Le FMI appelle à coopérer sur l'IA, face au choc énergétique et aux dettes publiques

Le boom de l'IA dope la croissance mais pourrait aussi exacerber les inégalités et nécessite une coopération mondiale accrue, à l'heure où la conjoncture reste assombrie par le choc énergétique et des dettes publiques record, a averti la cheffe du Fonds monétaire international (FMI).

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La cheffe du Fonds monétaire international (FMI) Kristalina Georgieva, lors d'une conférence organisée par la Banque centrale de l'Uruguay à Montevideo le 30 juillet.
Photo : AFP/VNA/CVN

"L'économie mondiale est tiraillée entre un choc négatif d'offre d'énergie et un choc positif de demande lié à l'intelligence artificielle. L'impact combiné de ces deux forces est très inégal", a résumé Kristalina Georgieva dans un discours mercredi 7 octobre à Singapour.

Cette intervention intervient avant les assemblées annuelles du FMI à Bangkok la semaine prochaine.

"Qu'on l'aime, qu'on la déteste ou qu'on la redoute, l'IA s'impose rapidement comme un moteur essentiel dictant les trajectoires de prospérité des pays", a averti Mme Georgieva.

Déjà, les composants électroniques et tech associés à l'IA représentent désormais plus d'un dixième du commerce mondial de marchandises, selon le Fonds.

Il s'agit désormais non seulement de "stimuler à court terme la demande liée à la construction des infrastructures", mais d'"accroître la productivité à long terme résultant de son adoption", rappelle la dirigeante, estimant que l'IA "correctement mise en œuvre" pourrait générer jusqu'à un demi-point de pourcentage de croissance mondiale supplémentaire par an.

Or, pour l'heure, le Fonds s'inquiète d'une dynamique à deux vitesses : les pays très intégrés aux chaînes de valeur technologiques (États-Unis, Chine, Inde, fabricants asiatiques de puces) profitent du boom de l'IA, mais celui-ci "laisse largement de côté la plupart des autres pays".

Choc énergétique

Le logo du FMI est visible à l'extérieur du bâtiment du siège à Washington. 
Photo : AFP/VNA/CVN

"Pour tirer parti du pouvoir transformateur de l'IA (...) il est crucial de généraliser son accès dans le monde entier. Une telle démarche exige de la coopération. Dans notre monde interconnecté, les pays coopèrent non par charité, mais pour leur propre intérêt", a rappelé Kristalina Georgieva.

Cette "coopération", qui passe notamment par l'adoption de garde-fous réglementaires, se voit cependant compliquée par la rivalité technologique entre Washington et Pékin.

L'impact économique positif de l'IA est par ailleurs contrecarré par des prix des hydrocarbures toujours élevés, et la situation financière des États - dette et déficit élevés - qui réduit les marges de manoeuvre budgétaire.

D'après Mme Georgieva, les perspectives sont assombries non seulement pour les économies touchées par les conflits, de l'Ukraine au Golfe, mais aussi pour les pays dépendant des importations d'énergie.

Le prix du baril de Brent se maintient autour des 100 dollars, contre 70 dollars début 2026. A l'approche de l'hiver, "les tensions sur les prix pourraient s'accentuer", avertit Mme Georgieva.

Pour endiguer l'inflation, les grandes banques centrales ont entrepris d'accélérer le relèvement de leurs taux d'intérêt.

Fardeau de la dette 

Mais du côté des gouvernements, difficile d'accroître les subventions aux entreprises et aux ménages : la dette publique mondiale a atteint son plus haut niveau depuis la Seconde Guerre mondiale, en passe de dépasser bientôt 100% du PIB planétaire.

"Les économies avancées sont les mauvais élèves, avec un fardeau de la dette parmi les plus élevés", notamment en zone euro.

Situation qui, avec le durcissement des politiques monétaires et la concurrence des levées de fonds des géants de la tech, alimente la récente flambée des taux obligataires.

Les rendements des obligations souveraines à 10 ans des États-Unis, de l'Allemagne et du Japon ont atteint leurs niveaux les plus élevés depuis respectivement 2007, 2009 et 1996 gonflant d'autant la facture de la charge de la dette.

"Et pourtant, nous ne voyons pas d'action décisive dans les économies avancées très endettées où l'heure devrait être à des plans crédibles de consolidation budgétaire à moyen terme", a déploré Kristalina Georgieva.

"Après une succession de chocs où, à chaque fois, la politique budgétaire a dû intervenir pour amortir l'impact, les populations se sont habituées au soutien de l'État" mais "nous ne pouvons pas continuer à retarder l'action politique nécessaire" et la mise en place de "programmes de réforme ambitieux", a-t-elle tancé.

Et en dépit de l'IA, difficile de miser uniquement sur un futur sursaut de croissance économique : les États "ont été dorlotés ces 17 dernières années, avec des taux d'intérêt durablement inférieurs aux taux de croissance du PIB, la charge de la dette s'en trouvant allégée".

Mais "avec la hausse actuelle des taux d'intérêt, c'est fini. Il faut expliquer aux gens que cette consolidation est nécessaire, dans leur intérêt. Il faut accepter certains sacrifices aujourd'hui pour assurer la croissance de demain".

AFP/VNA/CVN

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