29/11/2020 08:53
Ju Ha Gian, d’ethnie K’Ho Chil, éprouve un amour ardent pour la forêt de sa région. Depuis 26 ans, ce sexagénaire protège bénévolement la forêt de Da Nhim, dans la province de Lâm Dông, de la voracité des pilleurs de nature.
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Ju Ha Gian en tête d’une patrouille dans la forêt. 

"Allons-y ! Profitant des pluies, environ dix bûcherons illégaux cherchent à entrer dans la forêt", lance Ju Ha Gian aux garde-forestiers de la commune de Da Nhim. Immédiatement, une équipe se met en route, malgré la forte pluie.  Ju Ha Gian sert de guide. L’homme de 62 ans marche en clopinant, une jambe de son pantalon déchirée, révélant une blessure du genou où suinte encore du sang. Sur le chemin de son village vers le poste de garde-forestier, il a fait une glissade malencontreuse.

Les "yeux" de la forêt

Ju Ha Gian  appartient à l’ethnie K’Ho Chil (ou Cil). Il vit dans la commune de Da Nhim dont la forêt primitive fait partie du Parc national de Bidoup - Nui Bà, dans le district de Lac Duong, province de Lâm Dông, sur les hauts plateaux du Centre. Grâce à l’aide de Ju Ha Gian, les garde-forestiers de Da Nhim ont atteint ce jour-là l’endroit où les bûcherons illégaux avaient l’intention de camper, avec leurs tronçonneuses. Ils ont réussi à empêcher leur entrée illégale dans ce coin de forêt qui abrite des essences précieuses inscrites dans le Livre Rouge, dont le pin blanc (Podocarpus imbricatus), ou le du sam (Keteleeria davidiana). "Ces arbres, nous devons les protéger comme de l’or", affirme Lê Chi Quang Minh, vice-président du Comité populaire du district de Lac Duong.

Ju Ha Gian assiste bénévolement les garde-forestiers lors des patrouilles afin d’empêcher les pillages de bois. Depuis 1994, cet ancien vice-président du Comité populaire de la commune de Da Nhim, accompagne quotidiennement les garde-forestiers et aussi les groupes de reboisement pour veiller sur 4.000 ha de forêt de protection. Le sexagénaire est très écouté au sein de la communauté des Cil. Connaissant la forêt comme sa poche, il organise et dirige lui-même une équipe composée de jeunes hommes de différents villages, que les garde-forestiers surnomment la "Mission spéciale de protection des forêts".

Perdre la forêt, c’est perdre l’honneur

En rappelant un souvenir marquant, Dinh Huu Dao, vice-directeur du comité de gestion de la forêt de Da Nhim, raconte : "Il y a dix ans, grâce à Ju Ha Gian, les autorités locales ont réussi à mettre fin à une grande manœuvre de déforestation en chassant un groupe de voleurs de bois qui sévissaient depuis plusieurs années". Du fait de sa valeur, la forêt primitive de Da Nhim est toujours sous la menace des pilleurs.

Ju Ha Gian connaît bien la position des arbres séculaires précieux dans la forêt. 

"Nous avons confiance en lui comme +les mains croient aux pieds+, une expression des K’Ho Chil exprimant une confiance absolue. Ju Ha Gian a un amour énorme pour la forêt et il nous aide de manière désintéressée, confie Trinh Van Phi, chef du poste de gardes-forestiers de Da Nhim. À la saison sèche, lui et son équipe vont souvent en forêt pour prendre soin des jeunes pins. À la saison des pluies, Ju Ha Gian peut effectuer des patrouilles de longue durée au plus profond de la forêt".

Ju Ha Gian a comme point fort de savoir persuader les Cil locaux. En plus, il peut facilement découvrir les pièges placés par les braconniers. Questionné sur la raison pour laquelle il est "prêt à verser du sang pour la forêt", l’homme répond simplement : "Nos ancêtres ont vécu dans et avec la forêt pendant des milliers d’années. Si nous, leurs successeurs, la laissons disparaître, ce sera une perte de l’honneur". En effet, auparavant, les villageois K’Ho Chil ont vécu dans un village situé au milieu de la forêt. Du fait des conditions de vie difficiles, le village, avec l’aide des autorités locales, s’est déplacé vers la lisière, formant l’actuelle commune de Da Nhim.


La forêt de Da Nhim, un site à protéger
 
La forêt de protection de Da Nhim fait partie du Parc national de Bidoup-Nui Bà. Couvrant plus de 70.000 ha, ce parc est le noyau de la Réserve mondiale de biosphère de Lang Biang, un grand pôle de biodiversité en raison des nombreuses espèces d’animaux et de plantes figurant dans le Livre Rouge du Vietnam et dans la liste de l’Union internationale pour conservation de la nature (UICN). Actuellement, plus de 50.000 ha du Parc national de Bidoup-Nui Bà sont confiés à 1.480 ménages, en majorité des autochtones, pour la gestion et la protection. Ils forment un réseau solide. Ces dernières années, grâce à la collaboration de la population locale, les atteintes sur les forêts à Bidoup-Nui Bà, si elles n’ont pas cessé complètement, se sont néanmoins réduites considérablement.
 

Texte et photos : Mai Vinh - Duc Tho/CVN


 
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