Une voie de développement pour les peintures folkloriques

Avec le désir de faire revivre les peintures folkloriques, le groupe Latoa Indochine a recréé leurs motifs en combinant des techniques de laque et de gravure. Cette méthode rend ces oeuvres plus belles et plus modernes.

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Une adaptation de la peinture Truc Lâm Dai Si xuât son dô (L’empereur-bouddha Trân Nhân Tông descendant la montagne).
Photo : KTDT/CVN

Dans son atelier situé à côté du fleuve Rouge à Hanoï, le peintre Luong Minh Hoa et ses collègues perfectionnent le tableau Cinq tigres. Il s’agit d’une œuvre de la ligne de peinture folklorique de Hàng Trông utilisée dans le culte des Déesses-Mères.

On y voit cinq tigres aux cinq couleurs brillantes (blanc, noir, bleu, rouge et jaune) correspondant aux cinq éléments (métal, eau, bois, feu et terre), avec l’élément terre (tigre jaune) jouant le rôle “central”. Les peintres combinent les techniques de la gravure et de la laque. Grâce à cette méthode, leur nuance devient aussi plus profonde.

Les caractéristiques de la laque sont “peinture” et “broyage”. Après chaque peinture, ils broient plusieurs fois pour obtenir le coloris et l’effet de lumière souhaités. Le tigre central est incrusté d’or, les nuages d’argent.

“Dans les estampes populaires, les artisans doivent utiliser des planches à graver pour imprimer les lignes noires. Si nous n’utilisons que de la laque, nous ne pouvons pas transmettre ce caractère unique. Par la technique de la gravure, les traits du tableau original +Cinq tigres+ sont reproduits presque entièrement”, a éclairé M. Minh Hoà.

Quelque 150 pièces

Grâce à cette méthode, le groupe Latoa Indochine a créé environ 150 pièces des trois plus grandes lignes de peinture folkloriques du Nord : Hàng Trông, Kim Hoàng de Hanoï et Dông Hô de Bac Ninh. Cependant, les artistes ont également changé les couleurs et les formes des estampes.

Les œuvres populaires sont rattachées à la vie spirituelle des Vietnamiens depuis longtemps. Mais la décoration de l’espace de vie a beaucoup évolué au fil des décennies, c’est pourquoi la plupart des villages où cet artisanat s’est développé sont en difficulté. Même à Dông Hô, le plus grand centre de production du Nord, il ne reste que quelques ateliers perpétuant cette profession.

Dans l’atelier du groupe Latoa Indochine.
Photo : TD/CVN

Le chef de Latoa Indochine, Pham Ngoc Long, a partagé : “Quand on arrive au summum de la modernité, on retourne à la tradition. Après une longue période d’attachement aux beaux-arts, moi et mes amis avons pris conscience de la beauté des peintures folkloriques. Nous avons décidé de créer le groupe Latoa Indochine et de tenter de recréer ces dessins traditionnels en laque. Mais avec cette méthode, la palette de couleurs est trop monotone. Nous avons dû chercher d’autres solutions pour rendre les œuvres parfaites. C’est une combinaison de la laque et de la gravure”.

Nouvelles nuances

Latoa Indochine présente 120 de ses laques gravées à l’exposition “Con duong” (La route), qui se tient d’octobre à décembre au Musée de Hanoï. En plus d’œuvres folkloriques, les visiteurs peuvent admirer le Portrait de Nguyên Trai, une adaptation de la peinture Truc Lâm Dai Si xuât son dô (Roi-Bouddha Trân Nhân Tông descendant de la montagne)… L’exposition est très appréciée pour sa créativité.

“Cette exposition s’appelle +Con duong+ car nous voulons suivre le chemin de nos ancêtres, propager notre amour pour les peintures folkloriques aux amateurs et aux collectionneurs”, a expliqué M. Ngoc Long.

Évaluant les œuvres de LaToa Indochine, le chercheur Phan Ngoc Khuê a commenté que “la combinaison des techniques de gravure, d’incrustations d’or et d’argent leur donnent de nouvelles nuances tout en préservant les caractéristiques des estampes de Dông Hô, Hàng Trông et Kim Hoàng. C’est vraiment un moyen très efficace de préserver et de promouvoir les peintures folkloriques”.

“Chaque pièce a son propre design, à partir duquel elle peut être multipliée en grande quantité. Cependant, ces versions ont toujours leurs caractéristiques distinctives grâce à des différences de couleurs et de matériaux. Les artistes créent aussi divers effets de couleur pendant le processus de ponçage. Nous espérons que notre travail pourra fournir une inspiration à d’autres artistes pour le renouveau de l’art traditionnel”, a insisté M. Ngoc Long.

Significations profondes

Les œuvres folkloriques ont toujours des significations profondes. Par exemple, pour l’estampe de Dông Hô Be trai ôm gà (Le garçon étreignant un coq) ou encore Vinh Hoa (La gloire), le coq symbolise cinq vertus : la beauté, la force, le courage, la confiance et l’humanité. Pour cette raison, cette peinture est un symbole de bonheur, de chance et de prospérité. Ou l’image Ly ngu vong nguyêt (La carpe regardant la lune) qui montre le souhait du propriétaire d’une vie heureuse et d’une bonne chance dans sa carrière ainsi que dans ses études. Actuellement, les peintures folkloriques sont moins populaires, aussi leur beauté et leur signification sont-elles de moins en moins connues. Il y a des gens qui sont conscients du risque de les perdre et cherchent à tout prix à les faire revivre.

Thao Nguyên/CVN

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