>> Le Vietnam ambitionne de créer 50 groupes de recherche de haut niveau d’ici 2035
>> La recherche fondamentale, socle de l’innovation et de la compétitivité nationale
Selon le Professeur associé et Docteur Dinh Công Hoàng, de l’Institut de recherche sur l’Asie du Sud, l’Asie occidentale et l’Afrique (Académie des sciences sociales du Vietnam), la recherche fondamentale n’est plus seulement une activité académique. Dans un contexte de concurrence mondiale croissante, elle constitue désormais le socle de l’autonomie nationale, de la maîtrise des technologies clés et de la croissance à long terme.
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| Les biotechnologies figurent parmi les secteurs stratégiques appelés à renforcer la compétitivité technologique du Vietnam. |
| Photo : CTV/CVN |
Lors d’une réunion du Comité directeur central pour le développement des sciences et technologies, de l’innovation et de la transformation numérique, le secrétaire général du Parti, Tô Lâm, a souligné l’importance de promouvoir la recherche fondamentale dans le cadre de la mise en œuvre de la Résolution 57. Celle-ci est considérée comme le fondement du développement scientifique et technologique ainsi que de la transformation numérique du pays.
Pour Dinh Công Hoàng, les nations qui maîtrisent les connaissances fondamentales sont également capables de maîtriser les technologies stratégiques, les données, les brevets et les nouvelles chaînes de valeur. À l’inverse, les économies qui se limitent à importer des technologies ou à produire selon des conceptions étrangères demeurent dépendantes et peinent à créer une forte valeur ajoutée.
Investir dans la capacité de produire des connaissances
L’expert rappelle que les technologies de pointe reposent toutes sur des avancées scientifiques fondamentales. L’intelligence artificielle s’appuie sur les mathématiques, l’informatique et les statistiques ; l’industrie des semi-conducteurs sur la physique, la chimie et la science des matériaux ; les biotechnologies sur la biologie moléculaire et la génétique ; tandis que les nouvelles énergies nécessitent des recherches approfondies en matériaux et en électrochimie. Investir dans la recherche fondamentale revient donc à investir dans la capacité de produire des connaissances, d’assimiler les technologies et, à terme, d’innover.
Selon lui, le modèle de croissance fondé sur une main-d’œuvre à faible coût a permis au Vietnam de s’intégrer rapidement aux chaînes de valeur mondiales. Toutefois, ce modèle atteint aujourd’hui ses limites en raison de la hausse des salaires, du vieillissement de la population et des exigences croissantes liées aux transitions écologique et numérique. Dans ce contexte, les nouveaux moteurs de croissance doivent provenir de la productivité, de la technologie et de l’innovation.
La recherche fondamentale peut servir de base à l’émergence d’industries fondées sur la connaissance, telles que les nouveaux matériaux, l’intelligence artificielle, les biotechnologies, les semi-conducteurs ou encore les batteries de stockage d’énergie. Elle contribue également à renforcer la capacité des entreprises à absorber et à améliorer les technologies. Une entreprise dépourvue de solides bases scientifiques et techniques pourra exploiter des équipements modernes importés, mais aura du mal à les perfectionner ou à développer sa propre propriété intellectuelle.
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| Laboratoire moderne de recherche en nanotechnologies de l’Université nationale de Hô Chi Minh-Ville. |
| Photo : VNA/CVN |
En s’appuyant sur les exemples d’Israël, de la République de Corée et de la Chine, Đinh Công Hoàng estime que la principale leçon ne réside pas seulement dans l’augmentation des dépenses de recherche et développement (R&D), mais dans la mise en place d’une stratégie nationale de long terme associant l’État, les universités, les instituts de recherche et les entreprises. Israël se distingue par un écosystème étroitement lié entre recherche, entrepreneuriat et investissement ; la République de Corée par ses investissements constants dans l’éducation et la R&D ; tandis que la Chine combine efficacement la taille de son marché, sa politique industrielle et le développement de ses ressources humaines scientifiques.
Le Vietnam ambitionne de consacrer environ 2% de son PIB à la R&D d’ici à 2030. Pour l’expert, la question essentielle n’est toutefois pas seulement le volume des ressources, mais leur répartition. Il recommande de consacrer 25 à 30% du budget de la R&D à la recherche fondamentale, 35 à 40% aux technologies stratégiques telles que l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs, les biotechnologies, les nouvelles énergies, les matériaux avancés et la cybersécurité. Le reste devrait soutenir la coopération avec les entreprises, les infrastructures de recherche, la formation des talents et la protection de la propriété intellectuelle.
Il appelle également à lever les obstacles qui freinent la coopération entre instituts de recherche, universités et entreprises, notamment en matière de propriété intellectuelle, d’évaluation des résultats scientifiques et de partage des bénéfices. Une telle réforme permettrait de rapprocher la recherche de ses applications concrètes.
Selon lui, le Vietnam ne peut pas prétendre être leader dans tous les domaines technologiques. Le pays doit plutôt concentrer ses ressources sur les secteurs où il dispose d’avantages compétitifs. Dans les semi-conducteurs, les priorités devraient être la conception de puces spécialisées, les tests, l’assemblage et la formation des ressources humaines. Pour l’intelligence artificielle, l’accent doit être mis sur les données vietnamiennes, les modèles linguistiques en vietnamien et les applications destinées à l’industrie, à l’agriculture, à l’éducation, à la santé et à l’administration publique. Les biotechnologies devraient privilégier l’agriculture, l’alimentation et le biomédical, tandis que les nouvelles énergies devraient se concentrer sur les batteries de stockage et les matériaux avancés.
Afin d’atteindre l’objectif de devenir un pays à revenu élevé d’ici à 2045, Dinh Công Hoàng estime que le Vietnam doit garantir des investissements durables dans la R&D, développer des ressources humaines hautement qualifiées, renforcer les entreprises technologiques nationales, améliorer le cadre institutionnel de l’innovation et concentrer ses efforts sur quelques secteurs stratégiques.
"Pour devenir un pays à revenu élevé en 2045, le Vietnam doit bâtir une économie fondée sur les connaissances vietnamiennes, les technologies vietnamiennes, les entreprises vietnamiennes et la capacité d’innovation des Vietnamiens", conclut-il.
Xuân Lôc/CVN




