L'urbanisme à Hanoi durant la période 1873-1954

En l'honneur du Millénaire de la capitale vietnamienne, le Centre national des archives I organise jusqu'à la fin de l'année une exposition de documents sur le thème "Urbanisme et délimitation administrative de Hanoi durant la période 1873-1954". Échange avec l'agrégé Hà Van Huê, directeur de cet établissement.

L'exposition, qui se tient de la mi-août jusqu'au 31 décembre prochain au 18, rue Trung Yên, arrondissement de Câu Giây, Hanoi, présente 68 anciens plans de la ville ainsi que divers documents retraçant le développement de la capitale durant la période coloniale. Certains d'entre eux, imprimés sur du tissu, sont d'une grande valeur historique.

L'expo est agencée selon 4 thèmes correspondant aux diverses périodes d'aménagement urbain et d'élargissement des limites administratives de Hanoi.

La première regroupe des documents datés de 1873 à 1895, "marquée par la présence française dans le plan de construction d'une capitale vietnamienne inspirée du modèle européen", selon Hà Van Huê, directeur du Centre national des archives I. À cette époque, le pouvoir colonial a divisé la ville en 2 secteurs principaux : l'un destiné aux Européens, avec des rues tirées au cordeau (au sud et à l'ouest du Petit lac), et l'autre aux autochtones (correspondant grosso modo à l'actuel quartier dit "des 36 rues et corporations", au nord du Petit lac).

La 2e partie concerne des archives de 1895 à 1927, une période où de nombreux ouvrages ont été réalisés par les Français après la réussite de leur soi-disant "pacification" du Vietnam. Outre le côté fonctionnel, le gouvernement colonial a mis l'accent sur l'architecture et l'esthétique. "Des rues conçues selon le modèle d'un échiquier s'avéraient pratiques pour la circulation ainsi que pour la fusion et l'aménagement de cantons et communes", analyse M. Huê.

Ensuite, la 3e partie va de 1928 à 1945, où "le plus important événement a été le décret de 1928 du président français Gaston Doumergue sur l'aménagement et l'élargissement des villes indochinoises", souligne Hà Van Huê. En 1931, Hanoi a demandé à son Service du cadastre d'établir un plan d'aménagement et d'extension de la ville conformément au projet de l'architecte français Ernest Hébrard. Il s'agissait de développer la ville vers l'ouest, les avenues ou boulevards plantés d'arbres jouant le rôle d'axes routiers reliant les quartiers entre eux. Sans oublier de construire des quartiers pour fonctionnaires, des zones de loisirs...

La dernière partie comprend des documents de 1946 à 1954, "une période où la ville a dû faire face aux questions relatives à l'aménagement, au maintien de l'ordre public et de la sécurité, à la santé et à l'hygiène...", explique M. Huê. La ville devait être élargie. Cependant, cet aménagement n'a pas été réalisé.

Une quarantaine d'ouvrages monumentaux

Selon le directeur du Centre national des archives I, son établissement conserve des documents d'une quarantaine d'ouvrages monumentaux construits à Hanoi pendant la période 1875-1945. "L'architecture des ouvrages de cette époque peut être rattachée à 3 périodes", note Hà Van Huê.

La première est la période 1875-1900, où la situation politique n'était pas encore stable. Alors, pour consolider sa position, le pouvoir colonial a fait construire une série d'ouvrages administratifs comme la mairie, la maison centrale, le cercle des officiers et la caserne des soldats de la garde indigène, la poste centrale, le Trésor public... "Tous construits selon le style européen", remarque M. Huê.

Lors de la 2e période, de 1900 à 1920, les Français ont procédé à leur premier programme d'exploitation coloniale qui "changea radicalement la physionomie de Hanoi", estime-t-il. Ils ont fait construire des bâtiments grandioses dans le but de faire de Hanoi la capitale de l'Union indochinoise. De grands édifices publics ont ainsi surgi, de style néo-classique, monumentaux, et aux façades imposantes (exemple : le Palais du gouverneur de l'Indochine - Palais présidentiel aujourd'hui).

Les Français ont détruit d'anciens ouvrages pour en construire de nouveaux : la pagode Báo Thiên fut rasée, laissant la place à la cathédrale Saint Joseph, de même que la pagode Tàu qui fut remplacée par la mairie, ou la poste centrale qui a été construite sur les ruines de la pagode Quan Thuong, dont il ne reste aujourd'hui que le pagodon Hoà Phong (rive sud-est du lac Hoàn Kiêm)...

