26/03/2017 10:40
Immergées depuis plus de 1.000 ans dans l’eau, une centaine de statues en argile ont été retrouvées intactes dans la pagode Nôm, province de Hung Yên (Nord).
>>Chùa Ông, la plus ancienne pagode chinoise du Sud

Dans l’enceinte de la pagode Nôm, dans la province de Hung Yên.
Photo : DL/CVN

La pagode Nôm (également appelée Linh Thông), située dans la commune de Dai Dông, district de Van Lâm, province de Hung Yên, s’étend sur une superficie d’une dizaine d’hectares. Elle a été reconstruite à plusieurs reprises au cours des siècles en raison de la dégradation de son état. Toutefois, la pagode originale se cache à l’heure actuelle au centre de l’enceinte.

Un grand nombre de statues en argile

C’est dans cette pagode antique que se trouve son plus précieux trésor : des statues «indestructibles» qui remontent à plusieurs siècles, fabriquées en argile, un matériau pourtant réputé pour sa fragilité. Parmi les colonnes gigantesques en bois de fer (gô lim), les tours centenaires en pierre et même des arbres si vieux qu’on ne peut pas déterminer leur âge, on trouve des statues représentant Bouddha, Guanyin, mais aussi des arhats, des saints.

Certaines font jusqu’à trois mètres de haut, d’autres ne sont pas plus grandes que la main. Leur visage est souvent très expressif (joie, tristesse, colère...), leur pose et leur corpulence sont tout aussi diversifiées. «Les vêtements aussi bien que les expressions faciales des statues sont imprégnés de traits très caractéristiques de la vie journalière des Vietnamiens. Cela montre que dans le regard de nos ancêtres, le bouddhisme représente une grande part de leur quotidien», partage Thich Dông Huê, gérant bonze de la pagode.

La pagode Nôm est la seule au Vietnam à regrouper un nombre aussi important de statues en argile. Néanmoins, le détail le plus impressionnant chez ces dernières n’est pas leur quantité mais la qualité de leur conservation. En effet, la durabilité des sculptures en argile est assez courte. On peut mentionner la pagode Dât Sét, aussi connue sous le nom Buu Son Tu, province de Soc Trang (Sud), qui a été édifiée totalement avec ce matériau. Pourtant, bien qu’elle n’ait été bâtie qu’au début du XXe siècle, elle n’est plus en très bon état aujourd’hui.

Paradoxalement, grâce à leurs conditions que l’on peut presque appeler miraculeuses, les statues de la pagode Nôm supportent encore bien le temps, malgré leur âge, qu’on estime pour certaines atteindre plus de 1.000 ans d’ancienneté.

Des secrets encore masqués

La date de construction de l’édifice religieux ne peut pas encore être déterminée avec précision. Selon les légendes racontées par les locaux, elle date de la période de Hai Bà Trung (les deux sœurs  Trung), il y a près de 2.000 ans. Au fil du temps, le monument a été rongé par l’érosion puis reconstruit à plusieurs reprises, de sorte qu’il n’existe presque plus de vestiges originaux.

Les statues millénaires en argile de la pagode Nôm. Photo : DL/CVN

La date la plus ancienne enregistrée pour déterminer son âge est en 1680, lors de sa reconstruction. L’information est gravée sur deux stèles en pierre à l’intérieur de la pagode. Selon des spécialistes, certaines statues (comme celles des arhats) arborent le style sculptural de la période du Xe au XIIIe siècles (dynasties des Ly et des Trân). Son âge peut donc être estimé jusqu’à plus de 1.000 ans.

Par ailleurs, le temps n’est pas le seul ravage qu’ont subi ces statues. Dans le passé, de nombreuses inondations ont ratissé la pagode. Les trois inondations importantes qu’on a enregistrées récemment se sont produites en 1945, 1971 et 1986, - lesquelles ont entièrement submergé le Nord du Vietnam. Elles ont balayé tous les toits de la pagode, désagrégé ses murs et immergé les œuvres en argile pendant des périodes qui pouvaient durer plusieurs mois. À chaque passage, la pagode se retrouvait partiellement détruite. Quant aux statues, elles ont seulement été recouvertes par les alluvions du fleuve Rouge. Après un lavage par les bonzes, elles ont immédiatement retrouvé leur allure imposante et leur condition d’origine.

À l’épreuve du temps, traversant les guerres, subissant des conditions météorologiques extrêmes, on n’a toujours pas su déchiffrer le secret de leur conservation ni la méthode pour modeler ces sculptures. D’autant plus qu’aucun document ne divulgue davantage d’informations sur la pagode Nôm et ses statues. Peut-être le secret réside-t-il dans les matériaux de modelage ou dans la peinture utilisée, certains pensent même à une protection divine. Les spécialistes travaillent sur le sujet.

Toutefois, en se basant sur les informations déjà collectées et, dans l’éventualité que ces statues n’aient pas été sculptées voici plus de 1.000 ans mais il y a 400 ou 500 ans, ces éléments sont suffisants pour les classer comme patrimoines parmi les plus précieux du Vietnam.

Huy Hoàng/CVN
 
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