AFF 2026 : l’ASEAN à la recherche de nouveaux leviers de croissance

Dans le cadre du Forum sur l’avenir de l’ASEAN (ASEAN Future Forum – AFF) 2026, les participants ont débattu le 10 juin, des perspectives de coopération entre les États-Unis et l’ASEAN, des solutions destinées à renforcer la sécurité énergétique dans un contexte mondial marqué par de profondes mutations, ainsi que des nouveaux modèles de développement susceptibles d’accroître la résilience et la compétitivité de la région.

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L’un des temps forts du forum a été la session thématique consacrée aux relations États-Unis–ASEAN, à laquelle a participé le vice-secrétaire d’État américain Christopher Landau. Il s’agit de la première intervention d’un haut responsable de l’administration américaine dans le cadre de cet événement, illustrant l’attention croissante que Washington porte à l’Asie du Sud-Est.

La session thématique consacrée aux relations États-Unis–ASEAN.
Photo : VNA/CVN

Prenant la parole lors de cette session, Christopher Landau a estimé que l’évolution des relations entre le Vietnam et les États-Unis, passées du statut d’anciens adversaires à celui de Partenaires stratégiques globaux, constituait une démonstration remarquable de la force du dialogue, de la réconciliation et de la coopération. Il a réaffirmé le soutien de Washington à un Vietnam fort, indépendant et prospère, tout en saluant le rôle grandissant du pays dans les affaires régionales et internationales.

Selon lui, l’Asie du Sud-Est s’impose aujourd’hui comme l’un des pôles de croissance les plus dynamiques du monde. Le président Donald Trump et le secrétaire d’État Marco Rubio considèrent tous deux l’ASEAN comme un partenaire essentiel dans la stratégie américaine pour l’Indo-Pacifique. Plus de 6.000 entreprises américaines sont actuellement implantées dans les pays de l’ASEAN, contribuant à la création de centaines de milliers d’emplois et à la croissance économique des deux parties.

Afin de renforcer la coopération dans les années à venir, les États-Unis souhaitent devenir un partenaire de premier plan de l’ASEAN dans les domaines de l’énergie, de la transformation numérique et des technologies avancées. Washington s’est dit prêt à coopérer avec les pays membres dans la fourniture de gaz naturel liquéfié (GNL), de gaz de pétrole liquéfié (GPL), le développement de l’énergie nucléaire ainsi que l’extension des interconnexions électriques régionales. Dans le secteur technologique, les États-Unis entendent également approfondir leur coopération en matière d’intelligence artificielle (IA), d’infrastructures numériques et de chaînes d’approvisionnement en minerais critiques.

S’agissant des questions de sécurité régionale, Christopher Landau a réaffirmé le soutien de son pays au maintien de la paix, de la stabilité, de la sûreté et de la liberté de navigation en mer Orientale. Il a également exprimé son appui aux négociations sur le Code de conduite en mer Orientale (COC), conformément au droit international. Par ailleurs, il a appelé à une coopération accrue pour lutter contre les réseaux transnationaux d’escroquerie en ligne, qui représentent une menace croissante pour les économies de la région.

Le même jour, les participants à la séance plénière consacrée à la sécurité énergétique ont analysé les nouveaux défis auxquels l’ASEAN est confrontée dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales et la volatilité des marchés énergétiques.

Le vice-ministre vietnamien de l’Industrie et du Commerce, Nguyên Hoàng Long, a souligné que la notion de sécurité énergétique ne se limitait plus à la garantie de l’approvisionnement, mais devait également répondre aux impératifs de stabilité, d’accessibilité économique et de durabilité. Les crises observées dans plusieurs régions du monde, notamment au Moyen-Orient, rendent indispensable la diversification des sources d’énergie et le renforcement de la résilience des systèmes énergétiques nationaux.

