15/12/2018 10:00
Bên Chi Thinh, trentenaire, d’ethnie Xê Dang, est un passionné de plantes médicinales. Relevant tous les défis, il a lancé son entreprise, KORA, qui propose 40 produits. Rencontre avec un jeune homme ambitieux.
>>Médecine: tradition et modernité réunies
>>Un savoir ancestral au XXIe siècle

Bên Chi Thinh devant des matières premières médicinales.
Photo: BM/CVN

Diplômé en 2010 de l’Université d’économie de Dà Nang (Centre), spécialisation administration des affaires, Bên Chi Thinh décide de rentrer à Kon Tum, sa province natale sur les hauts plateaux du Centre (Tây Nguyên), bien déterminé à y vivre et, surtout, à y gagner sa vie. 

Il travaille d’abord pour une petite entreprise commerciale avec l’idée de glaner des expériences en vue de monter sa propre affaire. Peu de temps après, il ouvre, dans le district de Kon Rây, une boutique de produits alimentaires. "Un jour, je me suis dis: et pourquoi ne pas vendre de plantes médicinales, comme mes parents?, confie le jeune homme de 31 ans, originaire du district de Kon Rây, province de Kon Tum. Depuis mon enfance, en effet, je suis baigné dans les parfums des plantes médicinales. Ma famille vit depuis trois générations de la cueillette et du traitement de ces plantes, qui sont vendues à des établissements de phytothérapie du Centre et du Nord du pays”.

Ces plantes ont de nombreuses vertus, en particulier curatives; elles ont pour ainsi dire constitué les premiers médicaments. De nos jours, les médicaments "dont les substances actives sont exclusivement d’origine végétale" sont regroupés sous le nom de phytothérapie.

Comme produit phare de sa toute jeune entreprise, dénommée KORA (du nom de son district natal, Kon Rây), Bên Chi Thinh choisit la salsepareille (thô phuc linh ou khuc khac en vietnamien), un tonifiant réputé. Au début, le traitement se fait de façon artisanale, que ce soit le hachage ou le séchage. "La +thô phuc linh+ est non seulement tonique mais aussi très efficace dans le traitement des  douleurs ostéocopes”, affirme Bên Chi Thinh, citant le cas de sa mère, autrefois frappée d’ostéalgie chronique, qui s’est guérie en quelques mois grâce à ce breuvage.

Ce remède étant peu connu, sa commercialisation fut compliquée les premiers temps. "En 2015, nos recettes ne furent que de 30 millions de dôngs. À cela venait s’ajouter une certaine quantité de médicaments en stock se détériorant faute de bonnes techniques de conservation. Parfois, je devais détruire une centaine de kilos", se rappelle Bên Chi Thinh.

Petit à petit, l’oiseau fait son nid

Bên Chi Thinh (2e à gauche) présente ses produits.
Photo: BM/CVN

"Aucun succès n’a jamais été accompli sans échec, aussi ne faut-il pas se démoraliser au moindre incident", se dit alors le jeune homme, qui cherche par tous les moyens à changer la situation. Jour après jour, il va dans des villages reculés à la rencontre de praticiens de médecine traditionnelle pour apprendre des remèdes, persuader les habitants d’ethnies minoritaires de lui fournir des plantes. Il va aussi en forêt pour chercher lui-même des espèces végétales. Les pentes des monts Ngoc Linh et Kon Plong, renommés pour leurs ginsengs, deviennent ses fiefs. Mieux encore, il passe avec des habitants de son ethnie, les Xê Dang, des contrats de plantation et de fourniture de plantes médicinales,  notamment le fameux ginseng de Ngoc Linh, endémique du Centre du Vietnam. Une zone de culture de plantes médicinales voit le jour sur une centaine d’hectares. L’approvisionnement est donc assuré.

Au fil des mois, Bên Chi Thinh voit ses connaissances en médecine traditionnelle s’enrichir et sa liste de plantes s’étoffer.

"J’ai un support solide, ce sont mes parents et mes sœurs qui sont très expérimentés dans la préparation de remèdes végétaux", confie le jeune entrepreneur. Il cherche à diversifier ses produits, les tonifiants surtout. Actuellement, KORA propose une quarantaine de substances, dont les précieux champignons lingzhi (nâm linh chi), ganoderma vert (nâm lim xanh), ginseng rouge (hông sâm), salsepareille (thô phuc linh)...

En 2016, ses recettes ont atteint 200 millions dôngs, puis plus d’un milliard l’année suivante.  "Cette année, je vise 3 milliards de dôngs", avance-t-il, une lueur de fierté dans le regard.

Récemment, il a investi 500 millions de dôngs pour s’équiper d’une chaîne de pro-duction moderne, avec machines de traitement, torréfacteurs et aire de séchage. "KORA emploie actuellement une dizaine de travailleurs locaux qui ont tous suivi une formation", précise-t-il.

Bien décidé à ne pas s’endormir sur ses lauriers, le jeune entrepreneur compte entamer un nouveau projet: produire des friandises à partir du ginseng rouge. "Nos bonbons fortifiants seront prochainement en vente", assure-t-il.

Le réseau de distribution de KORA, qui couvre le Tây Nguyên, Hanoï et Hô Chi Minh-Ville, ne cesse de s’élargir. Fin 2017, l’"entreprise familiale KORA" a décroché le 2e prix du concours des "Jeunes entrepreneurs créatifs" de l’Union de la jeunesse de Kon Tum.

Nghia Ðàn/CVN


 
Réagir à cet article
Commentaire:*
E-mail:*
Nom:*
Espace francophone
L’enseignement de français aux écoles supérieures au Vietnam