22/01/2022 09:00
La grue dépose doucement le petit "rover" blanc et jaune monté sur chenillettes au fond d’un bassin d’essai du centre de l’Ifremer à la Seyne-sur-Mer (Var).
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Test du robot sous-marin Bathybot à Toulon.
Photo : RTBF/CVN

Sur leurs écrans, ingénieurs et scientifiques vérifient le fonctionnement des caméras de BathyBot, qui sera bientôt le premier engin mobile sous-marin au monde installé en permanence à 2.500 m de profondeur, pour percer les mystères des abysses.

"On connaît moins l’océan profond que la Lune", explique Christian Tamburini du CNRS, chercheur à l’Institut méditerranéen d’océanologie. "On ne sait pas ce qui s’y passe, ni les organismes qui y vivent".

Il faut dire que le milieu est hostile. La profondeur moyenne des océans, qui recouvrent 70% de la surface terrestre, est de 3.800 m. À partir de 180 m l’obscurité se fait. Et à 1.000 m, c’est le noir total, "l’océan obscur".

Résultat, la plupart des recherches scientifiques se font dans les couches proches de la surface, où se concentre la vie. Mais à l’heure de la crise climatique, il est vital de comprendre les changements que le réchauffement fait subir aux océans et comment il va influer sur ces puits de carbone naturels, qui séquestrent près du tiers du CO2 émis par les humains.

Grâce notamment à BathyBot, "on va pouvoir étudier ce qui est produit en surface et ce qui arrive au fond", s’enthousiasme Christian Tamburini.

Autre objectif primordial, comprendre la biodiversité des abysses, réservoir de vie mal connu, alors même que les scientifiques estiment qu’a débuté la "sixième extinction de masse".

Voir dans l’obscurité

Le CNRS, dans le cadre d’un projet européen, et en collaboration avec l’établissement public Ifremer, va donc déployer, à 40 km au large de Toulon, la plateforme d’observation permanente la plus en eaux profondes au monde. Il en existe une seule autre, canadienne, à moins 800 m "seulement".

Le projet français a profité de l’existence dans la zone d’un "télescope sous-marin" chasseur de particules cosmiques. Et déjà desservi par un câble permanent pour l’électricité et les données, sur lequel ils vont se greffer.

Ce nouvel observatoire sera déployé du 31 janvier au 14 février par le Pourquoi Pas, navire amiral de la flotte océanographique française, avec le sous-marin Nautile.

Le robot sous-marin Bathybot, le 13 janvier, avant une séance de test au large de Toulon.
Photo : ©CNRS/CVN

Et il aura donc pour figure emblématique, dotée d’un compte Twitter @bathybot pour populariser ses trouvailles, le petit "rover". Un mètre vingt de long sur un de large et 90 cm de hauteur.

Il n’a qu’une lointaine ressemblance avec ses cousins de l’exploration spatiale. À la place de panneaux solaires il est alimenté par câble, une "laisse" qui recueille également ses données, mais limite son rayon d’action à 50 m, qu’il parcourt très lentement.

Une distance qui pourra plus tard être augmentée, avec l’espoir qu’il puisse même un jour être autonome. À condition de résoudre ses difficultés d’orientation, car pas de GPS à moins 2.500 m ! Une possibilité serait de planter des piquets avec des QR codes lui indiquant où il se trouve.

Il sera accompagné d’équipements statiques descendus en même temps : un radiomètre (radioactivité), une bio-caméra pour capter notamment les phénomènes de bioluminescence, un sismographe et le BathyReef, récif artificiel "bio-inspiré".

Cette structure en béton d’un peu plus de 4 m de long pour 2,5 m de large s’élève en pente douce jusqu’à 1,5 m de hauteur. Elle offrira à BathyBot un point où monter pour élargir son champ de vision.

Sa structure semi-ouverte, aux nombreuses anfractuosités, permettra à des formes de vie de s’y fixer, et d’étudier les réactions d’autres à cet obstacle.

Autre pièce essentielle du dispositif, la "boîte de jonction scientifique". Sorte de (grosse) multiprise intelligente qui alimente en électricité, relie en haut débit et surveille tous les instruments de la station.

"On va pouvoir brancher au fond de l’eau des équipements, les retirer, le tout pilotable depuis la terre", explique Jan Opderbecke, responsable de l’unité Systèmes sous-marins pour la flotte de l’Ifremer.

BathyBot sera lui remonté tous les deux ans et pourra alors recevoir de nouveaux outils, par exemple pour permettre des “micro-carottages” dans le sol de sédiments sur lequel il évoluera.

La durée de vie prévue est d’au moins cinq à dix ans. De quoi apporter un peu de lumière sur "l’océan obscur".

AFP/VNA/CVN
 
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