17/09/2019 11:52
Près de 50.000 salariés américains de General Motors (GM) étaient en grève lundi 16 septembre, un mouvement social d'une ampleur exceptionnelle qui pourrait durer en raison de l'impasse dans laquelle se trouvent les négociations salariales avec le groupe automobile.

>>Automobile : des dizaines de milliers d'employés de GM appelés à la grève
 

Des membres du syndicat de l'UAW en grève devant l'usine GM à Flint. 
Photo : AFP/VNA/CVN


La grève "va probablement durer" car "nous ne sommes tombés d'accord que sur 2% des dispositions du nouvel accord et il reste encore à s'entendre sur 98%", a déclaré Brian Rothenberg, le porte-parole du puissant syndicat automobile américain UAW. Ce syndicat a reçu le mandat de ses membres pour lancer ce mouvement social, le premier chez General Motors (GM) depuis 2007.


La production de voitures du géant de Detroit, renfloué avec l'argent public après sa faillite historique de 2009, était interrompue lundi aux États-Unis, a dit M. Rothenberg, ce qui pourrait se traduire par des ruptures de stocks chez les concessionnaires.

T-shirt rouge, pancartes à la main, des salariés manifestaient, dans le calme, devant les entrées des sites GM, répartis dans dix 
États, ont constaté des journalistes de l'AFP.

"Nous sommes préparés à ce que cette grève dure le temps qu'il faudra pour avoir un contrat juste", a dit un salarié devant l'usine GM de Detroit Hamtramck, en petite banlieue de Detroit.

Les discussions entre GM et l'UAW ont repris lundi 16 septembre et devaient se poursuivre mardi 17 septembre, a confié en fin de journée M. Rothenberg.

Environ 46.000 salariés de GM travaillant sur 31 usines étaient en grève, surveillée de près par la classe politique à un peu plus d'un an de l'élection présidentielle au cours de laquelle les emplois industriels seront un des grands enjeux.

"Je ne veux pas que GM construise des usines en Chine, dans d'autres pays (...) GM réalise la majorité de ses bénéfices aux 
États-Unis", a déclaré le président, Donald Trump, disant espérer que la grève soit de "courte durée".

Son de cloche identique chez les candidats à l'investiture démocrate : "un emploi c'est davantage qu'une fiche de paie. C'est de la dignité et du respect", a réagi l'ancien vice-président Joe Biden, tandis que le sénateur Bernie Sanders a appelé GM à "mettre fin à la cupidité".

GM et l'UAW discutent depuis juillet sur un nouveau contrat de travail pour les prochaines années. Celui-ci est censé remplacer le précédent qui a expiré le 14 septembre et servira de base aux négociations chez Ford et Fiat Chrysler.

L'action dévisse 

Ces discussions sont au point mort, tant le fossé reste grand entre les revendications des syndicats et les propositions de la direction sur les salaires, les prestations de soins de santé, le statut des travailleurs temporaires et la sécurité de l'emploi.

L'UAW demande également à GM de réactiver quatre usines mises à l'arrêt. Un de ces sites se trouve à Lordstown dans l'Ohio, un des 
États industriels, avec le Michigan, déterminants pour l'issue de la présidentielle de 2020.

Au nom de "l'Amérique d'abord", M. Trump a promis de maintenir, voire d'augmenter, les emplois industriels dans ces 
États particulièrement affectés par les délocalisations et une main d'oeuvre moins chère au Mexique.

S'il n'est plus ce qu'il a été dans les années 70 et 80, le secteur automobile américain demeure toutefois un gros pourvoyeur d'emplois industriels et le poumon économique de certains 
États.

Selon le lobby Alliance of Auto Manufacturers, l'industrie automobile soutient 9,9 millions d'emplois directs et indirects aux 
États-Unis et compte pour environ 3% du Produit intérieur brut (PIB).

"Nous avons présenté une offre solide pour améliorer les salariés et les avantages ainsi qu'accroître les emplois américains de façon substantielle", a déclaré un porte-parole de GM. "Nous négocions de bonne foi", a-t-il ajouté.

GM affirme avoir offert plus de 7 milliards d'USD de nouveaux investissements dans des usines américaines, proposé de créer 5.400 emplois supplémentaires et d'augmenter les salaires et autres avantages sociaux.

L'an dernier, le groupe dirigé par Mary Barra a dégagé un bénéfice net de 8,01 milliards d'USD mais est confronté depuis, comme l'ensemble du secteur, au ralentissement mondial des ventes de véhicules neufs et à la guerre commerciale.

Cette grève risque de lui coûter jusqu'à 100 millions d'USD par jour mais son coût pourrait s'alourdir si elle se prolongeait, estime Arthur Wheaton, enseignant à l'Université Cornell.

L'action GM a chuté de 4,25% à Wall Street.

Quant aux salariés, "ils perdent instantanément de l'argent", assure M. Wheaton.

Cette grève est aussi une épreuve cruciale pour l'UAW, en proie à une érosion de ses membres et secoué par un scandale de pots-de-vin. En juin, le syndicat a échoué à ouvrir une section au sein d'une usine Volkswagen dans le Tennessee.


AFP/VNA/CVN

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