La Montgolfière d’or remise au film Tro tàn ruc ro

Le film Tro tàn ruc ro (Cendres glorieuses) a remporté le prix Montgolfière d’or au Festival des trois continents 2022. La combinaison du langage cinématographique de Bùi Thac Chuyên et de la qualité d’écriture de Nguyên Ngoc Tu a abouti à la création d’un chef-d’œuvre.

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Affiche du film Tro tàn ruc ro.
Photo : CTV/CVN

"Nous avons accordé le prix aux Cendres glorieuses pour la poésie de ce monde tout à la fois miroitant et ensorcelé que le film nous offre et également pour le regard empreint d’amour et d’une grande malice porté sur ces trois héroïnes", a déclaré le Jury du Festival des trois continents 2022, tenu fin novembre dans la ville de Nantes, en France.

Tro tàn ruc ro marque le retour au cinéma du réalisateur Bùi Thac Chuyên, dix ans après la sortie du film d’horreur Loi nguyên huyêt ngai (La malédiction du sang d’absinthe) en 2012. Il est adapté des nouvelles Tro tàn ruc ro et Cui muc trôi vê (Bois flotté pourri) de l’écrivaine Nguyên Ngoc Tu.

Cette histoire se déroule dans le village de pêcheurs de Thom Rom, au bord de la rivière de Cà Mau. D’une durée de 116 minutes, elle raconte des histoires d’amour de trois femmes pour les hommes avec qui elles ont choisi de passer leur vie. Tro tàn ruc ro voit la participation des artistes Phuong Anh Dào (dans le rôle de Nhàn), Lê Công Hoàng (Duong), Bao Ngoc Doling (Hâu), Quang Tuân (Tam), Hanh Thuy (Loan)...

Le film s’ouvre sur la confession de Hâu. Elle déplore que son mari Duong l’évite même si elle vient d’accoucher. Il est amoureux de Nhàn qui a déjà épousé Tam.

Le feu, image principale du film prend un sens particulier dans la scène où Hâu regarde le feu qui brûle dans la maison de Nhàn en disant : "Je souhaite juste que ton amour pour Nhàn brûle dans cet incendie". Sa phrase révèle la tragédie qui lie les trois personnages. La troisième femme est la "folle" Loan qui vit avec le traumatisme d’avoir été violée à l’âge de 12 ans. Mais un jour, elle rencontre son violeur et tombe amoureuse de lui.

Le film marque le premier rôle principal de Bao Ngoc Doling, fille d’un couple anglo-vietnamien. Elle a été choisie par Bùi Thac Chuyên à l’âge de 13 ans, puis a attendu 5 ans avant le tournage. Faisant ses études universitaires an Australie, Bao Ngoc a dû rester un mois dans la province de Cà Mau pour s’habituer à la vie du Sud-Ouest. La productrice Trân Thi Bich Ngoc a souligné que les tournages indépendants prennent souvent quelques années. Parfois, les acteurs sélectionnés sont trop vieux lorsque le tournage commence. "Pour ce film nous avons eu la chance que tout s’organise bien", raconte-t-elle.

Préparation minutieuse

Pour bien jouer le personnage de Nhàn, Phuong Anh Dào a dû aller au soleil et apprendre les travaux ménagers comme une vraie femme rurale. Elle s’est habillée en noir et a rendu ses dents moins blanches. "Mon visage convient plutôt à un personnage acerbe et dur, tandis que Nhàn est douce et rustique. Mais j’ai décidé de jouer ce rôle parce que Cà Mau est ma ville natale et que j’aime le scénario du film".

De son côté, Quang Tuân, qui a remporté deux fois le Cerf-volant d’or, a dû apprendre à fabriquer du charbon à Cà Mau.

Phuong Anh Dào (gauche) et Bao Ngoc Doling dans une scène tournée dans le delta du Mékong.
Photo : CTV/CVN

Selon le réalisateur Bùi Thac Chuyên, il lui a fallu deux ans pour finir le scénario plus cinq autres années de préparation du tournage. Il s’est rendu plusieurs fois à Cà Mau pour en savoir plus sur la vie des autochtones et trouver l’inspiration. Il a erré dans de nombreux villages de métier, a habité chez des locaux, a mangé avec eux et il est même allé pêcher avec eux. Après plusieurs jours en immersion, il a trouvé l’idée de son scénario.

Thac Chuyên a partagé qu’il aimait beaucoup les nouvelles de Ngoc Tu, écrivaine originaire de Cà Mau. Dans ses histoires, il y a des femmes avec un amour très spécial, un sentiment qui ne peut pas être arrêté. Il pense que l’amour est un sujet qui ne vieillit jamais, surtout celui des femmes.

Au départ, le réalisateur avait prévu d’adapter seulement Tro tàn ruc ro avec l’histoire de Hâu et Nhàn. Plus tard, il a continué à exploiter Cui muc trôi vê tournant autour de la vie de “folle” de Loan.

Avant de remporter le premier prix du 44e Festival des trois continents, le film Tro tàn ruc ro a dépassé près de 1.700 œuvres dans le monde pour devenir l’un des 15 films en compétition dans la catégorie “Film officiel“ du Festival de Tokyo 2022, au Japon. Ce fut aussi le premier film vietnamien à être choisi dans sa catégorie principale. Il est diffusé au Vietnam depuis le 2 décembre.

Festival des trois continents

Le Festival des trois continents, événement cinématographique annuel organisé dans la ville de Nantes (Ouest de la France), honore des œuvres cinématographiques d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine. La 44e édition s’est achevée le 27 novembre à Nantes et en Loire-Atlantique après 10 jours de projections, de rencontres, de soirées, 240 séances, 90 films et 32 pays représentés.

Créé en 1979 par deux frères, Philippe et Alain Jalladeau, le festival a pour objectif de faire découvrir au public français des œuvres cinématographiques d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine. C’est une compétition familière pour des générations de réalisateurs vietnamiens. Au cours de ces 43 dernières années, 35 films vietnamiens ont, en effet, été présentés à ce festival, la plupart dans la catégorie hors compétition, Regards pluriels...

En 1992 en particulier, dans le cadre du programme "Rétrospective du cinéma vietnamien", 11 films vietnamiens produits entre 1962 et 1992 ont été présentés au public : Con chim vành khuyên (Le zostérops), Chi Tu Hâu (La jeune femme de Bai-Sao), Canh dông bât tân (Champs ouverts), Chi Dâu (Lumière éteinte), Thi xa trong tâm tay (Une ville à portée de main), Truyên cô tich cho tuôi 17 (Contes de fées pour l’âge de 17 ans), Karma, Kiêp phù du (Vie éphémère), Canh bac (Pari), Dâu ân cua quy (Marque démoniaque)...

Certains films vietnamiens y ont même remporté des prix comme Thuong nho dông quê (Nostalgie de la campagne) de Dang Nhât Minh (1996, prix du Public), Cha và con và… (Histoires du Mékong) de Phan Dang Di (2015, prix du Jury jeune), Dâp canh giua không trung (Au milieu de nulle part) de Nguyên Hoàng Diêp (2014, Mention spéciale du jury), ou encore, Ai xuôi van ly (Le long voyage) de Lê Hoàng (1998, prix Montgolfière d’argent).

Thao Nguyên/CVN

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