Pour le Vietnam, malgré une dépendance encore importante aux importations de charbon et d’hydrocarbures, la transition énergétique est désormais considérée comme une priorité stratégique. Celle-ci est mise en œuvre à travers le Plan directeur de développement de l’électricité VIII et la Résolution n°55 du Bureau politique, qui privilégient le développement des ressources énergétiques nationales, la constitution de réserves stratégiques et la sécurisation des capacités de production de base.

Les experts internationaux présents au forum ont convergé sur la nécessité pour l’ASEAN d’éviter toute dépendance excessive à une seule source d’approvisionnement ou à un fournisseur unique. Parmi les solutions avancées figurent le renforcement du Réseau électrique de l’ASEAN (ASEAN Power Grid – APG), le partage des infrastructures de gaz naturel liquéfié, l’élargissement des mécanismes de financement vert et le développement des partenariats public-privé dans le secteur énergétique.

Selon eux, la mise en œuvre efficace du Plan d’action pour la coopération énergétique de l’ASEAN à l’horizon 2030 contribuera à renforcer l’autonomie stratégique de la région tout en soutenant sa croissance économique et son développement durable. Les énergies renouvelables, notamment l’hydroélectricité, le solaire et l’éolien, sont perçues comme des leviers essentiels de la transition verte, capables de générer de nouveaux emplois et de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Lors de cette session, la secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères, Seema Malhotra, a réaffirmé l’engagement du Royaume-Uni à accompagner l’ASEAN dans ses efforts visant à renforcer sa sécurité énergétique et à atteindre ses objectifs climatiques. Londres collabore actuellement avec la Banque asiatique de développement (BAD) et la Banque mondiale sur plusieurs initiatives destinées à développer des réseaux électriques plus résilients, tout en soutenant la transition énergétique grâce au financement et au transfert de technologies.

Au cours de la séance plénière consacrée aux nouveaux modèles de développement dans un monde en mutation, responsables politiques et experts internationaux ont estimé que l’ASEAN devait adapter sa stratégie de croissance afin de faire face aux transformations profondes de l’économie mondiale.

Selon eux, le modèle de développement fondé sur une main-d’œuvre compétitive et l’ouverture commerciale est désormais soumis à de fortes pressions en raison de la montée du protectionnisme, du changement climatique, du vieillissement démographique et du risque de piège du revenu intermédiaire. Dans ce contexte, l’ASEAN doit investir davantage dans l’innovation, les infrastructures numériques et le développement du capital humain.

Plusieurs intervenants ont insisté sur le rôle croissant des technologies numériques et de l’intelligence artificielle dans la création de nouveaux moteurs de croissance. Ils ont recommandé aux pays de l’ASEAN de passer d’un modèle d’attraction des investissements étrangers centré sur l’assemblage et la sous-traitance à une stratégie privilégiant les investissements à forte valeur technologique et favorisant les transferts de savoir-faire.

Le professeur Lee Keun, de l’Université nationale de Séoul, a notamment salué les progrès réalisés par le Vietnam dans le secteur des véhicules électriques. Selon lui, le parcours de VinFast présente certaines similitudes avec celui emprunté autrefois par les grands groupes industriels sud-coréens. Il a encouragé le Vietnam à poursuivre son soutien aux entreprises capables de jouer un rôle moteur dans les secteurs stratégiques et à forte valeur ajoutée.

De son côté, le docteur Vo Tri Thành a proposé la création d’une « Communauté de l’innovation de l’ASEAN », qui pourrait devenir un nouveau pilier de la coopération régionale. Selon lui, les entreprises doivent être placées au cœur des processus d’innovation et de transition verte.

Les intervenants ont également souligné l’importance d’un environnement politique stable, transparent et prévisible afin d’attirer davantage de capitaux privés vers les infrastructures durables et les projets liés à l’énergie verte.

Les discussions du Forum sur l’avenir de l’ASEAN 2026 ont ainsi mis en évidence la volonté des pays de la région de renforcer leurs partenariats stratégiques, d’accroître leur sécurité énergétique et d’identifier de nouveaux moteurs de développement, afin de consolider la résilience et la compétitivité de l’ASEAN dans un monde en pleine transformation. 

VNA/CVN

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