14/11/2019 09:49
Venise s'apprêtait à passer une nuit d'inquiétude dans l'attente de nouveaux épisodes de marée haute alors que le gouvernement devrait décréter jeudi 14 novembre l'état d'urgence pour catastrophe naturelle, dans le but de mobiliser rapidement des fonds pour éviter à plus long terme une possible disparition d'une des plus belles villes du monde.
>>Venise touchée par une "acqua alta" historique

Un vaporetto échoué sur la Riva degli Schiavoni, esplanade ouverte sur la lagune de Venise, le 13 novembre.
Photo : AFP/VNA/CVN

Le pic de marée haute à 23h35 (22h35 GMT) s'est arrêté sous le mètre mercredi 13 novembre (à 77 cm), alors qu'il était prévu à 1,20 m, loin de l'épisode de la veille quand l'"acqua alta" est montée à 1,87 m, du jamais vu depuis 53 ans. "La catastrophe qui a frappé Venise est un coup porté au coeur de notre pays. Cela fait mal de voir la ville aussi endommagée, son patrimoine artistique compromis, les activités commerciales à genou", a déclaré le Premier ministre Giuseppe Conte, venu sur place.

Un conseil des ministres est prévu à Rome jeudi après-midi pour déclarer l'état d'urgence pour catastrophe naturelle pour la zone de Venise, une procédure qui dote le gouvernement de "pouvoirs et moyens exceptionnels" pour intervenir plus rapidement. "Nous sommes prêts à y consacrer de premiers fonds", a indiqué M. Conte, qui a précisé sur sa page Facebook qu'il participerait auparavant à une réunion à la préfecture à Venise "pour de premières constatations sur les dégâts et préparer de premières solutions".

La marée de mardi 12 novembre combinée à de fortes rafales de vent et à la pluie a submergé pratiquement toute la ville : 80% selon le gouverneur de la région Luca Zaia. Un septuagénaire est mort d'électrocution chez lui. La marée exceptionnelle a fait chavirer des gondoles, projeté des vaporetti (autobus fluviaux) sur le rivage, inondant boutiques, bars, restaurants et provoquant des coupures d'électricité dans toute la ville. Des centaines de touristes ont dû patauger, l'eau jusqu'au dessus de genoux parfois pour regagner leurs hôtels. Les 160 pompiers mobilisés ont dû effectuer 400 interventions.

Un niveau de 1,87 m ne signifie pas néanmoins que la Cité des Doges se trouve immergée sous 2 m d'eau. Il faut retrancher le niveau moyen de la ville qui varie entre 1 m et 1,30 m au-dessus de la mer. D'autres épisodes sont prévus jusqu'à vendredi même si, en théorie, aucun ne devrait atteindre le pic record de mardi 12 novembre. C'était la deuxième plus haute "acqua alta" à Venise depuis le début des relevés en 1923, derrière celle du 4 novembre 1966 (1,94 m).

"Nous n'avons jamais vu rien de tel", a expliqué Alvise, un jeune Italien de 19 ans, venu avec des amis constater les dégâts même si la place Saint Marc était presqu'au sec mercredi soir 13 novembre. Outre le centre historique de Venise, plusieurs îles dont le Lido, site du Festival de cinéma, ont été très touchées par les inondations. L'eau a envahi le célèbre théâtre de La Fenice, où les spectacles sont suspendus jusqu'à nouvel ordre, ainsi que la Basilique Saint-Marc.

La ville, qui compte en son cœur seulement 50.000 habitants, reçoit 36 millions de visiteurs par an, dont 90% d'étrangers. "L'avenir de Venise est en jeu, on ne peut plus vivre comme ça. Il faut la certitude de pouvoir habiter ici. C'est aussi notre crédibilité internationale qui est en jeu", a estimé le maire Luigi Brugnaro. Pour le ministre de l'Environnement, Sergio Costa, les causes du désastre sont "claires" : "c'est la conséquence directe des changements climatiques et de la tropicalisation des phénomènes météorologiques, avec des précipitations violentes et de fortes rafales de vent".

"Venise va être noyée"

Gabi Brueckner, une touriste allemande, se dit "horrifiée". "Avec le changement climatique ça va empirer et à un certain moment, Venise va être noyée".

Les employés du Gritti Palace mettent les meubles à l'abri pendant un épisode d'"acqua alta" (marée haute) d'une ampleur exceptionnelle à Venise, le 12 novembre.
Photo : AFP/VNA/CVN

Le maire a jugé nécessaire de "terminer au plus vite" le méga-projet de digues MOSE (Moïse en italien, acronyme de Module expérimental électromécanique) afin de "protéger tout le bassin" de Venise. M. Conte a estimé qu'il est "prêt à 93%" et qu'il faut le "compléter rapidement", promettant aussi de dédommager les particuliers de dégâts, pour le moment "incalculables". Selon M. Conte, le projet sera "terminé vraisemblablement pour le printemps 2021".

Le projet Moïse, critiqué comme pharaonique, trop coûteux et inefficace par les écologistes, consiste à installer 78 digues flottantes qui devraient se lever pour fermer la lagune en cas de montée de la mer Adriatique jusqu'à 3 m de haut. Démarré en 2003, il a pris du retard à cause de malfaçons et d'enquêtes sur des soupçons de corruption autour d'un chantier qui devait coûter initialement 2 milliards d'euros et dans lequel ont été engloutis 6 à 7 milliards.

Pour Dino Perzolla, un habitant de 62 ans, "ils n'ont rien fait. Ça (Moïse) ne marche pas, ils ont volé 6 milliards d'euros, les politiciens doivent tous aller en prison". Les dégâts se chiffrent en millions d'euros, rien que pour la célèbre Basilique Saint-Marc, joyau byzanrin envahi par un mètre d'eau de mer.

"C'était apocalyptique, assez pour vous donner la chair de poule," a déclaré Marina Vector, alors qu'elle et son mari utilisaient des seaux pour évacuer l'eau de leur magasin de masques vénitiens. Venise est régulièrement touchée par le phénomène des "acque alte", pics de marées prononcés. La cité bâtie sur pilotis et sur une centaine d'îles et ilôts s'est enfoncée d'environ 30 cm en un siècle, sous l'effet aussi du développement du grand port de Marghera, et de l'afflux de bateaux de croisière géants.

AFP/VNA/CVN



 

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