"Ton manteau est beau dis-moi ! C'est quelle marque ?", demande Nga, une fonctionnaire à Hanoi, à sa collègue Minh. "Made in Vietnam comme toujours", répond Minh, souriante.
Minh est une passionnée de shopping. Elle fréquente habituellement les magasins de confection "Made in Vietnam", où elle peut acheter de beaux vêtements à des prix raisonnables.
Minh n'est pas une exception. Les fonctionnaires en particulier et les consommateurs nationaux en général sont de plus en plus nombreux à fréquenter les boutiques "Made in Vietnam" que l'on trouve un peu partout, non seulement en ville mais aussi à la campagne. "Avec leur prix raisonnable et leur qualité garantie, les produits locaux peuvent réellement faire concurrence aux produits importés", estime Minh.
Selon Grey Group, qui compte parmi les plus importantes sociétés de communication au monde, les Vietnamiens sont, parmi les Asiatiques, les plus friands de marchandises étrangères (77% de la population nationale contre 40% en moyenne régionale). Mais ce taux baisse avec la qualité croissante des produits fabriqués dans le pays, à des prix accessibles. Les programmes de vente de marchandises vietnamiennes dans les zones rurales et industrielles aident les consommateurs à accéder directement à des labels nationaux.
Une mesure qui a fait sentir ses effets
"Les marchandises vietnamiennes occupent une place croissante dans les rayons des supermarchés, des centres commerciaux et les étalages des marchés, tant en ville qu'à la campagne", remarque le Docteur Nguyên Minh Phong, de l'Institut de recherche en développement socio-économique de Hanoi. Les produits locaux représentent actuellement 70-80% de la totalité des marchandises de la chaîne de supermarchés Hapro de la Compagnie générale du commerce de Hanoi. Un taux qui a connu une hausse rapide par rapport aux années précédentes !
La campagne "Le Vietnamien consomme vietnamien" a été lancée il y a deux ans par le ministère de l'Industrie et du Commerce. D'après Ðinh Thi My Loan, responsable de l'Association des vendeurs au détail du Vietnam, "les membres de l'association y participent activement". Il s'agit surtout de grands distributeurs comme CoopMart, Vinatex-Mart, HaproMart, Phú Thái, Fivimart, Intimex… qui ont bien réussi dans l'écoulement d'articles domestiques, en gagnant la confiance des consommateurs.
Les produits textiles écoulés au Vietnam ont connu une croissance de plus de 20% après deux ans seulement de mise en oeuvre de cette campagne, soit "le record de ces cinq dernières années", estime Mme Loan. En particulier, au premier semestre 2011, dans le contexte de restriction des dépenses au sein de toute la population, cette filière a pu maintenir une croissance de 22-23% de son chiffre d'affaires. Les entreprises les plus remarquables sont Viêt Tiên, Nhà Bè, May 10, Hanosimex et Phuong Ðông.
Cependant, on ne peut pas nier cette réalité : les produits vietnamiens se vendent encore peu à la campagne. Que faire alors ? Une grande difficulté pour les entreprises nationales…
Il faut s'intéresser davantage au marché rural
Aux yeux de Ðinh Thi My Loan, pour que la campagne "Le Vietnamien consomme vietnamien" devienne plus efficace, "nous devons prendre en considération le marché rural" car selon les statistiques, 80% de ce vaste marché n'est pas encore exploité. "C'est un problème difficile à résoudre, qui demande beaucoup d'attention, d'efforts aussi bien de toute la société, des entreprises, des associations que des gestionnaires", renchérit-elle.
Pour Nguyên Thi Hông Tín, présidente du Comité d'études et de promotion du marché du Groupe de textile-habillement du Vietnam (Vinatex), afin que les marchandises vietnamiennes soient plus accessibles aux ruraux, "les entreprises doivent étudier les besoins de chaque zone, de chaque secteur pour pouvoir proposer des articles adaptés à chacun".
