28/10/2018 16:33
Hanoï, ses temples millénaires, ses avenues ombragées, ses lacs aux rives paisibles, ses maisons coloniales, les vélos dans les rues… Depuis un quart de siècle, l’image a bien changé, surtout hors de la ville.
>>Mettre les pendules à l’heure
>>Beau thé caché
>>Flânerie crépusculaire…

La campagne au pied de chez soi.

Je me souviens de mon installation définitive au Vietnam. J’habitais alors dans une maison, ou plutôt un palais, à une vingtaine de kilomètres de Hanoï. Quand je partais retrouver piscine, jardin japonais et sauna personnel, après une longue journée de travail, je quittais la capitale en traversant un quartier d’où émergeaient les premiers immeubles du XXIe siècle.

Donjons de quelques dizaines d’étages qui veillaient sur la ville. Sans se douter que dix ans plus tard des centaines de tours, encore plus hautes, viendraient les étouffer, comme le banian avale le figuier. J’avais l’habitude de ce qu’on appelle du côté de la Seine, les grands ensembles qui ceinturaient les grandes villes depuis des décennies. Ce dont j’avais moins l’habitude, c’était de voir des bœufs paître au pied des bâtiments, de voir des cahutes à toit de chaume, sous les balcons, et d’être obligé d’éviter in extrémis des buffles qui flânaient dans la rue. L’image, la campagne à la ville, ne pouvait pas mieux convenir. C’était en 2004. Pas si vieux tout de même!

Ras les poumons

2018. Mon détecteur de pollution d’air voit rouge depuis trop longtemps. Les microparticules qui assaillent jour après jour mon organisme, sont en passe de gagner la bataille. Alzheimer me guette, mon QI est en danger, la vie des miens est  menacée par les allergies, la pneumonie, le cancer du poumon et d’autres joyeusetés dont je tairais le nom pour éviter qu’à la lecture de cette  tranche de vie, vous ne décidiez d’émigrer aux Pôles, seuls endroits encore indemne de toute invasion nano particulaire (et encore!).

En ce qui me concerne, malgré le bonheur de contempler le lac de l’Ouest depuis mon balcon, je décide d’émigrer hors la ville, là où la chlorophylle tient l’oxyde de carbone en respect. Après consultation familiale, nous portons notre dévolu sur un de ces tout nouveaux quartiers, dont les tours ont poussés, comme fleurs, au milieu de la verdure: la ville à la campagne. D’urbains, nous devenons néo-ruraux! Et, même tellement "néo" que le quartier où nous arrivons en est encore à ses balbutiements. Autour de deux ou trois gratte-ciel, une grappe de maisons individuelles est en train de sortir de terre, les avenues ne sont pas finies et s’achèvent dans des rizières, de nouveaux immeubles sont encore en construction…

Je me fais l’impression d’arriver sur une nouvelle planète en cours de colonisation. Du 22e étage, la vue donne sur l’arrière de toute cette agitation. À nos pieds, des maraîchages et quelques petites parcelles de rizières, qui déclinent toutes les nuances de vert. Au loin, un petit village, qui semble regarder avec étonnement

cette éclosion urbaine dans le paysage. Mais, le bonheur absolu, c’est de pouvoir respirer à pleines alvéoles pulmonaires sans se soucier d’y faire s’engouffrer des tonnes d’oxydes, monoxydes ou dioxydes d’azotes, de carbone, de soufre, de microparticules PM de toutes sortes, et bien plus encore… Rien qu’à voir la chape gris plomb qui, à l’horizon, recouvre Hanoï, je frissonne en me disant qu’il me faudra bien retourner dans cette géhenne pour subvenir aux besoins de ma famille. Famille qui s’en donne à cœur joie en découvrant les plaisirs de sa nouvelle villégiature.

Jardin d’enfants

Le grand parc, qui étend sa pelouse et ses bosquets au pied de l’immeuble, a suscité des cris de bonheur chez mes filles, à faire sursauter les grands arbres qui le bordent. Après usage, je constate que ce parc est le lieu de rendez-vous de toutes les mères de familles qui y veillent sur une progéniture exubérante et débordante de vitalité. Et, comme nous sommes au Vietnam, il n’aura pas fallu plus d’une escapade dans cette cour de récréation champêtre pour que mes filles et mon épouse se lient d’amitié avec la moitié de l’immeuble. L’une échangeant son vélo contre une trottinette, l’autre découvrant l’efficacité du don/contre-don avec l’occupant de l’autre poussette, avant de tâter la pelouse de près, la troisième goûtant avec délectation le plaisir du bavardage et de l’échange de conseils avisés.

Comme d’habitude, cette convivialité de bon aloi, me vaut d’être un centre d’intérêt dont j’essaie de me prémunir mais… Pas facile quand on habite au 22e étage d’une tour dont on est le seul étranger, poussant un landau qui plus est, d’éviter d’être soumis à un interrogatoire poussé! D’autant qu’une cabine d’ascenseur, aussi beau et moderne soit-il, laisse peu d’endroits pour se cacher. Heureusement, depuis le temps, je connais les questions et les réponses du QCM de politesse vietnamienne… Comme je sais également, la force de cohésion sociale que représente un bébé, surtout au Vietnam. Dans notre nouvelle résidence, beaucoup de jeunes couples qui ont emménagé avec leurs parents. Pendant que papa et maman vont travailler, ông (vieil homme) et (vieille dame) pouponnent. Venant presque tous de la campagne, les ông et les bà ont l’habitude de vivre portes ouvertes et de deviser avec les voisins sous les ombrages des placettes, où à l’épicerie locale.

Alors, pourquoi changer d’habitude? On laisse la porte de l’appartement grande ouverte, ce qui permet de voir toute personne qui passe dans le couloir et de la héler pour parler de tout ou de rien. Lequel couloir sert également de terrain de jeu à des bambins aux jambes vacillantes qui découvrent que la propriété privée n’est qu’un concept relatif quand elle concerne un hochet ou un lapin en peluche. Et, quand sonne l’heure du repas des bébés, l’étage se transforme en un immense jeu de cache-cache où chaque maman tente de trouver dans quel appartement a disparu son rejeton. Sans être inquiète pour autant, car toutes savent que le cháo (la bouillie que mangent les enfants vietnamiens) de l’un vaut pour tous!

Je vous laisse, car mon salon vient d’être envahi par deux fillettes qui s’intéressent de près au portique musical de ma fille. Et, comme en l’absence de celle-ci, occupée à se vautrer dans les jouets de l’appartement voisin, j’en suis le gardien, il faut que je veille au grain!

Finalement, rien de nouveau sous le ciel bleu… ou pollué.

Texte et photo: Gérard BONNAFONT/CVN

 
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