>> L’intelligence artificielle ouvre de nouvelles perspectives aux industries culturelles
>> Le cinéma vietnamien face aux défis de l'IA et de la propriété intellectuelle
![]() |
| L'atelier "Entre code et culture : Éthique et créativité à l'ère de l'IA", tenu le 21 juillet au siège de l'UNESCO, à Hanoï. |
Alors que le numérique et l'intelligence artificielle (IA) façonnent de plus en plus la création, la production et l'accès à la culture, de nouvelles perspectives s'ouvrent pour l'innovation, la participation et les formes d'expression créative. Dans le même temps, ces avancées soulèvent des questions éthiques, de droit d'auteur, de diversité culturelle et d'avenir du travail dans le secteur de la création. Dans l'esprit de la Recommandation de l'UNESCO sur l'éthique de l'intelligence artificielle (2021), il devient indispensable de renforcer la sensibilisation et l'engagement du public, tout en promouvant une approche centrée sur l'humain dans l'usage de ces technologies émergentes au sein du domaine culturel.
L'atelier "Entre code et culture : Éthique et créativité à l'ère de l'IA" a réuni des décideurs politiques, des experts et chercheurs, des spécialistes des technologies de l'IA, des universitaires du domaine culturel, ainsi que des artistes et des praticiens de la création. Des représentants des industries créatives, du monde académique, des étudiants et le grand public étaient également présents. Cette diversité visait à garantir un débat à la fois pointu sur le plan technique, ancré dans le contexte culturel et riche de perspectives et d'expériences du terrain.
![]() |
| Le représentant de l'UNESCO au Vietnam, Jonathan Wallace Baker, prenant la parole lors de l'événement. |
"L'IA transforme les secteurs culturels et créatifs à un rythme sans précédent"
S'exprimant à l'ouverture de cette table ronde, le représentant de l'UNESCO au Vietnam, Jonathan Wallace Baker, a déclaré que l'IA transforme les secteurs culturels et créatifs à un rythme sans précédent. Elle redéfinit la manière dont les artistes créent, la façon dont le public interagit avec la culture, la méthode dont le patrimoine est documenté et le mode de fonctionnement des entreprises créatives. Ces évolutions offrent des perspectives passionnantes pour élargir l'accès à la culture, libérer de nouvelles formes d'expression et soutenir l'innovation.
"Dans le même temps, elles soulèvent d'importantes interrogations : Comment protéger la créativité humaine à l'ère de l'IA générative ? Comment veiller à ce que l'innovation technologique renforce la diversité culturelle plutôt qu'elle ne l'affaiblisse ? Comment bâtir la confiance du public en garantissant que l'IA soit développée et utilisée de manière éthique ? Ces questions ne s'adressent pas uniquement aux gouvernements ou aux entreprises technologiques. Elles exigent un dialogue pluridisciplinaire et transversal à l'échelle de toute la société", a-t-il poursuivi.
Jonathan Wallace Baker a souligné que pour l'UNESCO, l'IA n'est pas une simple question technologique, c'est aussi un enjeu culturel et éthique. En tant qu'institution des Nations unies dédiée à l'éducation, aux sciences, à la culture et à la communication, l'UNESCO joue un rôle central dans l'établissement de normes éthiques mondiales. En 2021, l'ensemble des 193 États membres de l'UNESCO a adopté la Recommandation sur l'éthique de l'IA. À ce jour, elle demeure le cadre de référence mondial conçu pour garantir que le développement de l'IA serve l'humanité, protège la dignité humaine et ancres le progrès dans le respect des droits humains.
"À mesure que les outils d'IA s'intègrent dans les écosystèmes culturels, ils apportent une double réalité : d'un côté, des opportunités inédites pour la créativité, l'innovation et la sauvegarde du patrimoine ; de l'autre, des risques éthiques et pratiques complexes. En quelques années seulement, l'IA a démontré sa capacité à générer du contenu culturel, à réduire les coûts de production, à reconstruire des fragments de patrimoine et à révéler des processus créatifs autrefois inaccessibles à la perception humaine. Pourtant, ces mêmes technologies risquent également de renforcer les biais algorithmiques, de masquer les spécificités culturelles, d'accroître les inégalités et même d'exacerber les injustices", a précisé le représentant de l'UNESCO au Vietnam.