À ce propos, Ðinh Thi My Loan informe qu'en qualité de distributeur de marchandises en zones rurales, reculées et éloignées, l'Association des vendeurs au détail du Vietnam a recommandé à ses membres d'étudier de façon plus détaillée le marché rural pour saisir exactement les attentes de ses habitants, car "leurs besoins sont tout à fait différents de ceux des citadins". Ainsi, "le rôle des coopératives se révèle très important, parce que les coopératives commerciales sont depuis toujours très bien établies dans les communes de campagne", indique-t-elle.
Rehausser la compétitivité des produits locaux
Déterminer les orientations prochaines pour la campagne "Le Vietnamien consomme vietnamien" se trouve au centre des préoccupations de nombreux gestionnaires et économistes.
D'après le Docteur Nguyên Minh Phong, il importe d'inciter les entreprises à participer plus activement à cette campagne. Pour ce faire, "d'abord il faut accorder des assistances financières aux entreprises qui mettent en oeuvre des programmes de vente de marchandises vietnamiennes dans les zones rurales, industrielles, montagneuses, frontalières et insulaires", suggère-t-il.
Partageant ce point de vue, Ðinh Thi My Loan exprime le souhait de voir l'État aider vigoureusement les vendeurs au détail en matière d'infrastructures. "Car actuellement, les entreprises participant au réseau de distribution ont beaucoup de mal à trouver un lieu commode au commerce de détail du fait d'un loyer trop élevé, sans compter d'autres frais qu'elles doivent aussi dépenser pour leurs activités", déplore-t-elle.
Pour Mme Loan, afin que le Vietnamien privilégie les produits fabriqués dans le pays, les producteurs nationaux doivent absolument mettre l'accent sur le prix, la qualité ainsi que les services clientèle. "Les entreprises doivent faire plus d'efforts dans l'amélioration de la qualité des marchandises pour persuader les consommateurs de les soutenir", appelle-t-elle.
De plus, les consommateurs ayant besoin de plus d'informations sur les produits, "les distributeurs doivent avoir conscience de leur rôle très important dans ce domaine", insiste Mme Loan.
Ces sept-huit dernières années, les importations de machines, d'équipements, de matières premières et de denrées alimentaires ont fortement augmenté, surtout les articles de consommation courante en provenance de Chine (+ 27,3% contre + 7-8% des autres pays). Cela montre que la compétitivité des marchandises nationales reste faible. "Pour augmenter la compétitivité des produits locaux, il importe de réexaminer la stratégie de production afin que les articles fabriqués dans le pays puissent remplacer ceux d'importation, note le Docteur Nguyên Quang A. Il faut professionnaliser la production nationale afin qu'elle devienne un maillon de la chaîne de production de marchandises mondiale, en vue d'une réduction des dépenses et d'un effet élevé".
Pour sa part, l'économiste Nguyên Minh Phong considère que nous avons besoin d'une vision plus flexible sur le concept de "marchandises vietnamiennes". D'après lui, dans l'actuelle conjoncture de mondialisation, il faut comprendre qu'il ne s'agit pas seulement de produits fabriqués par les sociétés à capital entièrement national, à partir de matières premières purement domestiques, mais aussi de produits fabriqués dans le pays par des entreprises mixtes, des joint-ventures vietnamo-étrangers, utilisant pour partie des matières premières importées et pouvant porter un label étranger.
Toujours selon M. Phong, outre les efforts des entreprises, l'attractivité des marchandises "Made in Vietnam" dépend encore de l'effet des politiques de gestion de l'État, dont la diminution des taxes d'importation des matières premières.
Par ailleurs, "la campagne +Le Vietnamien consomme vietnamien+ ne devra prochainement plus se limiter au pays, mais s'étendre encore à la communauté vietnamienne à l'étranger", propose-t-il.
"Si je pars à l'étranger, je chercherai toujours à acheter des vêtements +Made in Vietnam+", assure la fonctionnaire Minh, confiante, à sa collègue Nga.
Minh Quang/CVN