À Marseille, la joie simple et inédite d'un littoral sans voiture

"Pour une fois on n'est pas collés aux voitures". À Marseille, piétons et cyclistes ont pu se réapproprier dimanche 23 mai un bout de la corniche surplombant la mer, un test amené à se reproduire dans une métropole très en retard sur le sujet.

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La route de la Corniche au niveau de l'Anse de la Fausse Monnaie dans le quartier d'Endoume à Marseille, le 23 mai.
Photo : AFP/VNA/CVN

L'image pourrait sembler banale à Lyon ou Paris, où des espaces du centre-ville sont régulièrement fermés à la circulation le week-end.

À Marseille, l'ex-maire LR, Jean-Claude Gaudin, avait lancé une opération similaire sur la célèbre Canebière une fois par mois. Mais en bord de mer, l'opération "La Voie est libre", qui a sanctuarisé dimanche 23 mai pour la journée quatre kilomètres sur la corniche Kennedy et à l'Estaque, au Nord, est inédite dans la deuxième ville de France.

"Ça fait du bien, on est les rois du monde!", crient en passant trois femmes à vélo. "Ça permet de rédecouvrir le paysage qui est magnifique" avec les îles du Frioul en toile de fond, savourent aussi Sandrine et Gilles, qui s'occupent de leur père en fauteuil roulant.

Les trottinettes slaloment à toute allure entre les familles à poussette. Des food trucks ponctuent la balade, les terrasses sont remplies. Des vélos électriques en libre service ont aussi fait leur apparition. Le dimanche habituellement, cette bande d'asphalte est très passante, les embouteillages fréquents.

"C'est une excellente initiative, une excellente opération pédagogique qui va permettre de montrer aux Marseillais qu'il est possible de se déplacer autrement", se réjouit Stéphane Coppey, référent pour les aménagements cyclables au sein du collectif "Vélos en ville".

"Si on veut courir ici, on ne respire plus. Là, ça ouvre et ça répartit mieux la population allégeant les calanques", juge aussi Tanguy Valery.

Avec des amis, au sein de l'association "Pour que Marseille vive !", ils ont pour l'occasion ouvert sur la corniche un somptueux petit château, prêté par les thermes marins qui en sont le propriétaire, pour une exposition gratuite de jeunes photographes locaux.

Rendre l'espace public aux habitants

Des policiers à cheval en patrouille sur la route de la Corniche à Marseille, le 23 mai.
Photo : AFP/VNA/CVN

"On rend l'espace public aux Marseillaises et aux Marseillais (...) C'est très important que cette ville puisse respirer. qu'il y ait de la mobilité douce, qu'on déambule, regardez les mines, les gens, les enfants", se réjouit le maire PS, Benoît Payan, dont la liste du Printemps marseillais, une vaste coalition des partis de gauche et écologistes, a succédé à Jean-Claude Gaudin l'été dernier.

Pour l'élu, qui a déambulé sur la corniche dimanche 23 mai matin, l'enjeu est de taille car ses électeurs l'attendent sur ce thème dans une cité "qui a longtemps été faite que pour la voiture".

"Il est difficile d'avoir des chiffres, mais il y a très peu de pistes cyclables à Marseille : moins de 10 cm par habitant, soit 4 à 10 fois moins que les autres métropoles de France", illustre Stéphane Coppey.

Et pour les piétons, les trottoirs souvent exigus et régulièrement squattés par les voitures rendent la ville parfois éprouvante. L'ancienne majorité avait fait un premier pas en rendant le bas de la Canebière piétons avec quelques autres rues adjacentes.

Dimanche 23 mai, Benoît Payan a officiellement acté qu'une partie du Vieux-Port serait aussi piétonnisée pour la saison estivale malgré le casse-tête logistique pour gérer les flux de circulation.

Et ouvrir la corniche tous les dimanches ? "Ce soir, on fera le bilan et on rééditera ça", a-t-il promis. "On va continuer dans d'autres quartiers de Marseille (...) On va réfléchir avec les élus, avec les citoyens, avec les habitants, avec de la concertation, à avoir plusieurs jours par an et ensuite plusieurs jours par mois des endroits où on aura piétonnisé".

Au cœur de ces enjeux : l'entente entre la mairie et la métropole Aix-Marseille-Provence, présidée par Martine Vassal (LR), candidate malheureuse à la succession de Jean-Claude Gaudin. Si la municipalité peut agir sur le cadre réglementaire ou avec sa police, l'essentiel des infrastructures de voirie sont au main de la métropole, et les deux collectivités peinent parfois à marcher main dans la main.


AFP/VNA/CVN

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