25/03/2020 16:58
"Bombe biologique", "match-zéro" ou, a minima, "accélérateur de la propagation du virus" : spécialistes et responsables pointent désormais le rôle du match de Ligue des Champions Atalanta Bergame - Valence dans l'explosion du nombre de cas de coronavirus en Lombardie.
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Le gardien italien de l'Atalanta, Pierluigi Gollini, s'impose dans les airs face aux attaquants de Valence, le 19 février à Milan.
Photo : AFP/VNA/CVN

Ce jour-là, le 19 février, ils étaient 45.792 spectateurs au stade San Siro de Milan pour voir l'Atalanta écraser Valence 4-1 en 8e de finale aller de Ligue des Champions.

Des dizaines de milliers de Bergamasques ont fait le court déplacement, en car, en voiture ou en train pour ce qui était le match le plus important de l'histoire de leur club.

Certains sont allés directement au stade, d'autres ont passé la journée en ville, croisant et buvant des verres avec ceux de Valence autour de la place du Duomo. Tous sont ensuite venus à San Siro en métro. À la sortie, la victoire a été longuement fêtée autour de quelques bières et des camions à sandwichs.

La menace était alors encore lointaine. Mais deux jours après le match, Adriano Trevisan s'éteignait à 78 ans près de Padoue et devenait le premier Européen mort du coronavirus sur le continent.

Encore quelques jours et le journaliste espagnol Kike Mateu, présent à Milan le 19 février, était testé positif chez lui en Espagne. Début mars, on apprenait ensuite qu'un homme mort le 13 février près de Valence était atteint du coronavirus, qui circulait donc dans la région avant le match à Milan.

Et à partir du 4 mars, 15 jours après la rencontre, la courbe du nombre de contaminés à Bergame commençait à se redresser brutalement, la ville lombarde devenant l'une des zones les plus touchées par l'épidémie. Atalanta - Valence a-t-il tout déclenché ?

"Véhicule de contagion" 

Responsables sanitaires et autorités locales ne vont pas jusque-là mais n'en font pas mystère, le match a certainement contribué à la gravité de la situation actuelle.

Remo Freuler prend le meilleur sur les défenseurs de Valence pour inscrire, de la tête, le 3e but de l'Atalanta à San Siro à Milan, le 19 février.
Photo : AFP/VNA/CVN

"Durant cette soirée, 40.000 habitants de Bergame sont allés à Milan voir le match. Ils se sont regroupés au stade. Beaucoup d'autres l'ont regardé de chez eux, en famille, en groupes, au bar. Il est clair qu'il y a eu une occasion de forte diffusion du virus", a ainsi expliqué mardi 24 mars le maire de Bergame, Giorgio Gori.

Mardi 24 mars également, Walter Ricciardi, représentant de l'Italie à l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), a tenu un discours similaire sur Rai News 24, estimant que le match avait été un "accélérateur de la propagation du virus"

"Je pense que le match du 19 février a joué un rôle important. Un tiers de la population de Bergame s'est concentrée dans un stade et a fait la fête", a-t-il dit. "Ça n'est pas un hasard si Bergame est la zone la plus touchée et ça n'est pas un hasard si les Valenciens qui sont passés de l'Italie à l'Espagne ont fait office de transmetteurs dans leur pays."

La semaine dernière déjà, plusieurs spécialistes avaient admis que la tenue du match avait eu un impact sur la diffusion du virus.

"Ce match a certainement pu être un important véhicule de contagion", a ainsi déclaré Massimo Galli, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital Sacco de Milan.

"Je pense que l'épidémie avait commencé avant, dans les campagnes, pendant les foires agricoles ou dans les cafés des villages", avait-il tout de même précisé.

"Une folie" 

"Malheureusement, ça a été une bombe biologique", a de son côté estimé dans le Corriere della Sera, Fabiano Di Marco, responsable du département pneumologie de l’hôpital Jean XXIII de Bergame.

Les fans de l'Atalanta exultent devant la démonstration de leur équipe face à Valence, battu 4-1 à San Siro, le 19 février.
Photo : AFP/VNA/CVN

Dans un entretien au Corriere dello Sport, Francesco Le Foche, immunologue à l'hôpital Umberto Ier de Rome, a lui parlé de "match-zéro".

"Rétrospectivement, ça a été une folie de jouer ce match en public mais les choses n'étaient pas encore très claires", a-t-il estimé.

Elles l'étaient déjà un peu plus trois semaines plus tard, quand l'Atalanta est allée à Valence jouer le match retour à huis clos.

"Ça a été terrible. Il n'y avait aucun contrôle, ils étaient tranquilles", a raconté Alejandro Gomez, le capitaine argentin de l'Atalanta.

Une semaine après ce match gagné 4-3 par les Italiens, le club de Valence annonçait 35% de cas positifs parmi ses joueurs et les membres de son staff et l'Atalanta entrait en quarantaine.

Mardi soir 24 mars, le club lombard a annoncé que son gardien de but N°2, Marco Sportiello, avait été testé positif au coronavirus. Il était titulaire à Valence.

AFP/VNA/CVN

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