![]() |
| L'atelier a réuni de nombreux experts et chercheurs en IA, des universitaires du domaine culturel, des artistes, des étudiants ainsi que des praticiens de la création. |
MONDIACULT 2025 a appelé à mettre en œuvre une stratégie claire articulée autour de trois impératifs : Encadrer la gouvernance de l'IA afin de préserver la créativité et l'intégrité humaines. Mettre l'IA au service de l'amplification de la diversité et du pluralisme culturels. Protéger le patrimoine et les communautés vulnérables contre les impacts préjudiciables.
Dès lors, la question cruciale qui se pose à nous aujourd'hui est la suivante : Comment traduire ce cadre mondial en actions concrètes ici au Vietnam, en particulier au sein des secteurs culturels et créatifs ?
Développement d'une IA responsable.
Lors de l'atelier, les intervenants invités se sont concentrés sur plusieurs enjeux clés, notamment les modalités d'application de l'IA à la création artistique, la Recommandation de l'UNESCO sur l'éthique de l'IA, ainsi que les questions de technologie et de gouvernance.
En particulier, lors du débat "Créativité, droit d'auteur et économie de la culture", Nguyên Trà Giang, directrice créative chez Google, Nguyên Phan Thảo Đan, directrice 3D chez Psyops et Thái Anh Toàn, fondateur d'AI Worker, une plateforme d'IA dédiée aux professionnels de la création, ont abordé des questions telles que le droit d'auteur à l'heure où les outils d'IA sont capables de générer des styles, des images et de la musique ; l'usage responsable de l'IA par les artistes et les entrepreneurs créatifs dans leurs processus de création ; l'impact sur l'emploi et la valeur de la création...
Lors du débat "Technologie et gouvernance", les intervenants venus du ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme, de l'Université de droit de Hanoï, de l'École des technologies de l'information et de la communication (Université des sciences et technologies de Hanoï) ont précisé les cadres éthiques de l'IA, la gouvernance de l'IA au Vietnam et dans la région ; la responsabilité quant aux impacts sociaux et culturels de l'IA, les aspects juridiques de la propriété intellectuelle, des données et de l'IA, ainsi que la réglementation applicable aux artistes, artisans et praticiens de la création, les retours d'expérience sur l'élaboration et la mise en œuvre d'un cadre éthique pour l'IA au Vietnam.
![]() |
| Intervenants invités au débat "Créativité, droit d'auteur et économie de la culture". |
Évaluant de manière globale le "paysage" de l'IA au Vietnam, la Professeure Huỳnh Thị Thanh Bình, vice-présidente de l'École des technologies de l'information et de la communication, estime que le Vietnam fait preuve d'un engagement fort dans le développement de l'IA et la promotion de la transition numérique.
Concrètement, l'infrastructure numérique se perfectionne de jour en jour, les capacités de recherche en IA s'améliorent sans cesse et le nombre d'entreprises opérant dans ce domaine augmente rapidement. Point remarquable, la confiance de la population dans les plateformes et les systèmes numériques se maintient également à un niveau assez élevé.
Cependant, selon elle, le développement de l'IA au Vietnam, au-delà de ses atouts, doit aussi faire face à de nombreux défis.
Parmi ces défis, les principes d'éthique de l'IA ne font que commencer à être institutionnalisés, tandis que les mécanismes de coordination centrale, les sources de données de haute qualité et les effectifs d'experts qualifiés en IA font encore défaut. En outre, le Vietnam manque également d'une évaluation complète des impacts socio-économiques générés par l'IA.
C'est pourquoi l'UNESCO recommande au Vietnam de définir au plus vite une feuille de route pour le développement d'une IA responsable. Celle-ci devrait s'appuyer sur des consultations parties prenantes, incluant les autorités publiques, les entreprises, les experts, les personnes en situation de handicap, les jeunes et les autres acteurs concernés.
Ces recommandations s'articulent autour de six grands axes de solutions ; Parfaire le cadre juridique ; Renforcer les institutions et la gouvernance de l'IA ; Développer l'éducation, les ressources humaines et la recherche ; Investir dans les technologies, les infrastructures et l'innovation ; Promouvoir l'inclusion et le bien-être social ; Bâtir un écosystème d'investissement responsable.
Texte et photos : Bùi Phuong/CVN





