27/02/2022 08:03
Elle était orpheline et a été adoptée. Dès sa naissance, elle n’a jamais connu le visage de ses parents. Sa jeunesse a été associée à la guerre. Elle a dû se marier à 20 ans, élever trois enfants sans jamais penser à elle-même. À l’âge de la vieillesse, elle vivait seule dans sa maison.
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Chung Thi Hoàng Anh, le personnage de l'histoire. Photo : HD/CVN 
Je suis étudiant de français de la Faculté des langues étrangères de l’Université de Cân Tho. En raison de la situation compliquée de la pandémie de COVID-19 dans la ville de Cân Tho et la province de Hâu Giang (Sud), l’enfant loin de chez lui que je suis ne peut rentrer à la maison. Je ne peux qu’attendre que la situation s’améliore avant de pouvoir revenir.

La pandémie est si féroce. Chaque jour et chaque heure, les gens souffrent et combattent le virus. Les médecins en première ligne, quant à eux, essaient de sauver des vies. Toutes ces choses serrent l’âme de chaque Vietnamien. Rester chez soi, respecter les principes de sécurité des 5K et prier.

Voilà tout ce que je peux faire en ce moment. Cela fait trois semaines que la situation de la pandémie ne va pas mieux et même empire. De plus, j’ai appris qu’il y a de nouveaux cas d’infections dans ma ville natale. Cela m’inquiète énormément. Je commence à appeler plus souvent ma famille, à parler à mon père, à ma mère et surtout à ma grand-mère paternelle, que j’affectionne particulièrement. Comme on ne sait jamais de quoi demain sera fait, il est aussi probable que ce soit la dernière fois que je vois les personnes les plus importantes de ma vie. Je leur confie donc avec tout mon cœur mes sentiments, chose qui m’est extrêmement dure à faire devant ma famille. Je suis prêt à pleurer, à dire ce que je cache au fond de mon cœur et même à vivre dans leur tristesse. Une fois, j’ai pris mon courage à deux mains pour demander à ma grand-mère paternelle : "Mamie, parle-moi de ta vie ?"

Une vie tourmentée !

Orpheline de naissance, ma grand-mère a grandi dans une famille adoptive qui la traitait comme une servante. Elle devait tout faire dans la famille, de la cuisine aux travaux manuels. Dans cet endroit, elle a toujours vécu dans l’illégalité au nom de "l’enfant adopté". Des années d’enfance sans amis, ni amour de la part de sa famille. Elle a vécu sa vie dans une atmosphère de différence et de guerre. Dans une telle situation, comment pouvait-elle déguster la saveur du bonheur ?

Ma grand-mère paternelle est née en 1952, à l’époque où la guerre contre le colonialisme français entre dans sa phase finale et se prépare à affronter le géant américain. Sa vie s’entremêle aux deux guerres. Son enfance est assimilée à l’odeur de la poudre à canon et au son des sirènes d’évacuation à l’approche des bombardements américains.

Ma grand-mère a vécu pendant la période de l’écomonie subventionnée.
Photo : VNA/CVN

À cette époque-là, la vie humaine est extrêmement fragile parce qu’elle est entourée par la pauvreté et la cruauté de la guerre. À cette même époque, la famille adoptive de ma grand-mère paternelle est très pauvre. Ma grand-mère a dû très tôt travailler pour gagner de l’argent. Dans la fleur de l’âge, elle est forcée à se marier avant 20 ans. Elle ne connaît même pas le visage de son mari.

En entendant son histoire, mes larmes coulent. Je me suis demandé pourquoi la vie a été tellement injuste envers elle et pourquoi Dieu lui a donné la vie sans lui laisser l’opportunité de décider de sa propre vie.

Après 1975, alors que le pays est enfin en paix, la vie continue à se moquer d’elle. À cette époque-là, mon grand-père est incapable de nourrir sa famille parce qu’il n’a jamais vécu dans la misère (avant d’épouser ma grand-mère, il était ce qu’on appelle un "fils à papa"). Il ne sait pas vraiment comment s’y prendre face aux difficultés. Par conséquent, le rôle de soutien de famille est lui aussi assumé par ma grand-mère.

Elle ne s’est pas rendue au destin. Les yeux clairs de ses enfants lui rappellent sans cesse de ne pas abandonner. Ma grand-mère a ainsi décidé de transporter le riz de la campagne à la ville pour en faire commerce (activité illégale à ce moment-là). Chaque jour, elle devait faire 66 km à vélo pour gagner de l’argent afin de soutenir ses enfants et son mari. Une fois, ma grand-mère a été emmenée au poste de police.

Ce jour-là, elle n’arrive plus à contrôler ses émotions et dit aux policiers : "Je suis submergée". Submergée par le fardeau de la nourriture et de l’argent sur les épaules de la jeune fille. C’est une douleur qu’aucun livre ne peut décrire. Dès son plus jeune âge, elle n’a jamais eu de famille heureuse. Elle ne voulait donc pas que ses enfants lui ressemblent plus tard. Elle espère alors qu’un jour les graines qu’elle sème donneront des fruits sucrés.

Elle était comme ça quand elle était jeune, mais en vieillissant, elle ne pouvait toujours pas être à l’aise. La vie l’a mise à l’épreuve. Quand j’ai eu 6 ans, mes parents ont divorcé, c’était très difficile pour ma famille, mais ma grand-mère s’est toujours occupée de moi. Elle a commencé à cuisiner pour des mariages, des enterrements... pour aider financièrement mon père. Elle a joué à la fois le rôle de grand-mère et de mère. Mon enfance a été la période la plus heureuse. Elle m’a toujours appris à faire des choses justes. Ses leçons de vie me suivent jusqu’à présent. Ce sont les meilleurs souvenirs de ma vie.

Un petit message

Je sais maintenant que la situa-tion de l’épidémie est compliquée et difficile. Il existe plein de choses qui nous inquiètent. Toutefois, j’espère également que tout le monde pourra profiter de cette période pour converser avec les membres de sa famille et pour reconnaître le sens de notre existence dans ce monde. Je souhaite que tout le monde puisse garder sa santé et que le Vietnam nous apporte une belle victoire contre la pandémie de COVID-19. Pour moi, ma grand-mère est un exemple de résilience. Et vous ?
 
Hai Dang/CVN
(Prix d'Étudiant talentueux du Concours "Jeunes Reporters Francophones 2021")
 
 
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