Histoire : la dynastie des Nguyên côté vestige

La dynastie des Nguyên (1802-1945) a été la dernière du Vietnam féodal, avant que le pays ne proclame son indépendance pour se transformer en République. À côté de ses vestiges les plus admirables, en tête la cité royale de Huê reconnue en 1993 par l'UNESCO "patrimoine culturel de l'Humanité", il en est d'autres, beaucoup moins célèbres, qui mérite aussi d'être connus.

La stèle "d'autocritique" du roi Tu Duc

Installée majestueusement dans l'enceinte du mausolée du roi Tu Duc (1829-1883), la stèle Thanh Duc Thân Công est entrée, en 2008, dans le livre Guinness des records du Vietnam en raison de sa taille (4,07 m) et son poids (22 tonnes). Pour le moment, elle fait partie du groupe des vestiges en lice pour figurer dans les "Objets sacrés du pays". Car, hormis sa taille et sa valeur à la fois esthétique et historique, cette vieille stèle se distingue des autres pour le contenu du texte, en idéogrammes, gravé des 2 côtés, qui n'est ni plus ni moins qu'un écrit autobiographique du roi Tu Duc lui-même, intitulé Khiêm Cung Ky.

Érigée en 1875 dans l'enceinte du site du Mausolée du roi Tu Duc (les rois de l'époque se préoccupaient toujours de la construction de leur mausolée avant leur mort), la stèle Thanh Duc Thân Công est taillée dans un bloc de granite provenant de la province de Thanh Hoa. Ses mensurations sont impressionnantes : 407 cm de hauteur, 259 cm de largeur, 48 cm d'épaisseur. Pesant 22 tonnes, il s'agit d'une stèle rectangulaire surmontée d'un chapiteau de 97 cm de haut et 259 cm de large. Le tout est placé sur un gigantesque socle en pierre de 1 m de hauteur. Le chapiteau et le socle sont ornés de bas-reliefs minutieusement sculptés, dont des dragons, tigres, nuages...

Gravé sur les 2 surfaces de la stèle, le Khiêm Cung Ky du roi Tu Duc compte 4.833 caractères chinois. Loin de vanter ses mérites, Tu Duc a pris sur soi la responsabilité des erreurs et des défauts commis durant son règne (36 ans). C'est pour cette raison que les générations postérieures ont qualifié la stèle d'"autocritique de Tu Duc devant l'histoire nationale".

Cet écrit autobiographique comprend 5 parties relatant respectivement l'enfance du souverain, son règne, son mausolée (construction, architecture, paysage, ouvrages intérieurs...), ses pensées et ses aspirations, ses confidences...

C'est la première fois dans l'histoire féodale vietnamienne qu'un roi a fait ériger une "stèle d'autocritique" de la sorte alors qu'il est encore au pouvoir. Outre l'ancienneté, ce sont les valeurs littéraire, artistique, esthétique et morale qui font la particularité de cette stèle.

Long Côn, manteau royal

Un manteau royal appelé Long Côn est conservé au Musée des objets antiques de la cour, à Huê (Centre). Long Côn veut dire "le costume du roi", car destiné exclusivement à la cérémonie rituelle dédiée au Ciel ou Tê Giao, lors de laquelle le roi priait pour la paix du pays, pour le bonheur de la population et pour de bonnes récoltes agricoles. Observée de génération en génération, cette cérémonie sacrée était pratiquée le 2e mois lunaire sous la dynastie des Nguyên. Le dernier Tê Giao a eu lieu le 23 mars 1945, sous le règne de Bao Dai. Les rites étaient des plus rigoureux : quelques jours avant la cérémonie, le roi, vêtu du Long Côn, pratiquait un végétarisme strict et méditait devant la statue de Dông Nhân (représentant la chasteté et la pureté) placée dans le pavillon de culte. Et cela, jusqu'à la cérémonie officielle organisée sur l'esplanade du Dàn Nam Giao.

Le Long Côn conservé dans le Musée de Huê est en soie naturelle, de couleur azur. Il est couvert de broderies magnifiques illustrant la conception du cosmos et de la vie de l'époque. Sur le plastron est brodé un dragon prenant son envol. On voit par ailleurs des phénix sur les manches, ainsi que des dragons cachés dans les nuages sur les manchettes. L'épaule gauche porte l'image d'un soleil, la droite celle d'une lune. Sur le dos étincellent des étoiles, alors que la ceinture est ornée de nuages et de flots.

Cadeaux royaux pour la déesse

En juillet 2007, on remarqua à une exposition tenue au Centre de la culture de la province de Hà Tinh (Centre) des objets singuliers : un rideau en brocard agrémenté de 35 grelots en bronze, 8 tenues de mandarin (manteaux, chapeaux "aux ailes de libellule", bottines), 20 enseignes royales, 2 éléphants en or, une licorne et un éléphant en bronze, 2 épées en acier ornées de dragon et phénix gravés sur le manche. "Ces objets précieux sont conservés soigneusement depuis 1885 par les habitants de la commune de Phu Gia, district de Huong Khê", insiste Lê Khac Tung, le 14e "gardien" local de ces objets offerts par le roi Ham Nghi (1872-1943). Sa maison abrite même un autel dédié au culte du roi, auprès duquel se trouve un coffre-fort "pour contenir les cadeaux royaux".