La dernière période va de 1920 à 1945. À ce moment-là, la construction des édifices s'est bien développée, avec l'accent mis sur l'aménagement et l'esthétique. "Il faut tenir compte de la contribution du gouverneur général de l'Indochine, Maurice Long, qui a su s'adjoindre les services d'architectes venus de France et d'autres colonies", insiste Hà Van Huê. C'est ainsi qu'Ernest Hébrard, un architecte, archéologue et urbaniste français réputé, a été nommé chef du Service de l'architecture et de l'urbanisme en Indochine. L'aménagement de Hanoi après 1920 s'est caractérisé par une planification rigoureuse conforme aux normes imposées en France depuis 1919... E. Hébrard a cependant décidé de rompre avec les tendances architecturales qui régnaient en cette époque dans la métropole en optant pour une architecture mixte mêlant harmonieusement les influences occidentales et asiatiques. Les plus typiques bâtiments sont l'Université de l'Indochine, la Direction des finances, le musée Louis Finot de l'École Française d'Extrême-Orient (EFEO), ainsi que de nombreuses villas qui sont toujours conservées dans leur jus.

"On peut affirmer que les ouvrages coloniaux ont une valeur particulière tant sur le plan architectural qu'en matière d'adaptation au climat tropical", conclut le directeur du Centre national des archives I.

La politique d'exploitation coloniale de grande envergure des Français changea radicalement la physionomie de Hanoi dès le début du 20e siècle. Des infrastructures de base furent construites, dont réseaux routier et ferroviaire, avec parmi eux le pont Doumer (actuel pont Long Biên). L'ancienne citadelle fut détruite, laissant la place aux zones militaires et offices publics, de même que le palais Kính Thiên qui fut remplacé par un édifice à deux étages où siégea le Commandement de l'artillerie (1886). Parallèlement à la création de rues rectilignes à l'européenne (actuelles avenues Ðinh Tiên Hoàng, Ngô Quyên, Ly Thái Tô, Trân Hung Ðao, Ly Thuong Kiêt... d'aujourd'hui), d'autres ouvrages de style européen furent construits.

Ernest Hébrard (1875-1933) est un architecte, un archéologue et un urbaniste français connu pour avoir conçu le schéma directeur de Thessalonique et de Hanoi. Au début des années 1920, il est envoyé en mission en Indochine française, où il participe à la planification de plusieurs villes, dont Hanoi. Il réalise un nombre important de bâtiments d'architecture coloniale, en combinant qualité de la construction et respect de l'architecture locale de ces pays du Sud-Est asiatique. Il crée le "style indochinois" qui résulte d'une observation minutieuse des motifs et équilibres architecturaux traditionnels développés en Indochine, au sens large, c'est-à-dire de l'Inde à la Chine. Plusieurs édifices de Hanoi sont issus de cette inspiration, parmi lesquels :

- le Palais du gouverneur général de l'Indochine (construit en 1901-1905), aujourd'hui le Palais présidentiel.

- la résidence du gouverneur général adjoint de l'Indochine (1902-1904), devenue le siège du quotidien Nhân Dân (le Peuple).

- la Maison centrale (1896-1899) : une partie a été préservée comme témoignage historique (connues aussi sous le nom de "prison Hoa Lò"), une autre a été détruite pour laisser la place à la Hanoi Tower.

- le Commissariat de police du Tonkin (1914-1915), devenu le siège de la police de Hanoi.

- la Recette générale des finances (1925-1928), devenue le siège du ministère des Affaires étrangères.

- l'École primaire supérieure des jeunes filles (1918), devenue le siège du ministère de la Justice.

- la Cité universitaire de l'Indochine (1941), devenue l'École polytechnique de Hanoi.

- le Musée Louis Finot (du nom du premier directeur de l'École Française d'Extrême-Orient - EFEO), destiné à accueillir les collections de l'EFEO, devenu le Musée d'histoire du Vietnam.

- le Palais de la résidence supérieure du Tonkin, devenu aujourd'hui la Maison des hôtes du gouvernement.

- l'Hôpital militaire de la concession, devenu l'Hôpital 108.

- le Palais de justice, devenu le Tribunal de Hanoi.

- le Théâtre municipal, devenu l'Opéra de Hanoi.

- le Collège du Protectorat, devenu le lycée Chu Van An.

- le lycée Albert Sarraut, aujourd'hui le siège du Comité central du Parti communiste vietnamien.

- l'Institut Pasteur, aujourd'hui l'Institut central d'hygiène et d'épidémiologie.

(Source : Centre national des archives I)

Hông Nga/CVN

(09/10/2010)

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