01/12/2020 14:56
Hervé Le Tellier a remporté lundi 30 novembre le Goncourt : son roman L'Anomalie ne pouvait mieux tomber dans une ère troublée par le COVID-19, qui a privé les jurés de leur traditionnelle annonce au restaurant Drouant à Paris.
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Hervé Le Tellier pose le 30 novembre à Paris après avoir reçu le Goncourt pour +L'Anomalie+.
Photo : AFP/VNA/CVN

Cette récompense a été décernée par visioconférence, chaque juré étant resté chez lui. Pas de délibérations à table, donc, et pas de bousculade avec les journalistes à l'arrivée du lauréat. Et le Goncourt, tout un symbole, a donc été attribué 48 heures après la réouverture des librairies.

Pour les journalistes littéraires interrogés par le mensuel spécialisé Livres Hebdo, dont celui de l'AFP, Hervé Le Tellier tenait la corde pour le Goncourt. C'est la consécration pour ce mathématicien de formation de 63 ans, ancien journaliste, président de l'association de l'Oulipo (ouvroir de littérature potentielle).

Outre d'être publié chez Gallimard, ce livre, bâti comme un savant jeu de construction et au suspense haletant, a pour lui d'avoir déjà convaincu un large public.

"L'Anomalie", huitième roman de son auteur, raconte les suites d'un événement apparemment inexplicable, à savoir qu'un vol Paris-New York se reproduit deux fois, avec les mêmes passagers, à quelques mois d'intervalle. Un récit qui convoque avec brio tous les genres, science-fiction, roman noir, récit littéraire classique, procès-verbaux d'interrogatoire, etc. 

Adapté à l'écran?

Didier Decoin, le président du jury, a dit souhaiter que ce roman connaisse une autre vie sous forme de série ou sur grand écran. "C'est vrai qu'il y a une vraie dimension cinématographique. Il y a une arche narrative, comme on dit dans le vocabulaire de la série. Ça ne me déplairait pas de voir ce livre incarné sur l'écran", a admis Hervé Le Tellier, réagissant par visioconférence.

Marie-Hélène Lafon, pour "Histoire du fils", a elle remporté le prix Renaudot, récompense littéraire traditionnellement remise le même jour que le Goncourt.

Confinement ou pas, ce qui ne change pas, c'est que les prix littéraires restent soupçonnés de partialité. Samedi 28 novembre, le New York Times dénonçait dans une enquête le jeu trouble des jurys littéraires français, où selon le quotidien, la qualité littéraire passe après des conflits d'intérêt flagrants et des intrigues difficilement lisibles pour le grand public. Le Goncourt est moins directement visé que le Renaudot.

"J'ai conscience qu'il y a des enjeux éthiques qui sont à l'oeuvre derrière tout ça. La position est périlleuse. Nous sommes des équilibristes", a dit la lauréate du Renaudot, lors d'un entretien avec Livres Hebdo.

Ces deux prix, remis par des jurys bénévoles, ne rapportent rien ou presque à un écrivain : 10 euros pour le premier, 0 euro pour le second. Mais ils constituent des enjeux économiques cruciaux pour les auteurs et éditeurs, car des dizaines voire des centaines de milliers de lecteurs font confiance à ces labels.

"Le chèque de 10 euros, je pense pas l'encaisser (...) Soit on l'encadre, soit on l'encaisse. Je pense que je vais l'encadrer", a dit le lauréat du Goncourt. "Je ne sais pas ce que ça va changer, je sais seulement que le tirage va être très supérieur à ce qu'il était jusqu'à présent".

AFP/VNA/CVN

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