01/10/2021 10:01
La lave crachée par le volcan Cumbre Vieja, sur l'île espagnole de La Palma, continuait jeudi 30 septembre à s'enfoncer dans la mer, formant une avancée de près de vingt hectares et faisant craindre une dégradation de la qualité de l'air dans les communes situées près de la côte.
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La coulée de lave provenant du volcan Cumbre Vieja tombe dans l'Océan Atlantique, le 30 septembre sur l'île de Palma, aux Canaries.
Photo : AFP/VNA/CVN

Après avoir parcouru six kilomètres depuis le début de l'éruption il y a onze jours, dévastant tout sur son passage, la coulée de lave a atteint la mer dans la nuit du 28 au 29 septembre. Tombant d'une falaise dans un spectacle rare, elle s'est solidifiée pour créer une sorte de péninsule.

Jeudi après-midi 30 septembre, la superficie de cette avancée s'approchait des 19 hectares, contre 10 en début de matinée, a expliqué David Calvo, porte-parole de l'Institut volcanologique de l'achipel des Canaries (Involcan), auquel appartient l'île de La Palma.

Au total, la lave recouvre désormais 476 hectares de cette île qui en fait environ 70.000, selon l'autorité locale de La Palma.

L'éruption, qui n'a fait aucun mort ni blessé, a entraîné l'évacuation d'environ 6.000 des 85.000 habitants de l'île et la lave a détruit 855 bâtiments, d'après les satellites du système de mesure géospatial européen Copernicus.

Plateforme rocheuse

Selon Fernando Tuya, chercheur en biodiversité et conservation à l'Université de Las Palmas à Grande Canarie, les premiers effets de l'entrée de la lave dans la mer sont "dévastateurs" avec "la mort directe d'organismes qui vont être enterrés" sous la coulée.

Mais à plus long terme, cela pourrait constituer une "bonne nouvelle" pour la vie marine qui pourrait en être "enrichie".

"La lave va former une plateforme rocheuse qui va être un substrat pour nombre d'espèces marines qui pourront la coloniser dans le futur, c'est-à-dire dans trois à cinq ans", poursuit ce scientifique, selon qui le phytoplancton pourrait également être enrichi par le fer contenu dans le magma.

Une coulée de lave crachée par le volcan Cumbre Vieja tombe dans l'océan Atlantique à Tazacorte, sur l'île espagnole de La Palma, aux Canaries, le 30 septembre. Photo : AFP/VNA/CVN

Redoutée par les experts, la rencontre entre la lave et la mer n'a pas entraîné les effets les plus craints comme des explosions de matière volcanique. Mais elle a en revanche produit des gaz potentiellement toxiques.

"L'eau de mer est à un peu plus de 20 degrés et le magma à plus de 1.100 degrés" et leur rencontre "a pour un effet un changement immédiat: le magma se solidifie et d'énormes quantités d'eau de mer s'évaporent, donnant lieu à des nuages qui contiennent du chlore", a expliqué Arnau Folch, vulcanologue au CSIC, le conseil supérieur de la recherche scientifique.

"odeur de soufre"

Afin d'éviter des intoxications, un périmètre de sécurité d'un rayon de 3,5 kilomètres a été mis en place ainsi qu'une zone d'exclusion maritime de deux milles nautiques. Le gouvernement de l'île a également demandé aux habitants de plusieurs quartiers de Tazacorte, commune où la lave s'est jetée dans la mer, de se calfeutrer chez eux.

Selon le Plan d'urgence volcanique des Canaries (Pevolca), ces mesures pourraient être étendues vendredi à deux autres communes, El Paso et Los Llanos de Aridane, en raison d'une possible dégradation de la qualité de l'air.

"Avec la météo que nous allons avoir à partir de demain", marquée par un possible changement de direction des vents dominants qui ont jusqu'ici dispersé les gaz vers la mer, il est possible que "l'odeur de soufre" soit ressentie "avec une plus forte intensité", a prévenu l'un des responsables de Pevolca, Rubén Fernandez.

D'après l'Institut national de toxicologie, la concentration de dioxyde de soufre a augmenté pour la première fois jeudi après-midi 30 septembre à Tazacorte, alors que les particules de cendre gagnaient en densité à Santa Cruz de La Palma.

Les autorités se veulent toutefois rassurantes à ce stade sur la qualité de l'air.

Jeudi 30 septembre, des agriculteurs de l'île ont ainsi été autorisés à rejoindre les exploitations situées hors du périmètre de sécurité afin de ramasser les bananes, l'une des ressources principales de La Palma, ou d'irriguer les cultures.

Les liaisons aériennes avec l'île de La Palma, qui avaient redémarré partiellement mercredi 29 septembre après quatre jours d'interruption, sont par ailleurs revenues à la normale, avec la reprise des vols opérés par Iberia.

Les deux précédentes éruptions à La Palma ont eu lieu en 1949 et 1971. Elles avaient fait au total trois morts, dont deux par inhalation de gaz.

AFP/VNA/CVN
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