09/11/2012 19:23
«L’année 1972 vue +d’en bas+ - Traces et mémoires de neuf mois de bombardements sur Hanoi» était le sujet d’une table-ronde qui a eu lieu le 8 novembre à l’Institut français de Hanoi.
Table-ronde «L’année 1972 vue +d’en bas+ - Traces et mémoires de neuf mois de bombardements sur Hanoi», le 8 décembre à Hanoi. Photo : Hà Minh/CVN


Cet évènement, organisé et animé par Olivier Tessier de l’École Française d’Extrême-Orient, a vu la participation de Huyên Mermet et Dang Duc Tuê, journalistes francophones, co-auteurs du livre Diên Biên Phu vue d’en face (Nouveau Monde, 2010).

À cette occasion, les participants ont eu l’occasion d’écouter les témoignages de Phùng Tuu Bôi, ancien cadre de l’Institut d’enquête sur l’aménagement forestier, et de Nguyên Xuân Mai, ancien journaliste du journal Phong không - Không quân (Défense antiaérienne - Armée de l’air).

Vue partielle de la rue Khâm Thiên, au centre du quartier détruit par les B-52.
Photo : CTV/CVN


Des témoignages poignants

«À l’époque, Hanoi était déserte. Mais bizarrement, aussitôt après les sirènes annonçant la fin des bombardements, la rue s’animait de nouveau, les gens se déplaçaient, allaient au travail comme si de rien n’était. On avait un superbe moral qui nous aidait à tout surmonter. On n’avait pas peur. On se sentait capable de beaucoup de choses, non seulement pour soi mais aussi pour aller aider les autres», a raconté Phùng Tuu Bôi.

«J’avais à ce moment-là un vélo soviétique. C’était un grand vélo de course. J’ai dû l’emmener à la société de bicyclette pour qu’elle en fasse un vélo pour femme, afin que toute ma famille puisse enfin l’utiliser. Le vélo est quelque chose d’étroitement lié à la vie, à la guerre. Tous les samedis, j’avais le réflexe d’écouter la météo et de regarder ma montre pour gonfler les pneus du vélo, préparer le ravitaillement pour ma femme et mes enfants évacués à Phuc Tho...», ajoute-il.

L’ancien journaliste Nguyên Xuân Mai a révélé la raison pour laquelle on appelle les bombardements de Hanoi de 1972 le «Diên Biên Phu aérien». D’après lui, cela vient d’une chanson du compositeur Pham Tuyên intitulée Hanoi-Diên Biên Phu. Cette chanson a été conçue dans un abri durant les 12 jours et nuits de raids américains sur Hanoi.

Du fond de son abri, le compositeur s’est alors imaginé Hanoi. «Les B-52 écrasés sont en feu et illuminent le ciel. Avec sa noblesse d’esprit, Thang Long, notre Dragon, brille et s’élance à la poursuite des hommes cruels et sanguinaires. Notre ferme volonté est mille fois plus puissante que les bombes ennemies. Aujourd’hui, un Diên Biên Phu va ensevelir leur rêve d’agression...» Le morceau a été baptisé Hanoi-Diên Biên Phu. Et c’est ainsi que ces 12 jours et nuits de bombardements ont été baptisés le «Diên Biên Phu aérien».

Deux journalistes de l'Agence Vietnamienne d'Information lors de la campagne du «Diên Biên Phu aérien» en 1972 à Hanoi. Photo : VNA/CVN


Un recueil de témoignages

«L’angoisse est dans nos chairs, elle fait partie de nos sommeils. La nuit, je couvre mon fils de vêtements chauds, pour qu’il n’attrape pas froid au cas où l’on devrait se réfugier dans des abris souterrains. C’est la vie des enfants des temps de guerre. Mon fils Phong est né en 1966, en pleins bombardements américains sur le Nord Vietnam. Il a su parler très tôt, vers neuf ou dix mois. Un des premiers mots qu’il a prononcé avec +papa+ et +maman+, est +courir+. Chaque fois qu’il entendait le bruit des avions ennemis, il appelait : +maman, papa,…. courir, courir+».

Quand les Américains ont bombardé Hanoi en décembre 1972 avec leurs B-52, le petit Phong avait six ans. Aujourd’hui, l’homme se souvient encore du vacarme assourdissant de l’explosion des bombes, de leurs odeurs acres, de l’alignement des cercueils des victimes du massacre de la rue Khâm Thiên. Il se souvient aussi du cadre paisible de la campagne où il se réfugiait avec sa mère, et de la bonté des paysans en cette époque si difficile.

Tel est l’une des histoires figurant dans le recueil de témoignages Dôi mat voi B-52 (Faire face aux B-52-Mémoires de Hanoi, 18 décembre 1972 - 29 décembre 1972) des journalistes francophones Huyên Mermet et Dang Duc Tuê ; de l'ancien journaliste du journal Phong không - Không quân, Nguyên Xuân Mai, et de Trân Phuc Thai. Ils ont mené une enquête approfondie sur cet épisode dramatique de l’histoire du pays, ces 12 jours et nuits où les bombardiers B-52 ont déversé des milliers de tonnes de bombes sur Hanoi et ses alentours.

Les auteurs ont débuté leurs travaux en septembre 2010. Durant deux ans, ils ont enquêté à Hanoi, Hai Duong, Hung Yên et Thai Nguyên, recueillant plus de 100 témoignages. Huyên Mermet regrette toujours de n’avoir pas pu recevoir des témoignages étrangers, par exemple d’experts chinois et soviétiques ou encore de pilotes américains. Le livre va sortir au Vietnam début décembre prochain.

À noter que cette table-ronde est le dernier de trois événements organisés à l'Institut français de Hanoi pour célébrer le 40e anniversaire du «Diên Biên Phu aérien» avec l'exposition photographique «Vivre et mourir à Hanoi en 1972» et la table-ronde «L'année 1972 vue +d'en haut+ - Année cruciale pour le dénouement du conflit vietnamo-américain».

Hà Minh/CVN

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