12/12/2020 08:56
Le Vietnam connaît actuellement un manque de médecins du sport, très importants pour le processus d’entraînement, de récupération, de progression et d’évaluation des sportifs.
>>La santé des athlètes est leur priorité

L’écart entre le nombre de médecins du sport et celui des sportifs au Vietnam est de plus en plus grand.
Photo : NLD/CVN

Ce n’est pas bien difficile d’apercevoir la disproportion qu’il y a entre le nombre de médecins du sport et celui d’autres spécialistes travaillant dans le sport professionnel. Concrètement, le sous-Comité de la santé du Département général de la gymnastique et des sports compte une quarantaine d’employés travaillant directement avec les équipes professionnelles, se chargeant ainsi d’une dizaine de sportifs de haut niveau de chaque ville et province dans une quarantaine de disciplines.

Des médecins sur les rotules

Lors de la 30e édition des Jeux d’Asie du Sud-Est tenue en 2019, la délégation vietnamienne comptait 650 sportifs en compétition dans 43 disciplines, l’ensemble accompagné de seulement 10 médecins et 11 spécialistes en physiothérapie.

Si le budget ne l’avait pas permis, on aurait très certainement diminué ce contingent médical.

Chaque jour, le personnel médical devait suivre attentivement le processus d’entraînement et s’informer de la santé et des blessures des sportifs afin de leur donner des conseils détaillés sur leur régime alimentaire et nutritif. Il était également chargé de masser les différentes parties du corps des sportifs avant et après l’entraînement, de les accompagner pendant les tests anti-dopage à chaque fois qu’ils décrochaient des médailles, et de les sensibiliser à l’utilisation des appareils de physiothérapie. En moyenne, chaque médecin devait s’occuper de l’état de santé de quatre groupes de sportifs et certainement se demander s’il n’était pas le vrai champion de l’endurance dans l’équipe nationale…

Dans les pays où le sport est suffisamment développé et financé, chaque équipe possède un contingent de médecins permettant d’assurer à la structure un fonctionnement continu. Pour les plus grandes institutions, ce contingent se compose obligatoirement de préparateurs physiques, de médecins du sport, de chirurgiens, de techniciens ou de soignants, de nutritionnistes et même de psychologues…

Il est évident qu’aucune équipe au Vietnam n’est capable d’embaucher ou de trouver autant de compétences. En réalité, chaque équipe vietnamienne dispose normalement d’un médecin collaborateur, désigné aussi comme assistant d’en-traînement. Ayant plusieurs casquettes, il doit donc assumer un volume important de travail.

Nguyên Ngoc Anh Tuân est actuellement médecin du Club de basketball Hanoi Buffaloes. "Ma mission quotidienne est de suivre chaque pas des basketteurs du club. Si un individu est blessé, je dois faire un diagnostic et prescrire le traitement adéquat. Si la blessure n’est pas grave, on va la traiter sur place, sinon, il faut amener le sportif chez un médecin spécialiste. Les médecins d’une équipe sportive font figure de passerelle entre les sportifs et l’hôpital", partage-t-il.

Une rémunération décourageante

Le médecin du sport Nguyên Ngoc Anh Tuân prend soin de la force physique des basketteurs de Hanoi Buffaloes.
Photo : CTV/CVN

Anh Tuân a commencé ce métier difficile, comme beaucoup d’autres médecins du sport, avec un salaire insuffisant. Au début, "on pensait que je n’étais pas médecin mais un employé de santé qui devrait assister à tous les matchs, et que s’il y avait un problème, ce seraient aux médecins d’un hôpital de s’en charger", témoigne-t-il.

Une fois le club bien lancé, on s’est aperçu que son travail était important à l’équipe et qu’il impliquait en réalité de grandes responsabilités. Anh Tuân a alors vu son salaire multiplié par trois.

Selon Nguyên Trong Hiên, chef du Bureau de médecine du sport du Centre national d’entraînement sportif de Hanoï, "les médecins des clubs sportifs prennent en charge un volume de travail très lourd, mais leur rémunération reste basse. C’est le cas de presque tous, sauf les médecins des clubs de football qui ont accès, eux, à un bon revenu car leurs équipes bénéficient souvent de récompenses financières plus importantes après de bonnes performances. En fait, les médecins des clubs ou des équipes qui gagnent peu de prix ou d’argent ne sont pas bien rémunérés".

Or, il faut entre 12 et 13 ans à un individu pour compléter sa formation en médecin du sport professionnel. Ceux qui sortent donc diplômés en médecine préfèrent plutôt rejoindre les grands hôpitaux, car cela leur permet un emploi stable et un bien meilleur revenu que dans la médecine du sport.

Le fait de fonder un contingent de médecins du sport compétents et expérimentés qui peuvent rester longtemps avec une équipe est donc loin d’être facile au Vietnam. En outre, l’écart entre le nombre de médecins du sport et celui des sportifs est de plus en plus grand.

Rehausser le niveau dans tous les domaines

En 2016, le sélectionneur de l’équipe nationale de football a demandé d’embaucher de nouveaux spécialistes de santé pour les joueurs car il n’était pas content de la qualité de ceux à sa disposition. Le tacticien de l’époque est convaincu que les erreurs de diagnostic et les traitements inadaptés pour les deux footballeurs Tuân Anh et Hoàng Thinh ont causé la défaite de son équipe.
D’après Nguyên Trong Hiên, l’ancien médecin de l’équipe n’avait jamais fait du sport et de la gymnastique et ne pouvait pas être à la hauteur pour aider les joueurs à se rétablir. Cela a, en outre, montré le manque de professionnalisme et de compétence du contingent de médecins du sport au Vietnam.

La situation des infrastructures présente aussi une carence dans le milieu de la médecine du sport depuis des années. La Fédération internationale de football association (FIFA) avait tenté il y a dix ans d’offrir à la Fédération de football du Vietnam des équipements médicaux développés, comme une machine d’imagerie par résonance magnétique ou des appareils d’échographie entre autres, mais à la seule condition que le pays dispose d’un centre de médecine du sport capable de recevoir et d’utiliser ces donations. Malheureusement, le Vietnam n’en avait pas.

Il existe aussi un paradoxe. Alors que le pays dispose d’établissements spécialisés dans la médecine du sport, ils restent assez peu utilisés par les sportifs professionnels. Plus précisément, alors qu’il existe un hôpital du sport à Hanoï, le niveau de ses médecins n’est pas encore apprécié et les sportifs préfèrent s’orienter vers les grands hôpitaux.

En réalité, tout le concept de "médecine du sport" est encore nouveau et n’est pas bien compris au Vietnam. On pense par exemple à la physiothérapie et l’ergothérapie, encore trop peu envisagées par les sportifs. Or, cette incompréhension qui s’accompagne de peu de moyens s’avère être un obstacle à l’amélioration et au développement du niveau des professionnels. Certains sportifs décident donc de se faire opérer dans des établissements à l’étranger où la médecine du sport est connue pour ses progrès remarquables.

Il faudra beaucoup de temps pour changer la mentalité des sportifs et de la société sur les médecins du sport. De plus, mieux former ces derniers pour leur faire acquérir de nouvelles compétences adaptées au sport au Vietnam et attirer de nouveaux médecins sont des points essentiels à réaliser, selon le médecin Nguyên Trong Hiên.
Mai Quynh/CVN
 
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