>> Nouvelles perspectives de coopération entre le Vietnam et la Russie
>> Le SG du Parti et chef de l'État vietnamien Tô Lâm en visite en Russie et en France
>> La visite de Tô Lâm ouvrira un nouveau chapitre dans les relations bilatérales
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| La Docteure Valeria Vershinina, vice-directrice du Centre ASEAN de l’Institut d’État des relations internationales de Moscou (MGIMO), relevant du ministère russe des Affaires étrangères. |
| Photo : VNA/CVN |
La visite d’État en Russie du secrétaire général du Parti communiste du Vietnam et Président de la République, Tô Lâm, du 7 au 9 septembre, réaffirmera le caractère stratégique, stable et durable des relations Vietnam-Russie, tout en ouvrant de nouvelles perspectives de coopération concrète dans plusieurs domaines, a estimé la Docteure Valeria Vershinina, vice-directrice du Centre ASEAN de l’Institut d’État des relations internationales de Moscou (MGIMO), relevant du ministère russe des Affaires étrangères.
Dans un entretien accordé à la corespondante de l'Agence Vietnamienne d'Information à l’occasion de cette visite, l’experte russe a souligné que, dans un contexte international et régional marqué par de profondes mutations, la régularité des échanges de haut niveau témoigne de la maturité du dialogue entre les deux pays.
Selon elle, les relations Vietnam - Russie reposent aujourd’hui non seulement sur des contacts politiques étroits, mais aussi sur un dialogue substantiel entre experts et sur des mécanismes de coopération de plus en plus diversifiés, créant des bases solides pour un développement stable et durable du partenariat bilatéral.
Valeria Vershinina a estimé que le Vietnam occupait une place de plus en plus importante dans l’architecture régionale de l’Asie du Sud-Est. Membre actif et égal des mécanismes régionaux, le Vietnam contribue de manière constructive au maintien de la paix et de la sécurité régionales, notamment à travers sa participation aux mécanismes de coopération de défense de l’ASEAN, dont la Réunion des ministres de la Défense de l’ASEAN élargie (ADMM+).
Le rôle du Vietnam en tant que pays coordonnateur des relations de partenariat entre la Russie et l’ASEAN revêt, à cet égard, une importance particulière. Hanoï dispose d’une position favorable pour contribuer à renforcer la compréhension et la coopération entre Moscou et l’ASEAN, a-t-elle indiqué.
Selon l’experte, le Vietnam comprend à la fois les positions et les préoccupations de la Russie et les intérêts des pays de l’ASEAN, ce qui lui permet de jouer un rôle de passerelle entre les deux parties.
Premier pays à avoir signé un accord de libre-échange avec l’Union économique eurasiatique (UEE), le Vietnam pourrait également contribuer à renforcer les liens entre les processus d’intégration eurasiatique et ceux de la région Asie-Pacifique. La Russie considère ainsi le Vietnam comme un partenaire naturel pour promouvoir les échanges sur les questions liées à l’architecture régionale, dans le respect du rôle central de l’ASEAN.
Mieux exploiter les mécanismes pilotés par l’ASEAN
La Russie et le Vietnam partagent notamment la volonté de préserver la centralité de l’ASEAN et de promouvoir une architecture régionale ouverte et inclusive, fondée sur le respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures.
Dans ce contexte, Valeria Vershinina a recommandé aux deux pays de mieux exploiter les mécanismes pilotés par l’ASEAN, notamment le Forum régional de l’ASEAN (ARF), le Sommet de l’Asie de l’Est (EAS) et l’ADMM+. La sécurité maritime, la protection des infrastructures critiques et la lutte contre les menaces dans le cyberespace pourraient constituer des domaines de coopération concrets.
Sur le plan économique, l’experte russe a considéré le projet de construction de la première centrale nucléaire au Vietnam à Ninh Thuân comme un projet à forte portée symbolique, susceptible de devenir un pilier de la coopération bilatérale dans la nouvelle étape.
Ce projet pourrait contribuer à renforcer la sécurité énergétique du Vietnam, à soutenir son processus de modernisation et à former des ressources humaines hautement qualifiées, a-t-elle estimé.
Pour donner davantage d’efficacité au partenariat économique, la Russie devrait privilégier des projets ciblés, de haute qualité et correspondant aux priorités du Vietnam en matière d’innovation et de développement technologique. "La qualité des projets et leur mise en œuvre dans les délais sont plus importantes que leur nombre", a-t-elle souligné.
Dans le domaine commercial, Valeria Vershinina a estimé qu’après dix ans de mise en œuvre, l’accord de libre-échange entre le Vietnam et l’UEE pourrait être modernisé afin de mieux répondre aux nouvelles exigences. Il serait notamment possible d’actualiser les listes de produits, de simplifier les procédures douanières et d’élargir les règlements en monnaies nationales.
Transformation numérique, un important potentiel de coopération
Une telle démarche permettrait de réduire la dépendance à l’égard des monnaies de pays tiers et, partant, les coûts supportés par les entreprises, notamment dans le contexte du développement rapide du commerce numérique.
La transformation numérique constitue également, selon l’experte, un domaine offrant un important potentiel de coopération. Elle a identifié trois axes prioritaires : l’application de l’intelligence artificielle (IA) dans l’agriculture, notamment pour prévoir les rendements et optimiser la logistique ; le développement d’écosystèmes intelligents dans le secteur de la santé ; et la formation de ressources humaines dans le domaine de l’apprentissage automatique.
Les deux pays pourraient également intensifier leurs échanges d’expériences en matière de cybersécurité, notamment pour protéger les infrastructures critiques dans les secteurs de l’énergie, de la finance et des services publics, ainsi qu’organiser des exercices conjoints.
Concernant l’éducation et les échanges entre les peuples, la docteure Valeria Vershinina a constaté que les études vietnamiennes en Russie connaissaient un développement encourageant. L’enseignement du vietnamien s’est progressivement étendu à plusieurs établissements d’enseignement supérieur, notamment l’École des hautes études en économie (HSE), l’Université linguistique d’État de Moscou (MGLU), l’Académie panrusse du commerce extérieur (VAVT) et l’Université fédérale de Kazan (KFU).
Dans le même temps, les entreprises russes manifestent un besoin croissant de spécialistes maîtrisant le vietnamien et disposant d’une bonne connaissance du Vietnam. La visite de Tô Lâm pourrait ainsi contribuer à montrer aux jeunes spécialistes de la vietnamologie que cette filière offre de réelles perspectives professionnelles.
L’experte russe a proposé d’organiser davantage de concours de langue vietnamienne, de favoriser la reconnaissance mutuelle des certificats et de développer les programmes de stages et de recherches de terrain entre les établissements des deux pays.
Elle a toutefois souligné que les nouvelles technologies ne sauraient remplacer la valeur des échanges directs. L’éducation et la coopération entre les jeunes devraient ainsi combiner les rencontres en présentiel et les outils numériques modernes.
Selon elle, la visite de Tô Lâm devrait réaffirmer le caractère stratégique et durable du partenariat Vietnam - Russie et donner une nouvelle impulsion à la coopération dans l’énergie, le commerce, l’éducation et les échanges entre les peuples.
À long terme, la solidité des relations entre les deux pays ne dépendra toutefois pas du nombre de documents signés, mais de la constance et de la détermination des ministères, secteurs, entreprises et experts des deux pays à concrétiser les engagements pris par des projets efficaces et mutuellement bénéfiques.
VNA/CVN



