France
Des milliers de personnes dans la rue pour dire "stop" aux violences sexistes

"Les violences ne sont pas une fatalité" : les défenseurs des droits des femmes se sont mobilisés samedi 20 novembre, en particulier lors d'une manifestation à Paris, pour dire "stop" aux violences sexistes et sexuelles et "exiger des politiques publiques à la hauteur" contre ce fléau.

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Marche à Paris, et dans toute la France, contre les violences sexistes, le 20 novembre. Photo : AFP/VNA/CVN

À Paris, la manifestation partie de la place de la République vers Nation derrière une banderole #NousToutes proclamant "stop aux violences sexistes et sexuelles", commençait à se disperser vers 17h00, a constaté un journaliste de l'AFP. Elle a rassemblé 50.000 personnes selon les organisateurs, 18.000 selon la préfecture de police, soit moitié moins qu'il y a deux ans (100.000 selon les organisateurs, 35.000 selon la police).

D'autres rassemblements étaient programmés partout en France entre samedi 20 novembre et le 25 novembre, journée internationale contre les violences faites aux femmes. À Rouen, une centaine de personnes ont ainsi défilé samedi, selon la presse régionale, en attendant une marche nocturne jeudi 18 novembre sur le thème "reprenons la rue, la nuit !".

Deux ans après le "Grenelle" contre les violences conjugales, "l'impunité doit cesser. L'éducation à l'égalité doit devenir une priorité", martelait l'appel à manifester, porté par le collectif féministe #NousToutes et une soixantaine d'associations, syndicats et partis politiques.

De nombreuses pancartes sur fond violet, la couleur de cette mobilisation, délivraient des messages comme "ras le viol", ou "65% des victimes de féminicides avaient pris contact avec la police".

"Ce n'est pas normal que l'endroit où l'on se sente le plus en danger, ce soit chez soi", estime Karine Branger, artiste plasticienne qui a organisé un carré dans le cortège au sein duquel une centaine de femmes marchait vêtues d'une combinaison blanche, pour symboliser le nombre de victimes de féminicides depuis le début de l'année.

Fabien Eiglier, 34 ans, manifestait en portant sa fille Raphaëlle, 4 ans, sur ses épaules. "Je suis là pour soutenir la cause des femmes. J'en connais plusieurs dans mon entourage qui ont subi des agressions physiques au travail ou au niveau personnel. Je suis là aussi pour montrer à ma fille que ces choses existent", dit-il.

"Les violences ne sont pas une fatalité, elles peuvent cesser", a assuré devant les journalistes Marylie Breuil, du collectif #NousToutes, pour qui "il existe un décalage immense entre la mobilisation de la société et l'engagement des politiques".

"Une rigolade"

Delphine Jumelin, directrice de l’association d'aide aux victimes ACJM, montre un bracelet de surveillance, le 3 septembre 2021 à Coutances, lors d'une réunion pour promouvoir la lutte contre les violences conjugales.
Photo : AFP/VNA/CVN

"Quand on augmente de 60% le nombre de places d'hébergement, quand on vote quatre lois pour accompagner non seulement les victimes mais aussi leurs enfants, quand on fait en sorte que les auteurs soient pris en charge pour éviter la récidive, ce sont des actes factuels", a plaidé samedi 20 novembre la ministre déléguée à l'Égalité femmes-hommes Elisabeth Moreno sur Europe 1, évoquant également la formation de policiers et gendarmes, la mise en place de bracelets anti-rapprochement et de téléphones grave danger. "Chaque féminicide est un féminicide de trop mais on peut voir que toutes ces actions commencent à porter leurs fruits", a-t-elle affirmé.

Mais pour Sandrine Bouchait, présidente de l'Union nationale des familles de féminicides présente à la manifestation, "il y a eu quasiment 600 femmes assassinées pendant le quinquennat, c'était censé être une grande cause nationale mais les chiffres sont quasiment les mêmes que ceux du quinquennat précédent, c'est une rigolade".

En France, quelque 220.000 femmes sont victimes de violences et 94.000 sont violées chaque année, relève #NousToutes. Depuis le 1er janvier, 101 femmes ont été tuées par leur conjoint, selon le décompte du collectif "Féminicides par compagnon ou ex". Pour l'ensemble de l'année 2020, le chiffre avait atteint 102 féminicides et 146 en 2019, selon le ministère de l'Intérieur.

"Ce n'est plus possible de tolérer cette violence sur la moitié de l'humanité", a déclaré le candidat vert à la présidentielle Yannick Jadot, présent dans le cortège parisien et pour qui "il faut des formations, des moyens pour les hébergements d'urgence".Les organisations féministes estiment que l'État devrait consacrer un milliard d'euros par an à cette lutte, au lieu de 360 millions aujourd'hui. "Nous sommes à quelques centimes près au milliard (d'euros) qu'elles réclament", a assuré Mme Moreno.

Elles demandent également des mesures de "prévention", comme apprendre aux plus jeunes ce qu'est le consentement, et réclament un effort supplémentaire pour créer davantage de places d'hébergement pour les femmes qui fuient leur conjoint violent. Dans une telle situation, environ 40% des victimes ne se voient proposer aucune solution d'hébergement, et seules 12% obtiennent une place adaptée, selon un rapport publié jeudi par la Fondation des femmes.

La manifestation était également l'occasion de dénoncer l'inceste, les violences pédocriminelles ou subies par les enfants dans le cadre conjugal.

Pour la première fois, un "cortège chrétien", porté par des "organisations chrétiennes féministes et LGBTQIA", a pris part au cortège parisien, "autour des victimes de violences sexistes et sexuelles dans nos Églises". "C'est important de montrer qu'il y a plusieurs façons d'être catholique", a témoigné une participante, Alix Bayle, disant pousser "pour une réforme dans l'Église".

AFP/VNA/CVN

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