14/11/2016 00:05
Il y des jours où l’on ferait mieux de rester couché. Il y a des jours où l’on est obligé de rester couché. Cette semaine, j’ai payé mon tribut à la grippe : toux caverneuse, respiration crépitante, écoulement nasal, éternuements à répétition, faiblesse générale. Une seule solution : repos complet, bouillon et patience.
>>Une semaine à la sauce hanoïenne
>>Il faut avoir un grain

La moto est indissociable de la vie du Vietnam.
Photo : CTV/CVN

Le virus m’était tombé dessus sans que j’y prenne garde. Il faut dire que les caprices de la météo offrent une occasion en or à toutes ces saletés de petites bestioles, en embuscade tout autour de nous, et qui n’attendent que le coup de froid, le choc thermique, ou le courant d’air, pour nous sauter dessus.

À bien y réfléchir, je sais à quel moment j’ai été assailli. C’était l’autre soir, quand j’ai été surpris par la pluie, alors que je roulais en moto. Vêtements mouillés plus fraîcheur du crépuscule : le bête coup de froid ! Et maintenant, je suis là, au fond de lit, seulement relié au monde par les sons qui viennent heurter ma semi-somnolence.

Et, parmi tous ces bruits de la vie quotidienne qui rythment ma journée, il y en a un qui prédomine : celui des motos. Indissociable de la vie du Vietnam, la moto, la «xe máy» comme on dit ici, rugit, ronronne, pétarade, tout au long de la journée. Mais attention, si les motos se suivent, elles ne se ressemblent pas.

En effet, il en existe de différentes qui, chacune, ont leur utilité, leur image, leur place particulière dans la société. Et puisque j’ai tout mon temps, en voici un petit inventaire pour les néophytes.

Coup de pied

La plus connue, c’est la Wave. Rablée, courte sur pattes, c’est la moto populaire. Semi-automatique, on y change les vitesses sans débrayage, uniquement avec une pédale au pied. Encore faut-il une certaine agilité de l’organe en question : du bout du pied, on monte les paliers par pression successive, et du talon, on rétrograde.

Pour éviter de se mélanger dans le décompte des vitesses passées ou non, un sélecteur lumineux affiche, sur le tableau de bord, le niveau auquel on roule. Théoriquement, cela évite d’être en sur ou en sous-régime, mais en réalité, cette moto est tellement habituée à vivre avec nous qu’elle a adaptée son comportement à la paresse inhérente à l’être humain. Démarrage en première, puis seconde, troisième, quatrième, et une fois installé à ce niveau, inutile de modifier quoique ce soit.

Notre vaillante petite moto acceptera autant d’être poussée à ces limites sur une ligne droite, comme de faire du quasi-surplace dans un embouteillage, sans changer de vitesse. Elle est même prête à démarrer en quatrième, pour peu que vous ayez l’esprit occupé ailleurs et que vous en oubliez votre pied.

Et pourtant, nous lui en faisons voir à cette moto. Un plateau élargi sur le porte-bagage, et la voilà transformée en transport tout terrain et toutes marchandises, de l’amoncellement de cartons au buffle vivant, en passant par des échafaudages de casiers à volaille. Parfois, inutile de prévoir un aménagement spécial.

Sur la petite selle qui suffit à peine à un postérieur occidental, on peut y mettre, au choix, une armoire, un réfrigérateur, une famille de quatre personnes, un touriste fatigué..., et, en cette période de Têt, un arbre en route vers son nouveau foyer.

Rustique et increvable, la motocyclette sillonne jour et nuit les routes des villes et des campagnes, à tel point qu’elle fait désormais partie du paysage au même titre que la rizière ou que le buffle.

Coup de main

Les motos dans un mariage à Dà Nang (Centre).
Photo : Lê Lâm/VNA/CVN

Nouvo, Air Blade, Shark,... Autant de noms pour désigner cette moto, hybride entre scooter et motocyclette. De forme souvent élancée, voire agressive, elle se commande uniquement en fonction de l’émission des gaz. C’est pourquoi, on la nomme aussi «xe ga» !

Du coup, les pieds, n’ayant plus besoin de reposer sur une pédale de changement de vitesse, disposent d’une petite plate-forme devant la selle, qui donne aux conducteurs de ce genre de moto l’impression d’être installé sur un… wc ! Même leur comportement renforce cette curieuse similitude.

En effet, il y a ceux qui conduisent prudemment, raides comme un piquet, effectuant consciencieusement leur mission. Il y a ceux qui conduisent courbés en avant, comme pris de colique, et qui n’ont qu’une hâte : se débarrasser de l’instant présent. Il y a ceux qui se tortillent, comme frappés de démangeaisons postérieures, incapables de rester en place sur leur selle.

Au-delà de cette comparaison sanitaire, l’automatique, souvent plus puissante que la motocyclette, est la moto des jeunes et des femmes. Pour les premiers, elle offre la possibilité de se croire pilote de circuit à peu de frais. Pour les secondes, elle permet de circuler en jupe !

Coup de rein

Petites roues, selle haute, le scooter est la moto des villes par excellence. Son plus digne représentant en est la Vespa, qui a tant fait rêver les adolescents des années 1960 en Europe. Ici, elle a repris une nouvelle jeunesse et copie sans vergogne ses congénères Honda ou Yamaha.

Le scooter donne à son conducteur un air digne et hautain, comme ces aristocrates d’autrefois qui chevauchaient des destriers, alors que le peuple enfourchait des bidets. D’ailleurs, la forme ventrue du scooter ne saurait être faite pour la vitesse. Au contraire, le scooter est fait pour avancer régulièrement et sans heurts. Son conducteur regarde au-dessus de la mêlée, et la forme de sa selle permet au passager d’être encore plus haut, comme une vigie destinée à prévenir son pilote de dangers possibles.

Les scooters sortent surtout le soir, conduits par des jeunes gens aisés, garçons aux cheveux gominés, filles à la tenue sexy. Ils patrouillent la ville, parfois à deux ou trois de front, devisant, sans souci de ceux qui les suivent, errant sans but, uniquement pour le plaisir d’exister.

Avoir le coup

Les expositions de scooters attirent toujours de jeunes visiteurs.
Photo : An Hiêu/VNA/CVN

Elle est apparue il y a quelques années. À embrayage, elle est peut-être japonaise ou chinoise, et ressemble comme deux gouttes d’eau aux motos des années 1970, qui ont fait les beaux jours des raiders. C’est déjà la moto de ceux qui savent conduire.

D’ailleurs, le permis de conduire normal ne suffit pas. Il faut passer un permis spécial et heureusement !

En effet, il suffit de voir ces monstres circuler au milieu du flot motocycliste pour se dire que si jamais, un jour, un irresponsable est aux commandes, ce sera un carnage. De quelle dextérité et contrôle des nerfs faut-il faire preuve pour rouler constamment à une vitesse inférieure à 40 en ville et 80 à la campagne, quand on a entre les jambes, un engin capable de développer une puissance égale à un troupeau d’étalons sauvages (Je décline toute responsabilité sur la possible interprétation de la phrase précédente).

Cette moto fait la fierté de professionnels qui emmènent les touristes de Dà Lat (province de Lâm Dông, sur les hauts plateaux du Centre) à Hôi An (province de Quang Nam, au Centre), en remontant par la route Hô Chi Minh-Ville. Une façon de jouer les bikers à bon compte.

Bon, je vous laisse, parce qu’à force de compter les motos, je finis par m’endormir. À la semaine prochaine, quand ça ira mieux !
 
Gérard Bonnafont/CVN
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