15/02/2020 09:42
L’éléphant est l’un des symboles du Tây Nguyên. Le pachyderme à la fois sacré dans la vie spirituelle et intime dans la vie quotidienne se voit même octroyer pour lui seul un rite de bonne santé.
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Cérémonie cultuelle de bonne santé pour les éléphants. Photo : CTV/CVN

Au Vietnam, qui dit éléphant, dit Buôn Dôn, dans la province de Dak Lak, sur les hauts plateaux du Centre (Tây Nguyên). Dans ce district pluriethnique, se perpétue depuis la nuit des temps la tradition du dressage d’éléphants sauvages. Depuis des générations, se transmettent de bouche à oreille, de nombreuses histoires légendaires sur de valeureux chasseurs. Parmi celles-ci, se distingue celle du "roi" centenaire Ama Kong (1909-2012) qui, durant sa vie de chasseur, captura et apprivoisa 298 éléphants. Dans les années 1980, le troupeau de pachydermes de Buôn Dôn s’élevait à 550 têtes, ce qui lui valut le surnom de "Royaume des éléphants" qui fait la fierté de ses habitants.

Reconnaissance et respect avant tout

Dans cette haute région montagneuse, la tradition veut que cet animal sacré fasse l’objet d’une cérémonie cultuelle solennelle au moment du Têt traditionnel. C’est l’occasion pour les habitants d’exprimer leur reconnaissance, de souhaiter  bonne santé à leurs éléphants, de remercier la protection du yang (Ciel), des divinités (Génies des montagnes, des fleuves et des éléphants) et des ancêtres, ainsi que de souhaiter chance, bonheur et prospérité aux familles éleveuses. Une coutume ancestrale des plus singulières et touchantes qui se perpétue jusqu’à présent.

Une agitation particulière règne dans le village des M’nông, commune de Krông Na, district de Buôn Dôn. La fameuse cérémonie des éléphants se prépare toujours avec enthousiasme au sein des familles. "C’est une fête villageoise qui permet d’exprimer les sentiments intimes des M’nông envers leurs éléphants domestiques. Dans l’esprit collectif, l’éléphant fait partie de la famille. Ainsi, pour le remercier de son travail assidu, il fait l’objet d’une reconnaissance et d’un respect sans bornes de la part des hommes", explique Y Khia Bya, chaman officiant le rituel. Selon lui, Buôn Dôn compte actuellement une soixantaine d’éléphants apprivoisés. Au village des M’nông, on compte une vingtaine de familles propriétaires d’éléphants.   

Un rituel protocolaire

Les offrandes durent trois jours et impliquent trois cochons, trois poulets, trois jarres d’alcool, du riz gluant, de la cire d’abeille et des bracelets en cuivre, notamment.

L’éléphant est l’un des symboles du Tây Nguyên. Photo : CTV/CVN

Pour le premier jour, la cérémonie cultuelle a lieu à la porte du village "afin d’inviter et accueillir le retour du yang, des divinités ainsi que des ancêtres", partage Y Khia Bya. Sur l’autel placé devant la porte, domine un plateau d’offrandes où trônent une tête de porc cuite, un poulet bouilli et une jarre d’alcool. Sur le son des gongs et tambours, l’officiant - accompagné des membres de la famille - vient se prosterner devant l’autel. Tenant dans ses mains une corne de buffle et une tige de bambou remplie d’alcool, il commence les incantations tout en arrosant le sol du breuvage. Cette pratique exprime la gratitude envers le yang, les divinités et les ancêtres et sollicite leur protection pour les villageois et les éléphants. 

La cérémonie cultuelle se poursuit ensuite dans la maison du propriétaire de l’éléphant. Devant l’autel lourd d’offrandes, le chaman débute par le rite d’accueil des invités célestes et ancestraux de la demeure. Une fois la cérémonie terminée, les membres de la famille et amis proches partagent un repas copieux arrosé d’alcool. Dans un climat enjoué, ils s’adonnent toute la soirée à des danses et chants rythmés par le son des gongs. 

Le deuxième jour de la fête est marqué par un rite destiné  exclusivement à l’éleveur de l’éléphant, rite également effectué dans sa maison. Au programme, les mêmes offrandes, les mêmes vœux et la même atmosphère enjouée. La cérémonie s’ouvre au son des gongs. L’officiant adresse ensuite des prières devant l’autel, souhaitant bonne fortune au propriétaire. Encore une fois, un repas copieux est offert à toute l’assistance.

Le rite principal se déroule au troisième jour et prend place cette fois dans la nhà rông (maison communale du village) avec la participation de tous les villageois. Au rythme des roulements tumultueux des gongs et tambours, les éléphants du village sont amenés sur l’esplanade devant la nhà rông, face à un grand autel rempli d’offrandes érigé au milieu de la cour. Suite aux prières adressées au yang et aux divinités, le chaman formule ses vœux de santé pour les éléphants, leur souhaitant force, vitalité mais aussi réussite dans leurs besognes quotidiennes (transport de bois, participation aux travaux champêtres…) et docilité. 

Une fois les incantations terminées, vient le rituel qui consiste à enduire de sang la tête de chacun des éléphants en signe de bonne fortune. Assis sur le dos de l’éléphant, le cornac bénéficie, lui aussi, des souhaits et prières; avant de promettre de prendre grand soin de son pachyderme et de le considérer comme un ami intime et cher.

Le rite se termine sur une note touchante et dans un climat enthousiaste avec, vous l’aurez deviné, festin et réjouissances à la clef.     
                   
Nghia Dàn/CVN
 

Animal membre de la communauté villageoise

Surnommé "Royaume des éléphants", Buôn Dôn s’est taillé, il y a longtemps, une renommée nationale pour son art du dressage d’éléphants sauvages. Ce qui fait sa singularité, c’est ce rite ancestral peu commun : faire de l’animal à peine domestiqué un membre intime de la communauté ethnique au travers d’une dizaine de cérémonies cultuelles.

La tradition veut que le pachyderme, plus grand des animaux terrestres, soit tenu en haute estime. En effet, l’éléphant est considéré comme un "don du Ciel". Des cérémonies et rituels sont donc être organisés, les uns pour remercier le yang et le génie tutélaire des éléphants, les autres pour baptiser l’animal et demander la permission de l’apprivoiser et de l’intégrer à la communauté villageoise.



 

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