08/10/2016 15:40
Malgré les répercussions de la crise économique de 2008 et son statut de pays en développement, le Vietnam connaît une forte croissance économique. Problème, l’augmentation rapide de l’activité engendre une pression de plus en plus forte sur l’environnement en termes de pollution, en particulier des ressources en eau.

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L'usine de traitement d'eaux usées de la zone industrielle Diêm Thuy (à Thái Binh). Photo : Hoang Nguyên/VNA/CVN


La pollution au Vietnam a atteint un niveau inquiétant. En particulier en milieu urbain, où les étangs, lacs et cours d’eau accueillent les rejets domestiques et industriels, la plupart du temps sans traitement préalable.

Selon le Rapport national sur l’environnement pour la période 2011-2015, le pays recense 283 zones industrielles, lesquelles rejettent un total de plus de 550.000 m3 d’eaux usées par jour, sans compter les 15-20 m3 rejetés en moyenne par chacun des 615 parcs industriels... Et il faut savoir que seuls 3 à 5% de ces derniers disposent d’un système de traitement. En outre, chaque année, l’industrie produit plus de 7 millions de tonnes de déchets solides dont 60% seulement sont traités avant d’être rejetés.

Une pression croissante sur l’environnement

Par ailleurs, exode rural oblige, la population urbaine s’est accrue rapidement. Selon le Rapport sur l’environnement national en 2012, le Nord compte 31,3 millions d’habitants (35,6% de la population du pays), dont 8,1 millions dans les grandes villes. Le taux de croissance démographique national est de 1% par an.
Les déchets rejetés à Hanoï représentent 48,8% des sources de pollution dans le bassin des fleuves Nhuê et Day. Chaque jour, quelque 670.000 m3 d’eaux usées de la ville sont déversées, dont 620.000 m3 directement dans la nature, la ville ne comptant pour le moment que quatre stations d’épuration (Kim Liên, Trúc Bach, Bac Thang Long- Vân Tri, My Dinh).

Outre les habitants, d’autres acteurs que sont les agriculteurs, particuliers, commerçants et artisans sont à l’origine de la pollution de l’eau. Les produits chimiques utilisés comme produits de nettoyage, pesticides, solvants… sont le plus souvent rejetés dans les canalisations (selon l’organisation des égouts dans la ville, ils sont alors soit directement rejetés dans le milieu naturel, soit envoyés en station de traitement des eaux usées) ou pénètrent dans les terres cultivées et les nappes phréatiques.

En réalité, et ce n’est un secret pour personne, la grave pollution dont souffre les ressources en eau est imputable à l’activité économique. De plus en plus de poissons meurent massivement dans les rivières, les fleuves, ce pas plus tard que le week-end dernier dans le lac de l’Ouest, le plus grand plan d’eau de Hanoï, où des dizaines de tonnes de poissons de toutes sortes ont été retrouvés sans vie.

Autre exemple, en mer cette fois, avec la pollution provoquée par le groupe taïwanais Formosa. Des millions de poissons et de crustacés morts se sont entassés sur les plages de quatre provinces côtières du Centre : Hà Tinh, Quang Binh, Quang Tri et Thua Thiên-Huê. Cette catastrophe écologique a été causée par une source importante de rejets toxiques de la Sarl de sidérurgie Hung Nghiêp Formosa dans la province de Hà Tinh (Centre). Elle a touché non seulement poissons et fruits de mer, mais aussi des coraux.

Plusieurs infractions ont été mises en évidence dans cette aciérie, ainsi que des incidents lors de ses tests de fonctionnement lesquels sont directement responsables de la toxicité de ses eaux usées, supérieure aux normes autorisées. Les rejets industriels non-traités de cette usine contenant des substances hautement toxiques telles que phénol, cyanure... combinées à de l’hydroxyde de fer ont créé un composé mixte ayant une densité plus lourde que l’eau de mer. Outre l’hécatombe de poissons, cette pollution industrielle a lourdement affecté l’aquaculture et la vie de la population de ces provinces.

Les jeunes participent au nettoyage des plages à Quang Binh. 

Photo : Manh Thành/VNA/CVN


Cet accident environnemental a montré des failles en matière de gestion et d’inspection des activités de traitement des déchets, de contrôle des sources de pollution ainsi que dans la méthode d’évaluation des impacts environnementaux des projets économiques ou industriels.

Appliquer le principe de pollueur-payeur

Pour ne plus laisser pareille situation se reproduire, le gouvernement a décidé de renforcer le contrôle des usines rejetant quotidiennement plus de 200 md’eaux usées industrielles. Le ministère de l'Environnement et des Ressources naturelles s’est vu confier la mission de mettre en place le système national de gestion des bases de données sur les sources de pollution, système qui devra être opérationnel en 2018. 

Par ailleurs, face à ces défis environnementaux, le ministère en question doit se concentrer davantage sur l’inspection du traitement des déchets. Il faut revoir également les modalités d’évaluation et l’analyse de l’impact des projets sur le plan environnemental et procéder à des examens de terrain régulier une fois en place pour voir si la réalité est conforme aux prévisions.

Le pays connaît aujourd’hui une forte croissance industrielle mais une grave dégradation de l’environnement, avec des effets palpables sur la santé et la qualité de vie. Pourtant, le pays manque d’expert de l’environnement, du développement durable. C’est pourquoi, il est impératif de renforcer la formation sur l’évaluation des projets et le développement durable. Il faut aussi améliorer l’environnement de travail et créer des conditions favorables pour attirer des experts et des personnes compétentes dans les domaines du développement durable et de l’évaluation des projets.

Enfin, le gouvernement fera des efforts pour mobiliser des ressources financières dans les activités de protection de l’environnement selon le principe de «pollueur-payeur».


Vân Du/CVN


 

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