12/03/2017 16:59
Si d’aventure il vous arrive de croiser un éléphant rose dans les rues, vous avez sans doute abusé de l’alcool de riz. S’il vous arrive de rencontrer un cochon, un chien ou un veau à moto, c’est normal : vous êtes au Vietnam.
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La vie d’un animal domestique n’est pas aussi monotone qu’elle pourrait paraître. En effet, qu’il soit un réservoir de nourriture sur pattes, qu’il soit un auxiliaire pour le travail ou qu’il serve à combler un manque affectif chez son maître, il y aura toujours un moment où il quittera le confort douillet de son étable, de sa porcherie, de sa cour, de son tas de paille, pour aller à la rencontre du vaste monde. Quelquefois à son détriment. Et pour se déplacer, autant le faire le plus vite possible. En moto, et que ça saute !

Copains comme cochon

Sur la route qui me conduit de la ville de Hai Phong à Hanoï, je suis concentré à l’extrême. Les voitures et les bus ont décidé d’organiser un concours de vitesse, arbitré à grands coups de klaxon, au détriment des motos qui doivent se jeter constamment contre les glissières de sécurité, qui n’ont rien de sécurisantes avec leur profil métallique aiguisé comme un couteau de cuisine. Ma vue et mon ouïe me transforment en radar : la première me sert à anticiper l’obstacle sur lequel j’arrive, la seconde à anticiper celui qui m’arrive dessus. Et comme pour la prononciation de la langue, l’ouïe est vitale pour assurer ses arrières sur la route.

En effet, il faut savoir reconnaître la différence de ton entre le bus, le camion, la voiture, la moto, pour calculer l’écart qu’il convient de faire afin de laisser la place à l’excité qui s’approprie momentanément votre route, sur laquelle vous devenez persona non grata. L’écart à effectuer étant proportionnel à la tonitruance de l’appel impératif. Dis autrement, plus les décibels du «Tire-toi de là» sont puissants, plus il est impérieux de serrer sa droite et ses fesses. C’est donc sans inquiétude particulière que, reconnaissant le son cacochyme d’un klaxon, je me déporte légèrement sur le côté pour laisser passer un condisciple à deux-roues.

Le transport du cochon à moto est populaire au Vietnam. Photo : CB/CVN

La répétition virulente de l’appel m’incite à jeter un petit coup d’œil dans mon rétroviseur pour comprendre la raison de ce bégaiement sonore. À ma surprise, alors que je m’attendais à entrevoir le profil aérodynamique d’un bipède sur carénage, je vois grossir une espèce d’aéroplane sur roues, dont l’envergure m’oblige à m’écarter in extremis pour éviter la collision. Heureusement, mes réflexes sont bien huilés et le groin humide d’un cochon passe à quelques centimètres de mes genoux. Lui comme moi devons avoir la même pensée rétrospective à l’idée du pâté de museau qui vient d’être évité.

Maintenant que je suis derrière lui, je peux contempler à loisir le porcin baladeur allongé sur son brancard, yeux, ventre et pattes au ciel. En fait, de porcin, c’est plutôt une femelle qui exhibe, impudique, deux rangées de tétines sur une énorme panse ballotant au rythme des cahots de la route. Ainsi couché sur le dos, l’animal ne peut faire autre chose que contempler le monde en contre-plongée.

Point de vue cinématographique qui, poussé trop loin, pose des problèmes de déformations et d’accentuation des perspectives pour donner une impression de soumission, d’infériorité ou encore de malaise. Histoire de rappeler au quatre-pattes que le patron, c’est toujours le deux-pattes, même si on voyage ensemble. Le déplacement sur brancard, allongé sur le dos, est réservé aux gros cochons (le lecteur mettra à cette phrase le sens qu’il voudra !)…

Le cochon de moindre importance a droit au berceau en osier, qui est au voyage porcin ce que la première classe est au voyageur ferroviaire. Mais pour faire la route en position normale, allongé sur le ventre ou debout sur ses pattes, il faut être porcelet pour bénéficier de nacelle individuelle ou collective, selon la taille. Cependant, le mieux loti est encore le verrat qui voyage en général assis dans un chariot attelé derrière la moto, césar imperator sur son char, glissant dans le flot de la circulation tout empreint de sa valeur et de ses capacités…Ben, mon cochon !

Avoir du chien

Autre lieu, autre animal motocycliste. Je suis dans les rues de Hanoï, où l’embarras circulatoire frise de plus en plus l’occlusion intestinale ou la thrombose veineuse. Accidents participant d’une urgence médicale, et je me demande quelle solution laxative ou anticoagulante il faudra trouver pour faire disparaître les bouchons qui encombrent de plus en plus les artères et les boyaux de la ville.

Faire de la moto avec son chien : c’est possible au Vietnam ! Photo : DT/CVN

Durant ces difficultés de transit, il n’y a qu’une chose à faire : prendre son mal en patience et en profiter pour observer la vie qui s’offre à nous. Privilège du motocycliste sur l’automobiliste : sa vue est plus dégagée, donc le spectacle est plus riche en images. Et c’est justement sur une scène peu banale que mon regard curieux s’arrête...À côté de moi, une moto et sa conductrice : rien que de très normal à 10h00 du matin du côté du lac de Hoàn Kiêm. Devant la conductrice, coincé entre la selle et le guidon, un petit panier en métal du type de ceux que l’on utilise pour y mettre les provisions, et qui habituellement se trouve à l’avant des vélos : toujours pas de quoi étonner le badaud…

Mais à la place d’un kilo de tomates ou d’aubergines inertes, ce sont cinq kilos de viande et de poils qui s’agitent impatiemment. Oreilles dressées, yeux fureteurs, museau humide, langue pendante, un espèce de canidé, croisement entre le bichon maltais et le fox-terrier, semble regarder d’un œil critique cet embouteillage qui ralentit son déplacement. Un moment, son œil torve croise le mien, et semble me dire : «Qu’est ce que tu as à me regarder ? T’as jamais vu un chien en moto ?».

Il est vrai que j’avais plutôt l’habitude de voir les chiens trotter le museau à ras de terre, en évitant de se faire écraser, plutôt que d’écraser leurs congénères de leur supériorité motorisée. Mais j’observe que depuis quelque temps, le chien motocycliste prend une place importante dans la société vietnamienne. Petit, comme mon voisin d’embouteillage, il se promène en panier, plus gros, il s’assoit dans l’espace situé entre la selle et la colonne de direction, à l’avant de la moto, museau dépassant à peine le guidon. J’en ai même vu un en équilibre sur la selle, derrière le pilote. J’attends avec impatience le casque de moto pour canidé, avec les trous pour les oreilles. Il existe bien les casques de moto pour dames avec une échancrure à l’arrière pour la queue de cheval.

On dit que les voyages ouvrent l’esprit : ici, les animaux doivent briller d’une intelligence particulière !

Gérard Bonnafont/CVN
 
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