21/06/2020 12:45
En évoquant la coutume des Vietnamiennes de se noircir les dents, il est difficile d’oublier les images familières des vieilles femmes aux dents noires et brillantes. Bien que cette coutume ne soit plus pratiquée, son âme vit toujours et demeure un souvenir inoubliable.
>>Le laquage des dents

De nos jours, les dents noires ne sont plus l’apanage que des femmes octogénaires vivant à la campagne. Photo : CTV/CVN

Au cours de l’histoire vietnamienne, le noircissement des dents, qui remonte à la période des rois Hùng (rois fondateurs de la nation), a joué un rôle indispensable dans les coutumes. En plus de la mastication du bétel, cette coutume particulière est devenue une caractéristique remarquable du peuple vietnamien qui se différencie des autres communautés. Les Kinh ne sont pas les seuls à l’avoir adoptée, d’autres minorités ethniques, telles que les Muong notamment, la pratiquent également. Cependant, chaque groupe ethnique est unique dans sa manière de mener à bien cette coutume en termes de signification, de temps, de processus de teinture et de matériaux.

Les raisons de sa réputation

Le laquage des dents en noir vient des concepts esthétiques. La mastication du bétel est considérée comme sa principale cause directe, car plus on en mâche, plus les dents sont noires. Les images typiques d’anciennes femmes vietnamiennes "aux dents noires et à la peau blanche", qui formaient une couleur contrastante remarquable et artistique, attireraient les hommes vietnamiens de cette époque-là. De plus, le noircissement des dents fut également une tendance transmise à l’homme, mais de manière plutôt insignifiante.

Dans l’histoire ancienne vietnamienne, cette coutume s’est généralisée parmi les citoyens et était considérée comme une règle à laquelle les jeunes et les petits devaient obéir. C’était une obligation, notamment lors d’occasions spéciales comme le Têt traditionnel ou les mariages. La coutume du noircissement des dents exista longtemps dans l’histoire ancienne du Vietnam, mais elle n’était connue que dans les régions Nord et Centre. Huê, ancienne capitale, était considérée comme le haut lieu de "ce type d’art" en raison du grand nombre de classes nobles teignant leurs dents en noir.

Un processus de longue haleine

Les femmes vietnamiennes se laquaient les dents en utilisant une poudre spéciale, du jus de citron vert, de l’alun foncé et de la résine de coques de noix de coco. Pour commencer le processus, la bouche et les dents devaient être brossées de l’intérieur jusqu’à ce que la surface des dents devienne brillante et lisse.

Pendant les trois premiers jours, il fallait se brosser les dents avec des coquilles d’arec sèches, du charbon en poudre et du sel brut. Un jour avant le laquage, il fallait mâcher des citrons et se laver la bouche avec du vin blanc mélangé à du jus de citron. L’effet du jus adoucissait la couche externe d’émail des dents ainsi que la forte acidité du citron, ce qui faisait des stries rugueuses sur l’émail des dents. C’était le moment le plus douloureux car les lèvres, la langue, les gencives et les muqueuses devenaient terriblement enflées.

Une femme aux dents noires.
Photo : CTV/CVN
Les produits de noircissement des dents étaient préparés selon la formule pendant sept à dix jours, avec le dosage approprié de poudre et de jus de citron vert, en fonction de la personne. Ensuite, le mélange était appliqué sur un morceau de tissu brut ou de soie blanche. À la campagne, les gens étendaient souvent cette substance de teinture sur des lanières de noix de coco ou de palme et les appliquaient sur leurs dents.

Le mélange de teinture pour les dents était effectué après le repas de l’après-midi et renouvelé à minuit. Le matin, on retirait délicatement le tampon. Après avoir retiré ce mélange, il fallait se gargariser avec de la sauce de poisson pour éliminer complètement les substances restantes. Il fallait fermer la bouche presque toute la nuit pour éviter que les matières colorantes coulent.

Ce processus susmentionné devait être effectué deux fois par nuit et sept nuits au total. Pendant cette période, les personnes qui teignaient leurs dents n’étaient autorisées qu’à avaler et non mâcher des aliments. Elles devaient généralement manger des nouilles mélangées avec du saindoux et de la sauce de poisson, ce qui facilitait l’ingestion. La transformation des dents en rouge constituait le deuxième stade du noircissement. La substance, constituée d’alun noir et de résine d’ailes de fourmis, était étalée sur les dents pendant deux jours.

La dernière étape consistait à maintenir le mélange par de la résine de coques de noix de coco. Prenez de vieilles coques de noix de coco, séchez-les au soleil et chauffez-les sur un poêle à charbon. À l’intérieur de ces coques de noix de coco brûlantes s’écoule une résine noire qui est utilisée pour appliquer sur les dents et devenir une autre couche d’émail des dents. Cette étape, souvent connue sous le nom de "dents creuses", les rendait noires et brillantes.

En plus de la mastication du bétel, le noircissement des dents est une coutume traditionnelle de l’histoire ancienne du Vietnam. Même si elle n’existe plus, elle reste l’une des valeurs culturelles nationales les plus distinctives et irremplaçables et doit être chérie et appréciée.

Thu Trang/CVN
(Prix du candidat dynamique du Concours "Jeunes Reporters Francophones - Vietnam 2019")
 
 
Réagir à cet article
Commentaire:*
E-mail:*
Nom:*
Espace francophone
Banh cuôn au fruit de dragon – un plat irrésistible à déguster

Thuân An, une paisible plage de Huê La ville de Huê est non seulement célèbre pour sa citadelle et ses tombeaux royaux, mais aussi pour ses longues plages sauvages. Rares sont ceux qui connaissent celle de Thuân An, dont l’atmosphère paisible ne laisse pourtant personne indifférent.