31/05/2022 14:37
Ils sont nourris de bandes dessinées, de zombies et du Muppet Show : récompensés lundi soir 30 mai pour leur adaptation du "Voyage de Gulliver", les magiciens de la scène Christian Hecq et Valérie Lesort réussissent à attirer un "public multigénérationnel" au théâtre comme à l'opéra.
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Les metteurs en scène Christian Hecq (droite) et Valérie Lesort avec leurs Molières, le 27 mai à Paris.
Photo : AFP/VNA/CVN

Couple à la ville et à la scène, ils récoltent à chaque mise en scène des critiques dithyrambiques, depuis leur adaptation féérique en 2015 de Vingt mille lieues sous les mers pour la Comédie-Française, jusqu'au Bourgeois Gentilhomme de Molière complètement déjanté qui affiche complet en ce moment dans cette même maison.

Le Voyage de Gulliver, spectacle qui a enchanté petits et grands au Théâtre de l'Athénée, leur a permis lundi soir 30 mai de remporter deux Molières, celui de la création visuelle et sonore et celui de la mise en scène pour un spectacle de théâtre public. Avant cela, à eux deux, ils en avaient déjà obtenu cinq.

Le secret ? "Ce n'est pas une potion magique mais on est tellement dans une période sombre qui est aussi beaucoup dans le numérique... Et ce que nous faisons est souvent extrêmement joyeux et visuel, donc cela embarque dans un autre monde", affirme Valérie Lesort, comédienne et plasticienne.

Marionnettes revalorisées

"Nos spectacles sont faits main, on fait tout pour ne pas utiliser la vidéo. (...) Les gens ont besoin de cette poésie qu'amène l'artisanal", ajoute-t-elle. Élément-phare dans leur art : les marionnettes. Elles ont leur entrée par la grande porte à la Comédie-Française avec Vingt mille lieues sous les mers, manipulées par les comédiens faisant ressurgir un somptueux ballet de méduses et autres créatures marines.

"Les marionnettistes professionnels nous ont remercié de revaloriser" leur métier, se souvient Christian Hecq, lui-même sociétaire de la "maison de Molière" et qui s'est formé avec un "maître", Philippe Genty. Sans faire des spectacles spécialement "jeune public", ils semblent avoir trouvé l'antidote au vieillissement des spectateurs, à l'heure où un rapport de la Cour des comptes regrette un recul du public de moins de 24 ans.

"Ce qui est super, c'est d'avoir les enfants accompagnés de leurs parents, que ce soit multigénérationnel", dit l'acteur belge de 58 ans. Dans La Périchole, opéra bouffe d'Offenbach monté récemment en solo par Valérie Lesort à l'Opéra-Comique, la plasticienne crée un spectacle riche en couleurs et en idées inattendues qui ont fait renverser de rire la salle.

"Le visuel ramène les adultes en enfance et nous avons des enfants sur nos opéras ou pièces -où ils sont normalement censés s'ennuyer- qui sont contents car ça les fait grandir", renchérit Valérie Lesort, 46 ans. Dans leur Bourgeois Gentilhomme, Monsieur Jourdain danse sur une musique des Balkans : "On a voulu donner envie aux gens de danser", dit M. Hecq, nourri dans sa jeunesse de bandes dessinées comme celles de Gotlib mais aussi de breakdance et de smurf. Pour Valérie Lesort, c'est le clip Thriller de Michael Jackson, le Muppet Show et... une mère critique d'opéra et de danse qui l'emmenait au festival lyrique d'Aix-en-Provence.

Le divertissement, vulgaire ?

"J'ai emmagasiné beaucoup d'images et... je me suis ennuyée beaucoup aussi. Il y a un traumatisme là", rit-elle. "Christian, c'était pareil... Petit, il dormait" au théâtre, glisse-t-elle malicieusement. D'où une "peur extrême de l'ennui" chez le couple.

"Quand on fait des spectacles, on ne veut pas qu'il y ait une notice explicative dans le programme", souligne M. Hecq, se rappelant un questionnaire donné par un professeur à sa classe après "20.000 lieues sous les mers". "Les questions étaient plus compliquées que le spectacle", regrette l'artiste.

Valérie Lesort, fan de comédies musicales, ne comprend pas pourquoi le mot divertissement est "vulgaire" en France. Ou quand des critiques sont gênés de voir "le public applaudir au mauvais moment" lors d'un opéra. Leur seule pièce "noire" reste La Mouche, une adaptation de la nouvelle de George Langelaan (portée à l'écran par David Cronenberg). Un succès tel que le couple Macron s'était déplacé au Théâtre des Bouffes du Nord. Ce succès leur fait-il peur ? "Plus on fait, plus on est angoissé !", dit le couple qui revient à l'Opéra-Comique en décembre avec une adaptation du film La petite boutique des horreurs.
AFP/VNA/CVN


 

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