientiane. |
Organisé le 27 avril à l’ambassade du Vietnam au Laos, le forum "Langue vietnamienne - Pont Vietnam - Laos" s’est imposé comme un espace de réflexion et d’action à la croisée de la diplomatie culturelle et de la cohésion nationale.
Réunissant responsables institutionnels, experts, éducateurs et près de 300 participants issus de la diaspora, l’événement a dépassé le cadre symbolique pour poser les bases d’une stratégie durable de transmission linguistique.
Un vecteur essentiel d'une relation d'exception
Dans la trame dense des relations entre le Vietnam et le Laos - qualifiées de "grande amitié, solidarité spéciale et coopération intégrale" - certains vecteurs agissent en profondeur, sans visibilité immédiate mais avec une efficacité structurelle. La langue vietnamienne en fait partie.
Pour la communauté vietnamienne au Laos, elle ne se limite pas à un outil de communication : elle constitue une mémoire vivante, une matrice culturelle et un lien intergénérationnel. Elle relie les individus à leur histoire, tout en contribuant à maintenir un espace de compréhension partagé entre les deux nations.
C’est dans ce contexte que le forum, placé sous le thème "Honorer la langue vietnamienne, préserver l’identité, connecter l’avenir", a été conçu. Au-delà de sa dimension commémorative liée à la Journée de la langue vietnamienne au sein des communautés expatriées, il s’inscrit dans une logique plus large : celle d’un instrument de diplomatie d’influence.
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| L'ambassadeur du Vietnam au Laos, Nguyên Minh Tâm, a rappelé le rôle fondamental de la langue dans l’architecture culturelle d’une nation. |
Prenant la parole, l’ambassadeur du Vietnam au Laos, Nguyên Minh Tâm, a rappelé le rôle fondamental de la langue dans l’architecture culturelle d’une nation. "La langue vietnamienne ne sert pas seulement à communiquer ; elle façonne notre manière de percevoir le monde, conserve la mémoire historique et transmet les valeurs morales de génération en génération", a-t-il affirmé.
Pour les Vietnamiens de l’étranger, cette dimension est encore plus cruciale. La langue devient un ancrage, un outil de transmission identitaire et un facteur de continuité. Dans un pays comme le Laos, où les liens historiques sont particulièrement étroits, sa préservation prend une dimension supplémentaire : elle participe directement à l’entretien du capital affectif entre les deux peuples.
L’ambassadeur a par ailleurs réaffirmé l’engagement de la représentation diplomatique à soutenir concrètement les initiatives d’enseignement du vietnamien, notamment par le développement de classes, la mobilisation de ressources et l’organisation d’activités culturelles.
La pratique linguistique comme enjeu de cohésion nationale
Au-delà de la dimension culturelle, la question linguistique s’inscrit dans une lecture politique plus large. Dang Thanh Phuong, vice-président du Comité des relations extérieures du Front de la Patrie du Vietnam, a insisté sur la fonction unificatrice du vietnamien.
"Avec plus de six millions de Vietnamiens vivant à l’étranger, la langue vietnamienne constitue un pont vers les origines. Elle est à la fois une âme, une identité culturelle et un socle pour préserver l’unité nationale", a-t-il déclaré.
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| Remise des certificats de félicitations pour honorer et exprimer sa gratitude à des individus et collectifs ayant contribué positivement à l'enseignement et à la diffusion de la langue vietnamienne au Laos. |
Dans cette perspective, la transmission linguistique ne relève plus uniquement du domaine éducatif. Elle devient un levier stratégique dans la consolidation du bloc de grande union nationale - un pilier fondamental de la résilience du pays dans un contexte de mondialisation.
Sur le terrain, la dynamique est tangible. Lê Van Mùi, président de l’Association des Vietnamiens de Vientiane, décrit une mobilisation progressive mais réelle. "La langue vietnamienne est un lien sacré qui relie chaque expatrié à sa patrie", souligne-t-il.
Ces dernières années, les initiatives se sont multipliées : ouverture de classes, organisation d’activités culturelles, implication croissante des familles. Toutefois, les défis persistent : pénurie d’enseignants, ressources pédagogiques limitées, pression d’un environnement multilingue.
Face à ces contraintes, la stratégie repose sur trois axes : l’élargissement de l’offre éducative, l’amélioration de la qualité de l’enseignement et la valorisation du rôle central de la famille, considérée comme "la première et la plus durable école de langue".
Réseaux mondiaux et dynamiques locales
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| Nguyên Duy Anh, secrétaire général du Réseau mondial pour l’enseignement du vietnamien et de la culture vietnamienne, s'adresse au forum. |
Le forum a également mis en évidence l’importance des réseaux transnationaux. Nguyên Duy Anh, secrétaire général du Réseau mondial pour l’enseignement du vietnamien et de la culture vietnamienne, a rappelé la vocation de cette structure : connecter les initiatives dispersées à travers le monde.
"Le réseau est né du besoin de relier ceux qui entretiennent la langue vietnamienne afin que personne n’agisse isolément, et que les expériences puissent être partagées et diffusées", a-t-il expliqué.
Au Laos, cette dynamique bénéficie d’un environnement particulier : la langue ne se limite pas aux salles de classe, elle s’inscrit dans un écosystème culturel vivant, nourri par les pratiques quotidiennes et les liens affectifs.
Les sessions de discussion ont constitué l’un des temps forts du forum. Elles ont permis de croiser les regards - décideurs, enseignants, parents, élèves, y compris des apprenants lao - et de dresser un état des lieux nuancé.
Au-delà des difficultés, plusieurs modèles efficaces ont émergé : classes du week-end, clubs linguistiques, intégration de la langue dans des activités culturelles (lecture, narration, chant). L’implication croissante d’apprenants laotiens apparaît également comme un indicateur significatif : le vietnamien tend à s’inscrire comme une valeur culturelle partagée dans la société locale.
Le témoignage de Thongmi Duansaka, directrice d’un Centre de formation au sein du ministère lao de l’Éducation et des Sports, illustre cette appropriation : engagée de longue date dans l’apprentissage et l’enseignement du vietnamien, elle en a fait une langue pratiquée au sein même de sa famille.
Le forum s’est conclu par le lancement de l’initiative "Apprendre le vietnamien avec plaisir - bâtir ensemble le pont Vietnam - Laos", marquant un passage explicite de la réflexion à l’action.
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| Lancement de l’ouvrage pédagogique Vui học tiếng Việt pour son deuxième volume. |
Des enseignants, parents et élèves engagés ont été mis à l’honneur - autant d’acteurs discrets mais essentiels de la transmission linguistique. Parallèlement, la publication du deuxième volume de l’ouvrage pédagogique Vui học tiếng Việt constitue une avancée concrète en matière de ressources éducatives.
Pérenniser l'identité pour garantir l’avenir
Au terme des échanges, un consensus s’est imposé : préserver la langue vietnamienne, c’est préserver bien plus qu’un outil linguistique. C’est maintenir une identité, consolider une mémoire collective et assurer la continuité d’une communauté à l’échelle mondiale.
Dans un environnement globalisé où l’intégration est souvent synonyme d’assimilation, la langue apparaît comme un point d’équilibre : elle permet d’être au monde sans se dissoudre.
Le forum de Vientiane en apporte une démonstration claire : tant que la langue vietnamienne est transmise, investie et vécue, les racines demeurent intactes - et avec elles, la solidité d’une relation Vietnam - Laos appelée à se projeter dans la durée.
Texte et photos : Xuân Tu - Câm Sa/CVN







