Droits de douane : le Canada riposte, les États-Unis menacent de surenchérir

Le Premier ministre canadien Mark Carney a annoncé samedi 22 août des mesures de rétorsion visant l'acier ou les produits laitiers américains après avoir refusé le "mauvais accord" commercial proposé par Washington, qui a aussitôt menacé de surenchérir.

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Des conteneurs dans le port américain de Baltimore, le 10 avril 2025..
Photo : AFP/VNA/CVN

Ces mesures, qui toucheront aussi l'industrie du papier, les machines agricoles ou l'électronique, entreront en vigueur le 8 septembre, a précisé M. Carney au cours d'une conférence de presse.

Le montant de ces surtaxes canadiennes sera "au dollar près" celui des droits de douane américains entrés en vigueur samedi et touchant environ 20 milliards de dollars d'importations canadiennes, dont le ciment ou les crosses de hockey.

Dans la foulée, le négociateur américain Jamieson Greer a déclaré sur Fox News que les États-Unis allaient "aller de l'avant avec des mesures pour répondre aux rétorsions canadiennes", sans donner de détail. Il a également affirmé qu'aucun cycle de négociation avec le Canada n'était à l'agenda.

Après des semaines de pourparlers, Mark Carney avait décidé vendredi soir 21 août de mettre fin aux négociations, juste avant que n'expire l'ultimatum de la Maison Blanche.

"Au dernier moment, les États-Unis ont essayé d'ajouter des éléments pour restreindre notre capacité à avoir d'autres accords commerciaux", a-t-il dénoncé depuis Ottawa.

"Quand vous êtes attaqué, c'est que vous êtes en guerre. Nous avons été attaqués", a déclaré le Premier ministre canadien, selon qui les États-Unis "demandaient trop et offraient trop peu".

"Faire du mal à tout le monde" 

Mark Carney a aussi évoqué des "menaces contre la langue française" et la "culture québécoise", portant selon lui sur les subventions à la culture francophone, la place des médias en français en ligne et l'obligation d'étiquetage bilingue des produits vendus au Canada. "Ce n'est pas acceptable", a-t-il souligné.

Depuis le retour à la Maison Blanche de Donald Trump en janvier 2025, le Canada est en première ligne de la guerre commerciale lancée par le président américain qui ne cesse de dire qu'il veut faire de son voisin le "51e État" américain.

Mais la dégradation de leurs relations depuis un an et demi franchit un nouveau palier, la nouvelle salve de surtaxes américaines touchant notamment des produits normalement protégés par l'accord de libre-échange entre les États-Unis, le Canada et le Mexique.

"Cela va faire du mal à tout le monde", regrette Stuart Edwards, un Canadien, depuis la ville frontalière de Fort Erie, près des chutes du Niagara. "C'est triste", dit-il à l'AFP, mais "nous allons résister".

"L'Amérique a changé" 

"L'Amérique a changé" et "nous ne pouvons pas contrôler la tempête qui souffle depuis Washington", a insisté Mark Carney.

Au Canada, l'ensemble de la classe politique a soutenu la décision de rompre les négociations.

Le gouvernement canadien, qui réclamait une baisse des surtaxes sur les secteurs durement touchés comme l'acier, avait envoyé des signes de bonne volonté, en demandant aux autorités provinciales de mettre fin au boycott des vins et spiritueux américains, revendication centrale de Washington. En vain.

"On ne peut pas faire confiance au président Trump, c'est aussi simple que cela", a déclaré aux médias canadiens Doug Ford, le dirigeant de la province de l'Ontario, qui "salue" l'action du Premier ministre.

Il n'en reste pas moins que l'économie canadienne pourrait se retrouver durement frappée par cette nouvelle salve de surtaxes et contre-surtaxes, alors que les États-Unis sont, de très loin, le premier partenaire commercial du Canada, les exportations vers ce pays représentant actuellement autour de 70% du total.

La Business Roundtable, qui réunit plus de 200 dirigeants de grandes entreprises américaines, a appelé les deux gouvernements à "revenir à la table des négociations" et "à lever les droits de douane néfastes", selon une déclaration écrite de son directeur général, Joshua Bolten.

Mark Carney a tenté de rassurer les entreprises en annonçant des mesures de soutien "pour la durée qu'il faudra". Elles seront détaillées la semaine prochaine.

Depuis son arrivée en mars 2025, Mark Carney tente de réduire la dépendance de son pays à l'égard de son grand voisin en cherchant de nouveaux partenaires commerciaux en Asie ou en Europe.

"Nous sommes plus forts maintenant que nous ne l'étions lorsque les États-Unis ont entamé cette guerre commerciale. Plus unis, plus déterminés, plus ambitieux", a-t-il affirmé.

AFP/VNA/CVN

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