22/12/2020 11:21
"On est à bout de souffle", s'insurge Galin Stoev, le directeur artistique du théâtre de la Cité à Toulouse, alors que deux troupes répètent sans savoir si elles pourront se produire après le 7 janvier.

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Des comédiens lors d'une répétition de la pièce "Le feu, la fumée, le soufre" de Bruno Geslin et Jean-Michel Rabeux à Toulouse, le 18 décembre.
Photo : AFP/VNA/CVN


En cette fin décembre, les équipes du "Tartuffe" de Molière et celle de "Le feu, la fumée, le soufre", une adaptation d'Édouard II de Christopher Marlowe, alternent leurs répétitions pour ne pas avoir à se croiser dans ce théâtre public estampillé Centre dramatique national (CDN) dont l'immense vaisseau de briques roses trône à quelques centaines de mètres de la place du Capitole.

"La chose la plus difficile, c'est l'incertitude", poursuit le metteur en scène bulgare, un quinquagénaire à l'allure d'éternel étudiant, qui en janvier 2018 a pris la direction artistique du théâtre de la Cité.

"Avec les équipes techniques, l'administration, les artistes, on s'est mobilisé pour trouver des solutions (pour respecter les mesures sanitaires et rester ouvert, NDLR) mais ça ne peut pas tenir très longtemps comme ça", explique Galin Stoev.

Visage fermé, il ne s'attend pas à de bonnes nouvelles le 7 janvier lors de la clause de "revoyure" fixée par le gouvernement. Le Conseil d'
État, la plus haute juridiction administrative, s'est par ailleurs penché lundi 21 décembre sur la fermeture des cinémas et théâtres et rendra sa décision mercredi 23 décembre.

"On essaie de résister" 

Guillaume Séverac-Schmitz, le metteur en scène du "Tartuffe", jeans, sneakers et crinière noire en bataille, sort d'une seconde générale devant un public restreint d'une quinzaine de professionnels, techniciens, salariés du théâtre, tourneurs ou journalistes.

"Les premières représentations auraient dû avoir lieu cette semaine. On s'est dit qu'on souhaitait quand même présenter au public les premières étapes du travail. Mais Molière, c'est fait pour jouer devant un vrai public", confesse-t-il.

Le spectacle qui n'a pas pu être joué à Toulouse doit partir en tournée à partir du 13 janvier à Alès (Gard) puis à Pamiers (Ariège). Mais Guillaume Séverac-Schmitz se dit peu optimiste face à la perspective "d'une troisième vague" synonyme de reconfinement.

"On est un peu fataliste, mais ça atteint énormément les personnes de travailler dans cette ambiance. On essaie de résister, on a la chance d'être en troupe, mais on veut pouvoir montrer notre projet", répète le jeune metteur en scène.

Il est intimement persuadé que les efforts de "réduction de jauge", les mesures pour accueillir le public, "la ventilation performante" du bâtiment auraient pu permettre d'accueillir du public.

L'une de ses jeunes actrices, Christelle Simonin, 24 ans, qui a rejoint cet été la troupe éphémère, explique son "envie de théâtre", sa frustration mais aussi sa "rage" : "Je me sens hyper-opprimée, je pense que l'on m'enlève mes libertés fondamentales. On n'a plus de rêves, il faut créer du rêve".

"Génération sacrifiée" 

Dans la grande salle, le lendemain, Bruno Geslin dirige les filages de la pièce "Le feu, la fumée, le soufre", une adaptation qu'il a coécrite avec Jean-Michel Rabeux.

 

Galin Stoev, le directeur artistique bulgare du théâtre de la Cité à Toulouse, le 18 décembre à Toulouse.
Photo : AFP/VNA/CVN


Dans la pénombre de la grande scène, au milieu d'un lugubre décor de passerelles en bois calciné, les acteurs se déplacent en cadence sur un flot de musique.

"Marlowe c'est brutal, il y a des convergences entre nos époques : il y avait une épidémie de peste, des théâtres qui brulaient... on n'en est pas encore là", s'amuse le metteur en scène.

"Les acteurs ont une incandescence, une ferveur mélangée d'inquiétude. On est tellement traversé par le doute... on travaille et on ne sait pas si dans une semaine on sera encore en mesure de travailler le spectacle", confie l'homme de théâtre.

"Il y a aussi de la colère, mais on ne peut pas rester sur ce sentiment quand on travaille. Le risque c'est un auto-effondrement", affirme Bruno Geslin avant de reprendre le cours de la répétition.

Au milieu de sa jeune troupe, Guillaume Séverac-Schmitz, s'indigne d'une "génération sacrifiée" : "La jeunesse, elle veut vivre et c'est là que la situation peut devenir une cocotte-minute...".

AFP/VNA/CVN

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