Proverbes japonais

L’homme de cultures Huu Ngoc nous présente des proverbes du Japon qui sont la poésie de la morale du peuple. Ils donnent plus de sel à la banalité quotidienne, d’après le chercheur japonais Otoo Hudi, spécialisé dans l’étude des proverbes de son pays.

Le peuple vietnamien reste essentiellement un peuple de paysans, plus de 70% de la population habitant à la campagne. Le langage populaire était émaillé de proverbes. Cependant, au cours des dernières décennies d’industrialisation et d’urbanisation galopantes, ce phénomène s’estompe de plus en plus. Pourquoi cela ? Le chercheur japonais Otoo Hudi, spécialisé dans l’étude des proverbes de son pays pourrait peut être nous donner une réponse. D’après lui, le proverbe est la poésie de la morale du peuple, il donne plus de sel à la banalité quotidienne. C’est pourquoi il ne peut naître et prospérer que dans les périodes dont le frisson poétique exprime des sentiments et des idées plus collectifs qu’individualistes. La vie moderne produit moins de proverbes que d’adages critiques, de maximes, de préceptes et d’aphorismes.

La période Yedo, âge d’or du proverbe

La période sentimentaliste faite de rêve et de poésie, telle que celle de Heian (VIIIe –XIIe siècle) n’est pas plus favorable au proverbe.

On pourrait classer les proverbes japonais selon les périodes historiques. La période Kamakura n’est pas aussi favorable à l’éclosion des proverbes que les XIVe-XVe et XVIe siècles avec la maturité culturelle de plusieurs couches de la population, le bouddhisme avec des pensées sur l’évanescence de la vie humaine, les conteurs publics parsèment leurs récits de proverbes, les sketches Kyoger qu’inventent des préceptes confucéens et bouddhiques, sous forme proverbiale.

La période Yedo (XVIIe-milieu du XIXe siècles) est l’âge d’or du proverbe. La classe commerçante en ville devient un puissant ferment culturel. Le proverbes se libère de son contenu didactique et moral, il est plus critique, plus divers, plus humoristique. En voici quelques échantillons :

- L’épouse et la marmite sont dans leur meilleur état quand elles ne sont pas encore en usage.

- L’épouse et la natte sont bonnes quand elles sont neuves.

- Payez un méfait avec un bienfait.

- À ta mort, j’arracherai tes yeux de l’orbite.

L’influence paysanne diminue alors qu’augmente l’impact du bushido et du confucianisme.

Le samouraï et l’or ne se rouillent pas dans le repos. Photo : CTV/CVN

- Attache bien la jugulaire de ton casque après avoir terrassé ton adversaire (se garder de l’orgueil).

- Une fois sorti de la maison, il faut se préparer à faire face à sept adversaires.

- Le samouraï et l’or ne se rouillent pas dans le repos.

- Une épée ébréchée est bonne pour attiser le tissu (un guerrier sans valeur).

Influence du bouddhisme et de son clergé :

- Visage rose de la santé à l’aube, un anneau d’os blanc au crépuscule.

- Puissions-nous nous asseoir sur le lotus de Bouddha (vœu des amoureux souhaitant le bonheur du paradis).

- Une fois au pays de la mort, il n’y a plus de roi et de seigneurs.

- S’unir pour se séparer, telle est la loi de la nature.

Les proverbes bouddhiques d’origine citadine sont plus réalistes et plus critiques :

- Il a dessiné bouddha mais a oublié de lui donner des yeux (allusion à une personne négligente).

- Le sommeil est le paradis (allusion à la vie pénible des classes laborieuses).

- L’or qu’on offre en sacrifice à Amitabha rend sa statue plus brillante (puissance de l’argent).

Des éléments de la nature

En général, beaucoup de proverbes font usage des éléments de la nature :

-Quand il y a lune, il y a nuages. Quand il y a des fleurs, il y a des vents (tout est interdépendant).

- Le parfum léger des fleurs doit venir de loin (les sentiments se banalisent quand on vit toujours ensemble).

- La fleur est belle, mais la branche est trop haute.

- Bien regarder la fleur avant de la cueillir.

- Les belles fleurs de cerisier s’épanouissent dans la forêt profonde.

- Des fleurs aux deux mains (la chance).

- Tout ce qu’on ne voit pas est fleur.

- Une fleur qui s’ouvre sur une branche morte.

- La branche de saule pleureur ne se brise pas quand tombe la neige (se dit d’une personne a priori faible mais en fait résistante).

- Le lotus fleurit au-dessus de la vase (âme pure).

Il y a des proverbes qui rendent hommage à la poésie et ses adeptes :

- La poésie donne la douceur aux relations entre hommes et femmes.

- La poésie remue ciel et terre

- La pauvreté fait des voleurs, l’amour des poètes.

Le réalisme a aussi sa part :

- Labourer la rizière paie plus que versifier.

- L’amour et la femme animent beaucoup de proverbes :

- Quand il (elle) dit : «Je te hais», c’est qu’il (elle) veut dire : «Je t’aime».

- La haine est l’âme de l’amour.

- Le cœur de l’homme change comme le ciel d’automne, le cœur de la femme change comme le temps du quatrième mois lunaire.

Sous l’influence du confucianisme, la femme est très mal considérée.

- La femme est comme l’éventail en automne (délaissée).

- La pensée de la femme ne va pas plus loin que le bout de son nez.

- Avec les cheveux de la femme, on peut attacher un éléphant (obstinée).

- Sans être née aristocrate, la femme peut siéger dans un palanquin fleuri (mariage avec un noble).

- Regardez une femme la nuit, ou de loin, ou sous son ombrelle (illusion de la beauté)

Parlant des enfants, les proverbes disent :

Quand on a soi-même des enfants, on comprend ce qu’on doit à ses parents.
Photo : CTV/CVN

- Quand on a soi-même des enfants, on comprend ce qu’on doit à ses parents.

- Aveugle à cause de ses enfants (trop les choyer).

Il ne manque pas de proverbes expressifs marqués par l’humour :

- Éprouver des douleurs d’une femme en couche.

- On suspend la tête d’un mouton devant le restaurant pour vendre la viande de chien.

- Quand un fou court, des personnes saines d’esprit lui emboîtent le pas.

- On invite le médecin une fois le malade enterré.

Beaucoup de bons sens :

- Les ouragans passent, la montagne demeure.

- N’échange pas les voisins contre les frères et sœurs au loin.

- Dans la vie, on perd sept fois, on gagne sept fois.

- La cigale crie tout le temps, la luciole torturée par le jeu souffre en silence (allusion à la femme mal aînée).

- Faire des prières bouddhiques près de l’oreille d’un cheval (on perd du temps à discuter avec un sot).

- Plus on est pressé, plus on doit suivre des détours.

- On ne vit qu’une fois, mais sa réputation vit toujours.

- Les pauvres dorment d’un sommeil de plomb.

- Il n’y a pas de remède contre la sottise.

- Planter un clou dans le son.

- Donner de l’or au chat.

Dans l’ère Meiji, des proverbes occidentaux s’infiltrent au Japon et deviennent japonais. Le temps de l’acculturation.

Huu Ngoc/CVN