Pourquoi "cadeaux"? L'explication se trouve dans un récit légendaire qui a été noté dans les documents historiques du coin. Il est dit que la nuit du 5 juillet 1885, la capitale de Huê tombe aux mains de l'armée française. Le roi Hàm Nghi (âgé alors de 14 ans), accompagné de ses subalternes, doit s'enfuir de la cité royale et trouve refuge à Huong Khê. Ce terrain est ensuite choisi pour devenir une plate-forme des troupes royales. C'est ici que le roi Hàm Nghi a lancé une ordonnance exprimant la volonté de la Cour de lutter contre les Français, et appelant la population aux armes. Un miracle se produit dans la nuit du 20 septembre 1885 où le roi voit en songe une déesse qui l'avertit d'un danger : l'attaque prochaine des forces ennemies, et lui conseille de se sauver. Le lendemain, Hàm Nghi raconte le songe à ses courtisans, et est informé de l'existence, tout près, du temple de Trâm Lâm dédié à une déesse. Pour la remercier, il l'investit comme génie, en compagnie des cadeaux royaux susmentionnés.

Plus d'un siècle s'est écoulé. Malgré les vicissitudes de la vie, les habitants de Phu Gia prennent soin, de génération en génération, de ces objets royaux qu'ils considèrent comme un patrimonial national.

L'encrier en pierre noire du roi Khai Dinh

Après des décennies de silence, l'artisan Lê Van Kinh, 84 ans, propriétaire d'un atelier de broderies à Huê, a récemment décidé de rendre publique l'existence chez lui d'un ancien encrier en pierre noire. "C'est un cadeau du roi Khai Dinh (1885-1925) à mon grand-père maternel, Lê Nguyên Giao, qui était alors vice-ministre des Rites à la cour royale", affirme Lê Van Kinh. Son atelier, du nom de Duc Thanh, installé dans la rue Phan Dang Luu, un quartier commercial de Huê, est vu depuis toujours comme le "berceau" du métier de brodeur. Et Lê Van Kinh a été lui-même un des derniers brodeurs de la cour.

L'encrier en pierre noire, gardé jalousement chez le brodeur, est agrémenté d'un bas-relief représentant une paire de dragons à 5 griffes, qui, entourés des nuages, sont en train de disputer une perle. A noter que traditionnellement, rien que les objets utilisés par le roi ont le droit de porter l'image d'un dragon à 5 griffes. Pour la famille royale ou les mandarins de haut rang, ce n'est que dragon à 4 griffes ou moins. Si quelqu'un a la faveur royale pour garder chez soi un objet portant un dragon à 5 griffes, il devait posséder un certificat d'attestation, sous peine d'être considéré comme un rebelle.

En effet, le destin de cet objet royal n'est pas commun. Chargé par son grand père maternel de garder l'encrier, M. Kinh l'a caché, avec d'autres objets familiaux de valeur, à l'intérieur d'un grand lit en bois. Durant la guerre, comme un certain nombre de familles de Huê, sa famille est évacuée "à la hâte" vers Saigon (actuelle Hô Chi Minh-Ville). La guerre finie, il revient à Huê et retrouve les objets précieux.

Un édit royal de Bao Dai

Dà Lat, jolie ville de la province de Lâm Dông, sur les hauts plateaux du Centre. La maison de Nguyên Van Tuân, sise rue Phan Dinh Phùng, ressemble à un petit musée privé avec ses porcelaines, horloges, montres, appareils photo, magnétophones, réchauds, poêles... Au total 4.500 pièces. Au milieu de ces vieilleries entassées pêle-mêle dans une chambre au 2e étage, se distingue un tableau original en laque poncée, inséré dans un cadre doré. Le tout est placé sur un support en bois, gravé de 2 dragons. Au milieu de la laque noire surgissent 4 grandes lettres chinoises, qui veulent dire "femme instituée pour sa fidélité, son dévouement (pour le mari) et sa gentillesse", explique Nguyên Van Tuân. Et de préciser que c'est un "édit royal" offert par le roi Bao Dai (le dernier roi de la dynastie des Nguyên et aussi du Vietnam) à une femme du village de Ha Dông, à Dà Lat.

Nguyên Van Tuân possèdent aussi 2 coupes de sport datant de l'époque de Bao Dai. La première est la coupe du championnat de football de l'Indochine (1941-1942). En bronze argenté, elle pèse 4 kg et mesure 32cm de hauteur. Sur son support est gravé le nom des sponsors : le roi Bao Dai, le roi Sihanouk, le gouverneur général de l'Indochine Decoux, l'amiral du Nord-Vietnam Ducoroy. La seconde, la coupe du championnat de cyclisme, est aussi en bronze argenté. Elle porte cette inscription en français : championnat d'Indochine de cross country - 1947.

Ces objets antiques sont gardés jalousement chez Nguyên Van Tuân. "Ils ne sont pas à moi seul, mais à la ville de Da Lat et à la nation". Et de souhaiter que "ces témoignages de l'histoire soient un jour exposées au public, dans le Musée de Lâm Dông".

Objets des Nguyên en lice pour figurer dans la liste des "Objets sacrés du pays"
1. Stèle "d'autocritique" du roi Tu Duc
2. Trône (placé dans le palais de Thai Hoa)
3. Globe "Neuf dragons se disputant la perle"
4. Ensemble d'objets en bronze comprenant
4 cloches et un gong
5. Manteau royal Long Côn
6. Arbre aux branches en or et aux feuilles
en argent
7. Les 9 brûle-parfums géants en bronze
devant le palais de Thê Miêu)
8. Les 9 génies en bronze devant les palais
de Thê Nhân et Quang Duc
9. Dix chaudières géantes (dans de divers
sites historiques)

Nghia Dàn/CVN