Oncle Long, le chevalier mécano de la mégapole du Sud

À l’est de Hô Chi Minh-Ville, Dô Thành Long, sexagénaire au cœur d’or, sillonne les routes avec son atelier mobile. Depuis vingt ans, ce bienfaiteur répare gratuitement les véhicules des usagers en détresse, offrant un secours vital aux étudiants précaires et autres naufragés du bitume.

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Photo : TT/CVN

“Plus d’essence ? Je t’en donne. Un pneu crevé ? Je m’en occupe. C’est gratuit, ne sors pas ton porte-monnaie”. C’est par ces mots, d’une simplicité désarmante, que Dô Thành Long aborde les usagés en détresse.

Depuis près de deux décennies, ce sexagénaire au cœur d’or sillonne les artères vitales de l’est de Hô Chi Minh-Ville sur sa vieille monture, métamorphosée en un véritable atelier de mécanique solidaire à “zéro dông”.

Dans le flux incessant de l’autoroute Hanoï, sa silhouette au teint hâlé est devenue un point de repère familier. Sur sa motocyclette, il transporte un inventaire hétéroclite mais indispensable : pompes, chambres à air neuves, outils et bidons d’essence. Né en 1970, celui que tous appellent affectueusement “l’Oncle Long du 9e arrondissement ” incarne désormais une véritable institution de bienveillance, un repère de fraternité dans le tumulte urbain.

Phan Quang My, taxi-moto dans la zone de la Cité universitaire, témoigne avec admiration : “Des abords de l’Université nationale jusqu’aux ponts Sài Gon et Dông Nai, la renommée de M. Long n’est plus à faire. Il possède la trempe des anciens chevaliers : face à la détresse, il ne détourne jamais le regard”.

Pour M. Long, cet engagement n’est pas un simple passe-temps, mais le prolongement d’une philosophie de vie ancrée depuis ses 17 ans. Si l’altruisme a toujours guidé ses pas, son sacerdoce a pris un tournant décisif au lendemain de la pandémie de COVID-19. Face au ralentissement de ses activités, il a choisi de consacrer son existence à la collectivité. Sa présence sur les réseaux sociaux, sous le pseudonyme de “Long quân 9” (Long du 9e arrondissement), répond à un seul impératif de transparence : permettre à chacun de solliciter son aide sans hésitation.

Son quotidien est réglé comme du papier à musique : le service débute dès 08h00 du matin pour ne s’achever qu’aux douze coups de minuit. On le croise à l’aube aux carrefours stratégiques comme celui de Thu Duc, avant qu’il ne rejoigne, la Cité universitaire entre 11h00 et 13h30, pour veiller sur les étudiants. À la nuit tombée, sa silhouette se dessine sur les voies rapides, telle l’autoroute My Phuoc - Tân Van, toujours prêt à intervenir là où le sort frappe.

Pour les milliers de jeunes venus des provinces lointaines pour étudier à la métropole, M. Long est une figure tutélaire, presque un oncle de famille. Il sait que pour un étudiant aux ressources limitées, une panne mécanique peut vite virer au cauchemar financier.

“D’ordinaire, nous nous contentons de rapiécer nos pneus car les remplacer est un luxe hors de portée”, confie Nguyên Thi Anh, étudiante de première année. “Mais l’Oncle Long est arrivé, il a installé une chambre à air neuve sans rien demander en retour. Au-delà de l’économie réalisée, c’est cette chaleur humaine entre inconnus qui nous bouleverse”.

Pendant la mousson, son sens du service ne connaît aucune limite. Il distribue des imperméables aux écoliers et étudiants surpris par les averses torrentielles.

“Je les considère comme mes propres enfants”, confie-t-il avec une tendresse paternelle.

Une vie dévouée à l’humain

M. Long offre de l’essence aux motards contraints de pousser leur véhicule après une panne sèche nocturne.
Photo : TT/CVN

Le champ d’action de M. Long dépasse largement la mécanique. À plusieurs reprises, il s’est transformé en secouriste lors de situations critiques. Il se remémore ce jour sur le pont Rach Chiêc où il a assisté un homme victime d’un accident vasculaire cérébral, restant à ses côtés jusqu’à l’arrivée des secours. Qu’il s’agisse de panser les plaies d’un livreur accidenté ou de veiller sur des défunts anonymes, M. Long répond présent dès que le destin les places sur son chemin.

Aujourd’hui, son atelier à “zéro dông” a gagné en stabilité grâce au soutien de généreux donateurs, qui lui fournissent désormais chambres à air, bougies et autres composants essentiels. “Ce qu’il fait est gratuit et va bien au-delà de l’imaginable. C’est un homme exceptionnel”, souligne Phan Quang My.

Interrogé sur ses projets d’avenir, ce sexagénaire au sourire serein conclut : “Je continuerai tant que mes forces me le permettront. Même si je devais rester chez moi, je trouverais toujours un moyen d’aider. C’est devenu ma raison de vivre, ma seconde nature”.

Qu’il s’agisse de dépanner une moto, une voiture, ou de secourir un blessé au milieu de la nuit, la silhouette de l’Oncle Long demeure ce phare d’espoir aux portes de l’est de Hô Chi Minh-Ville. Une présence rassurante qui prouve que face à l’indifférence urbaine, la solidarité pure n’a pas de prix.

Aujourd’hui, sa “clinique à zéro dông” bénéficie du soutien de donateurs anonymes qui lui fournissent des pièces de rechange, permettant à son action de perdurer. Lorsqu’on l’interroge sur sa retraite, ce sexagénaire infatigable esquisse un sourire : “Je continuerai jusqu’à ce que mes forces me trahissent. Aider mon prochain n’est plus seulement une activité, c’est devenu mon oxygène, ma raison de me lever chaque matin”.

Huong Linh/CVN

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