28/03/2021 09:00
Ayant quitté le Japon pour s’installer au Vietnam, Matsuo Tomoyuki découvre sur place les valeurs du sarrasin de Hà Giang, notamment pour la confection des nouilles Soba.
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Matsuo Tomoyuki et des bols de nouilles Soba confectionnées à partir de graines de sarrasin récoltées sur le plateau de Dông Van, province de Hà Giang (Nord). Photo : TN/CVN
Au physique plutôt grand et costaud, le chef sushi et directeur d’une grande société de communication au Japon, Matsuo Tomoyuki, quitte son pays natal pour se rendre sur le plateau calcaire de Dông Van, dans la province montagnarde de Hà Giang (Nord), afin d’y récolter des graines de sarrasin pour la confection du fameux Soba, plat à base de nouilles. Il possède depuis une chaîne de restaurants, non seulement dans ladite localité mais encore les plus grandes villes du pays à savoir Hô Chi Minh-Ville, Dà Nang et Hanoï.

À la question pourquoi avoir choisi le Vietnam, Matsuo considère le pays comme "idéal" pour les affaires notamment en termes de conditions climatiques. En 2013, accompagné d’un ami japonais, il a parcouru le pays du Nord au Sud. Et c’est à Binh Duong où l’idée d’ouvrir un restaurant de plats japonais a germé dans sa tête.

Des plats japonais à prix cassés

Le projet est alléchant, en effet le restaurant ouvrirait ses portes dans un immeuble avec énormément de va-et-vient et où travaillent environ 3.000 personnes. La seule nécessité serait d’adapter le prix du plat, plutôt onéreux au Japon, à la population vietnamienne. "Il était évident qu’il fallait que l’on utilise des ingrédients vietnamiens afin de réduire nos frais. Alors que je surfais sur Internet, je suis tombé sur des photos de fleurs de sarrasin poussant à Hà Giang. Elles avaient été prises par un certain professeur de l’Université impériale de Hokkaido", se souvient-il. Avant d’ajouter qu’il avait alors cherché à entrer en contact avec lui afin qu’il le renseigne en détail sur cette plante.

En moto sur la route à Hà Giang. Photo : TN/CVN


Fou de joie, il décide alors de s’y rendre afin de découvrir cette plante qui lui permettrait de préparer des bols de Soba authentiques "à la japonaise" mais à un prix décent pour les locaux. À savoir que Matsuo est issu d’une famille originaire de Nagano où la culture des fleurs de sarrasin est l’une des activités principales des habitants.

Sa grand-mère notamment lui a appris à distinguer et différencier toutes sortes de feuilles et fleurs, et leurs impacts sur la qualité des nouilles. "En voyant les fleurs du plateau de Dông Van, je me suis immédiatement rendu compte qu’il s’agissait d’une race authentique et intouchée", affirme-t-il.

Désireux de faire changer la vie des habitants locaux

Fleurs de sarrasin. Photo : CTV/CVN

Avec ces fleurs, le Japonais a ainsi pu préparer des nouilles Soba "dans les règles de l’art" grâce à ces fameuses graines de sarrasin qu’il facture au prix de 29.000 dôngs le bol.

S’étant également rendu dans d’autres localités où poussent du sarrasin, comme les provinces de Cao Bang, Bac Kan et Lào Cai. Il affectionne tout particulièrement celles plantées à Dông Van car le plateau offre un climat parfait pour sa culture. "Mais ce qui m’étonne, c’est que le revenu des agriculteurs locaux reste très bas, environ un million de dôngs par mois. J’ai rencontré les autorités de Hà Giang pour suggérer l’exportation des graines de sarrasin au Japon mais je n’ai jamais reçu de retours positifs", indique-t-il. Il ajoute que compte tenu des standards et normes du Japon, il suffit que les graines vietnamiennes y soient acceptées pour qu’elles soient également exportées d’autres pays du monde.

Afin d’en faire un met populaire, Matsuo est déterminé à ouvrir une chaîne de restaurants de Soba au Vietnam et à enseigner aux habitants comment confectionner ce plat de manière simplifiée. La chaîne connaît depuis un véritable succès dans toutes les grandes villes du pays.

Plats à base de nouilles Soba confectionnées à partir de graines de sarrasin récoltées sur le plateau de Dông Van, province de Hà Giang.
Photo : CTV/CVN

Et pourtant, deux ans après l’ouverture de la chaîne, il décide d’arrêter. "Mon vrai but c’est d’aider les habitants des localités où est cultivée cette plante et de changer la manière dont le milieu agricole fait des affaires. J’ai arrêté d’exercer dans les restaurants pour me concentrer sur l’exportation des graines à l’étranger", fait-il savoir. Le Japon importe chaque année 90.000 tonnes de graines de sarrasin brutes de la Chine. Je souhaite la même chose pour le Vietnam, surtout que ses graines de sarrasin sont de haute qualité", confie-t-il.

Grande estime pour les produits locaux

"J’ai parcouru le Vietnam et trouvé que le pays recelait d’une variété de produits agricoles précieux et rares. La province de Hà Giang possède des épices comme le +mac khen+ (le poivre des cimes), le badianier de Chine ou encore de nombreux fruits de légumes de saison. Sans parler des autres localités", ajoute-t-il.

Devenu président de l’Association de la gastronomie Japon - Vietnam, Matsuo croit dur comme fer que les produits agricoles originaux du Vietnam méritent d’être présentés non seulement dans l’ensemble du pays mais aussi et surtout, dans le monde.

La fondation de cette association, selon lui, a pour but de notamment réunir des cuisiniers japonais et vietnamiens compétents, et de promouvoir la valeur des ingrédients et produits des deux pays. Il entend, par exemple, inviter une cheffe cuisinière dans le top cinq des meilleurs chefs du Japon à diriger la préparation de plats japonais à partir d’ingrédients exclusivement vietnamiens pour divers événements.

Dans un avenir proche, Matsuo Tomoyuki envisage l’exportation d’autres produits du pays.
 
Mai Quynh/CVN
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