Le bananier vietnamien

Le bananier constitue avec le riz et le bambou trois compagnons fidèles du Vietnamien dans sa vie quotidienne. La banane, avec la noix d’arec, fait figure de fruit sacré.

>>Lâm Dông exporte des bananes Laba vers le Japon

>>Les bananes vietnamiennes de plus en plus appréciées dans le monde

La culture des bananiers contribue à réduire la pauvreté dans les régions rurales du pays.
Photo: VNA/CVN

Quand j’étais élève, chaque fois que je me rendais à un centre d’examen pour passer une épreuve, je faisais attention pour ne pas glisser sur une peau de banane. Une telle chute était considérée comme de mauvais augure. La locution "Truot vo chuôi" (glisser sur une peau de banane) signifie "échouer à l’examen".

Il y a quelques mois, j’ai passé une semaine à San José (Californie), chez mon ami d’enfance Tung qui venait d’émigrer aux États-Unis pour vivre avec ses enfants, des "boat people". La famille se plaignait de ne pouvoir offrir des bananes comme fruits de culte sur l’autel des ancêtres.

Dieu sait qu’il ne manque guère de bananes en Californie. Mais on ne trouve sur le marché que des bananes chuôi tiêu de forme allongée qui, pour les Tung comme pour tous les gens du Sud Vietnam, ne peuvent figurer sur l’autel. D’aucuns expliquent cet interdit par un vieux conte bouddhique. D’autres, sans doute des mal-pensants, donnent une explication plutôt fantaisiste: les odalisques du harem royal auraient employé les chuôi tiêu à un usage érotique très peu sacré.

De nombreuses variétés de bananes

En tout cas, les gens du Nord Vietnam considèrent toutes les variétés de bananes comme fruits cultuels. Les chuôi tiêu verts sont même très recherchés à l’occasion du Têt pour le plateau des cinq fruits rituels qu’on place sur l’autel des ancêtres.

Plante tropicale de la taille d’un arbre, le bananier aime la chaleur et l’humidité.
Photo: VNA/CVN

Après avoir quitté la Californie, je devais découvrir aux îles Hawaii l’existence de nombreuses variétés de bananes chuôi Tây (littéralement: bananes occidentales). Selon les botanistes, le pays d’origine du bananier serait l’Inde. Certains pensent que ce serait plutôt le Sud-Est asiatique. Très grande herbe vivace, le bananier pousse dans les régions tropicales et équatoriales. Sa vraie tige est souterraine. Une inflorescence portée par une tige florale s’allonge au centre du faux tronc formé par les gaines des feuilles pour sortir au centre du bouquet foliaire. Les premiers groupes de fleurs, qui donneront les fruits, apparaissent à la base. Les groupes de fleurs mâles apparaissent ensuite au sommet. Au Vietnam, on distingue les variétés de bananes suivantes:

Groupe des chuôi tiêu (au Nord) et chuôi gia (au Sud). Les fruits sont peu caloriques mais parfumés et très digestibles (chuôi tiêu = litt. bananes digestibles).

Groupe des chuôi Tây au Nord et au Sud. Les fruits sont gros, courts, farineux.

Groupe des chuôi ngu (litt. bananes royales, parce qu’elles étaient offertes comme tribut au roi) au Nord, surtout à Nam Dinh, et chuôi cau au Centre et Sud du Vietnam. Les fruits petits ont une peau mince comme le papier, une saveur et un parfum agréables.

Groupe des bananes à graines. Ces bananiers sont peu plantés (nourriture pour animaux domestiques).

Produits et sous-produits du bananier

Le bananier est utile à divers titres. Le fruit est consommé frais ou séché. La production annuelle s’élève ces dernières années à plus d’un million de tonnes au Vietnam. Les chuôi tiêu sont les meilleurs quand leur peau tachetée de noir évoque la coquille des œufs de poule d’eau (chuôi trung cuôc = banane à peau d’œuf de poule d’eau). Quand on manque de riz, on peut employer la banane verte comme adjuvant. La banane verte entre dans la composition des plats d’escargot, d’anguille, de grenouille. Elle sert aussi comme salade, tout comme le stipe et la grappe de fleurs. Les feuilles servent à envelopper les pâtés et différents gâteaux de riz. Le rhizome riche en fécule compose des potages et amalgame le riz en temps de disette. Tronc et rhizome servent encore à nourrir les animaux domestiques (porc et volaille).

Mentionnons pour terminer quelques locutions relatives à la banane et au bananier. Chuôi sau cau truoc (se prête à deux interprétations: Bananiers derrière, aréquiers devant (allusion à une maison paysanne aisée); Bananes derrière, noix d’aréquier devant: pour le choix des meilleurs fruits dans une main de bananes et dans un régime de noix d’arec. Ngot nhu chuôi chùa (doux, sucré comme les bananes offertes aux pagodes pour le culte). Mêm nhu chuôi (souple comme le bananier). Ngay nhu chuôi (droit, raide comme un tronc de bananier). Trông cây chuôi (se tenir debout sur les mains, les pieds en l’air). Ðóng bè chuôi trôi sông (fabriquer un radeau avec des troncs de bananier et le laisser aller au fil de l’eau. On y attachait la femme adultère).

Huu Ngoc/CVN
(Juin 1997)

back to top